Exposition universelle de 1889 : Construction de la Tour Eiffel  

 

1870-1940

 

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   HISTOIRE DE FRANCE
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70 ans d'histoire (1870-1940)

 

DABIT (Eugène), 1898-1936 : Ecrivain. Né à Paris le 21 septembre 1898, Eugène Dabit est issu d’une famille ouvrière et fait de bonnes études primaires. Devenu, à quatorze ans, apprenti-ferronnier, puis électricien du Nord-Sud, il s’engage en 1916, et demeure au front jusqu’ap la fin de la guerre. Il se croit d’abord la vocation de peintre. Durant huit ans, il espère en vain qu’elle pourra lui fournir un gagne-pain. En 1926, il délaisse la peinture au profit de la littérature et publie Hôtel du Nord en 1929, récit qui d’emblée le rend célèbre. Dès lors, il fréquente les plus grands écrivains de son temps et ce contact lui est un précieux stimulant. La douzaine de livres que Dabit laisse suffit pour le classer parmi les meilleurs romanciers de sa génération. Citons : Petit Louis (1930), recit de la sa vie pendant la guerre, Villa Oasis ou les faux bourgeois (1931), Faubourgs de Paris (1933), Un mort tout neuf (1934), L’Ile (1934), La Zone verte (1935) et Trains de vie (1936). Cette même année, Dabit se rend en Russie avec André Gide et d’autres écrivains français. Atteint de scarlatine, il meurt à l’hôpital de Sébastopol, le 23 août. On sait que l’œuvre de Gide, Retour de l’URSS lui est dédié. Des œuvres posthumes de Dabit, on retiendra : Les Maîtres de la peinture espagnole (1937), Le Mal de vivre (1939) et son admirable Journal intime (1939). Relevant du groupe populiste, Eugène Dabit use du langage parlé avec une rare maîtrise. Sa peinture de la pauvreté garde un accent dont la justesse est inégalable. DABIT (E.) : Journal intime (1928-1936), Paris, 1939. DUBOURG (Maurice) : Eugène Dabit et André Gide, Paris, 1953. LE SIDANER (Louis) : Eugène Dabit, Paris, 1938.

DADAÏSME : Dada, dit aussi dadaïsme, est un mouvement intellectuel, littéraire et esthétique qui, entre 1916 et 1925, se caractérise par une remise en cause, à la manière de la table rase, de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques.

DALADIER (Édouard), 1884-1970 : Professeur et homme politique. Edouard Daladier naît le 18 mai 1884 à Carpentras dans le Vaucluse. Fils d’un artisan boulanger, la formation du jeune Edouard est celle d’un jeune boursier de la République. Elève appliqué, il est remarqué par un inspecteur ce qui lui permet de poursuivre des études littéraires au collège de Carpentras, puis au lycée Ampère à Lyon. Il entame alors des études supérieures d'histoire et suit les cours du professeur Edouard Herriot (membre du Parti Radical) à Lyon dont il subit l’influence. Daladier est reçu à l'agrégation en 1909 et devient professeur d’histoire-géographie. Son intérêt pour la politique est précoce. Il se situe au moment de l’affaire Dreyfus, dans le sillage de son père, militant républicain dreyfusard. Dès 1903-1904, il s’engage dans la Fédération des jeunesses laïques, implantées à Lyon, dont les grandes orientations d’inspiration humaniste et la philosophie proche de Léon Bourgeois correspondent à ses convictions profondes. Dès 1912, il se lance dans la politique et devient maire de sa ville natale où il réalise un bon travail de gestion. De 1914 à 1918, Daladier traverse la Grande Guerre comme sergent avant d'être nommé lieutenant. Ses états de service révèlent un homme courageux et combatif. Socialiste convaincu, dès son retour du front après l'armistice, il milite ardemment pour ses idéaux radicaux-socialistes et brigue le mandat de député du Vaucluse. Il remporte les élections de 1919. Il occupera ce siège au palais bourbon jusqu'en 1940. En marge de ses responsabilités politiques, Daladier collabore au quotidien régional Le Petit provençal ancré à gauche. A la Chambre, Daladier fait son travail consciencieusement et se taille une réputation de combativité politique. Membre de la commission des Affaires étrangères, il s’impose rapidement au sein de sa formation politique, dont il devient secrétaire général du comité exécutif en 1923, comme le spécialiste des questions de défense nationale. Ses qualités d’orateur, ses interventions marquantes sur la réforme de l’armée ou sur la question de la reconnaissance de l’URSS lui assurent très rapidement une réputation de lutteur. Pour le coup, il est surnommé « le taureau du Vaucluse » tout en séduisant la jeunesse et en irritant ses aînés. En 1924, à quarante ans, il entre au gouvernement comme ministre des Colonies dans le gouvernement Herriot (juin 1924-avril 1925) après la victoire du Cartel des gauches. Il redevient ministre dans le 3ème ministère Painlevé (octobre-novembre 1925) avec le portefeuille de la Guerre puis de l’Instruction publique et des Beaux-Arts sous le 8ème ministère Briand (novembre 1925-mars 1926) et enfin dans le second et éphémère cabinet Herriot (juillet 1926) en gardant le même portefeuille. A partir de moment, il rassemble autour de lui un cercle assez étroit de collaborateurs sûrs, un petit groupe d’hommes qui lui seront attachés et qui constitueront le noyau permanent des fidèles. En 1927, Daladier, qui n’est pas favorable à la politique d’union nationale à laquelle s’est rallié Herriot, concquiert la président du Parti radical, qui conserve jusqu’en 1931. Il appartient à l’aile gauche du parti et est proche du courant « Jeûne Turc ». En 1928, au congrès d’Angers, il pousse les ministres radicaux à rompre avec le gouvernement Poincaré mais doit bientôt tenir compte d’une opposition qui se développe au sein du parti, favorable à une collaboration avec les modérés. Le 23 octobre 1929 après la chute du cabinet Briand, le président de la République, Gaston Doumergue, apelle Daladier à former un cabinet. Le refus de la SFIO ne lui permet pas de former un gouvernement d’union des gauches qu’il appelait de ses vœux. Il doit renoncer. Son influence politique semble alors déclinante. De 1930 à 1931, il participe à des combinaisons ministérielles éphémères et, dès 1930, il a cédé de fait la direction du Parti radical à Edouard Herriot. Après la chute du néo-Cartel aux élections législatives de 1932, Daladier revient au ministère des Travaux publics. Dans le gouvernement Paul-Boncour, il obtient le portefeuille de la Guerre. Alerté par un rapport de Weygand sur la vulnérabilité des forces françaises, il engage dès les premiers jours de 1933, une vaste consultation afin d’opérer un véritable bilan de l’état militaire de la France. Quelques jours plus tard, après la chute du cabinet, le président de la République Albert Lebrun le sollicite pour former un nouveau cabinet. Le 31 janvier 1933, il devient enfin président du Conseil et forme son premier gouvernement. La tentative d’union avec la SFIO échoue une nouvelle fois : alors que l’on vient d’apprendre la succession de Hitler à la chancellerie du Reich, il juge impossible de réduire les crédits militaires comme l’envisagent les socialistes. Ainsi, le gouvernement, comme les deux précédents est dominé par les radicaux. Daladier souhaite concilier la poursuite du projet d’assainissement financier et la mise en place d’une politqiue militaire ambitieuse permettant d’assurer, face à l’Allemagne hitlérienne, la défense française. Partisan, au printemps 1933, d’une stratégie d’intégration de l’Allemagne, Daladier espère contenir ses revendications grâce au « Pacte à quatre » (France, Italie, Allemagne, Angleterre) conclu à Rome le 7 juin, qui prévoit une « politique de collaboration effactive en vue de maintenir la paix ». Mais, à l’automne, Daladier dénonce clairement le prétentions allemandes et contribue à la rupture des négociations sur le désarmenet qui s’étaient ouvertes à Genève en 1932. Au même moment, les socialistes s’opposent au prélèvement sur le traitement des fonctionnaires qu’envisage Daladier. En conséquence le gouvernement est renversé et Daladier démissionne le 26 octobre 1933. Son successeur, le radical Albert Sarraut, lui confie cependant le ministère de la Guerre. Mais dès le 30 janvier 1934, Daladier, à qui on a attribué énergie et honnêteté, est rappelé pour assainir la situation après le scandale Stavisky. Il constitue un gouvernement toujours axé sur le parti radical. Aussitôt la constitution de son gouvernement effectuée, Daladier décide la création d’une commission d’enquête parlementaire et le renvoi du préfet de police Chiappe, trop favorable aux ligues. Ces dernières, soutenues par les conseillers municipaux de Paris et les associations d’anciens combattants, organisent, le 6 février, des manifestations autour du Palais-Bourbon. Daladier résiste aux pressions exercées par la droite pour obtenir sa démission et obtient la confiance de la Chambre. Mais, le lendemain, plusieurs ministres, le président de la Chambre des députés, Edouard Herriot, et, finalement le président de la République Albert Lebrun lui demandent de se retirer. Accusé d’être un « fusilleur » par la droite et les communistes, sa carrière semble brisée. Après s’être éloigné un temps de la scène politique, Edouard Daladier, dès l’automne 1934, engage le parti radical dans la voie du rassemblement de gauche. Le 14 juillet 1935, il participe à la grande manifestation du Rassemblement populaire et, à l’automne, concourt à l’élaboration de son programme. Il suit de très près les dossiers concernant la sécurité extérieure et estime que la situation du désarmement doit être étudiée en fonction des perspectives ouvertes depuis le développement de la guerre d’Ethiopie. En janvier 1936, Daladier retrouve la présidence du parti radical. Après la victoire du Front populaire, il est, dans le cabinet Blum, vice-président du Conseil avec le portefeuille de la Defense nationale et de la Guerre, qu’il conservera jusqu’au printemps 1940. Daladier infléchit le programme initial du Rassemblement populaire et engage la France dans une politique de réarmenent, fait adopter un programme de 14 milliards de francs pour l’armée de terre. Ses fonctions ministérielles ne l’empêchent pas de se faire l’écho des critiques radicales contre la direction gouvernementale. Lui-même juge trop rigide la manière dont les quarante heures sont appliquées dans les secteurs travaillant pour la défense nationale. Au printemps 1937, il pose implicitement sa candidature à la succession de Léon Blum. Mais il faut attendre le 10 avril 1938 pour être une troisième fois désigné comme président du Conseil, fonction qu’il conserve jusqu’en 1940. Son long gouvernement, qui contraste avec l’instabilité des dix dernières années, est remanié à trois reprises : les 23 aout puis le 1er novembre 1938, enfin le 13 septembre 1939, lors du début de la guerre. En 1938, lorsque le Président Lebrun fait appel à Daladier pour former un nouveau gouvernement, ce dernier désire former un cabinet d’union allant du parti socialiste à l’Alliance républicaine démocratique. Mais la SFIO refusant sa participation, l’essentiel des postes revenant aux radicaux. C’est le retour à la « concentration ». Daladier garde son bureau à l’hôtel de Brienne, appréciant ce cadre et refusant de s’installer à l’hôtel Matignon, estimant que le ministère de la Guerre avait une valeur symbolique pour un « gouvernement de défense nationale », manière dont il définit son ministère dans la déclaration du 12 avril devant la Chambre. Ce jour-là, le gouvernement obtient la confiance de la Chambre à une quasi-unanimité. Par 514 voix contre 8, Elle l’autorise à agit par décrets-lois jusqu’au 31 juillet 1938, pour « faire face aux dépenses nécessitées par la défense nationale et redresser les finances et l’économie de la nation ». En août, la brutale aggravation de la tension internationale avec la question des Sudètes, oblige Daladier à infléchir ses orientations en matières économique et sociale. Pour lui, deux priorités s’imposent alors : la conclusion avec la Grande-Bretagne d’accord de coopération susceptibles de jeter les bases d’une alliance en temps de guerre, et l’accélération du programme de réarmement grâce à une montée en puissance des capacités de production indistrielle. Ainsi, à la radio, le 21 aout, il affirme sa volonté de « remettre la France au travail » Cet acte politique courageux lui vaut l'hostilité de la Gauche et une impopularité sans cesse croissante. Tous les témoins décrivent alors Daladier comme pénétré du danger que court la Tchécoslovaquie, décidé à honorer les nenagements de la France, mais connaissant les faiblesses de son armée et déconcerté par l’isolement où il se trouve du fait de l’attitude de certains de ses ministres, partisans de l’apaisement et du refus britannique de s’engager dans une politique qui risquerait de mener à un conflit. Daladier fait d’abord preuve de résistance, engage même le processus de mobilisation. Mais il accepte finalement, en septembre 1938, en compagnie du premier ministre britannique Neville Chamberlain, de se rendre à Munich et de reconnaître à l’Allemagne le droit d’annexer le territoire des Sudètes. Le président du Conseil est reçu par un accueil triomphal à son retour au Bourget. Dès lors, il souhaite préparer la France à l’épreuve de la guerre et demande une nouvelle délégation de pouvoirs « pour réaliser le redressement immédiat de la situation économique et financière du pays ». Le 1er novembre, Daladier remanie à nouveau son gouvernement. En treize jours, il met au point quarante-deux décrets-lois pour préparer le redressement économique et financier de la France : assouplissements notables à la loi des quarante heures, réduction du taux de rémunération des heures supplémentaires, réforme des conditions d’embauche et de licenciement, encouragement au rapatriement des capitaux partis à l’étranger. Le 30 novembre, une campagne contre les « décrets-lois de misère « de Daladier est organisée par la CGT, les partis socialistes et communiste. Les mesures prises pour l’occasion par le président du Conseil font de cette journée un relatif échec pour la gauche. De janvier 1939 à la déclaration de guerre, le président du Conseil bénéficie d’une autorité accrue. Utilisant largement les pouvoirs que le Parlement a délégués au gouvernement, il connaît une popularité croissante, à laquelle contribuent le redressement économique, le retour des capitaux exilés et la reprise des investissements. Daladier et son gouvernement savent capter à leur profit le besoin général d’autorité ressenti dans le pays, satisfait de la stabilité gouvernementale retrouvée. Le renforcement de l’exécutif s’accompagne d’une forme de « personnalisation » du pouvoir. La radiodiffusion devient pour le chef du gouvernement une arme politique. Le 29 juillet 1939 est instauré un Commissariat général à l’Information. Daladier se trouve alors en meilleure posture pour engager une action diplomatique d’envergure. Le 29 mars, il affirme à la radio : « La France espère que la paix sera sauvée car elle a la haine de la guerre. Mais si la guerre lui était imposée, ou si elle lui était offerte comme la seule alternative entre la déchéance ou le déshonneur, elle se dresserait d’un seul élan pour la défense de sa liberté. » Cette fermeté se caractérise par la volonté de créer un front de résistance France-Angleterre face à l’Allemagne, de rechercher une solidarité transatlantique et de cultiver l’espoir d’une alliance de revers avec Staline. Dans ce contexte, la signature du pacte germano-sociétique le 23 aout 1939 stupéfie le gouvernement français. Le 2 septembre 1939, Daladier obtient de la Chambre le vote d’un crédit de 70 milliards pour « faire face aux obligations de la défense nationale ». Avec l’entrée en guerre, Daldier est obligé de remanier son gouvernement. Le 13 septembre, il écarte Georges Bonnet du Quai d’Orsay et cumule la présidence du Conseil, la Défense nationale et les Affaires étrangères. Dans ce contexte de guerre, Daladier décide le 26 septembre la dissolution du parti communiste français, et le 20 janvier, promulgue la loi portant à déchéance des députés communistes qui, avant le 1er octobre 1939, n’auraient pas répudié leur adhésion au PC. Daladier rejette toute perspective de paix et se montre favorable à d’éventuelles actions périphériques, en particulier en Scandinavie. Le début 1940 est marqué par une grave crise politico-militaire. Les relations entre Daladier et Paul Reynaud, ministre des Finances se détériorent. Le 13 mars, la signature de l’armistice entre la Russie et la Finlande provoque la chute du cabinet, à qui les parlementaires reprochent à Daladier l’insuffisance de l’aide apportée par celle-ci. Epuisé par près de deux ans de pouvoir, il démissionne le 20 mars. Dans le ministère Reynaud qui suit, Daladier conserve toutefois le portefeuille la Défense nationale et de la Guerre où il se montre favorable à des contacts avec l’Italie pour épargner à la France un combat sur plusieurs fronts. Le 19 mai, il est contraint de renoncer à ce mandat pour retourner au Quai d’Orsay. Au ministère des Affaires étrangères, il poursuit ses démarches à l’égard de l’Italie. N’ayant en rien infléchi la position de Mussolini, il quitte le gouvernement Reynaud lors du remaniement du 5 juin. Quand survient la nouvelle de la demande de l’armistice, Daladier vient de s’embarquer à destination de l’Afrique du Nord sur le Massilia. Il s’y trouve encore au moment des votes des pleins pouvoirs en faveur du maréchal Pétain. En septembre 1940, il est arrêté et placé en résidence surveillée au château de Chazeron puis au fort de Portalet, il est jugé lors du célèbre procès de Riom organisé par Vichy. Après l'échec du dit procès il est déporté au camp de Buchenwald en 1943. Transféré dans le Tyrol, il est libéré en mai 1945 par les forces américaines. A la Libération, il continue sa carière politique. Il meurt à Paris le 10 octobre 1970. DU REAU (E.) : Edouard Daladier (1884-1970), Paris, Fayard 1993. REMOND (R.) et BOURDIN (J.) : Edouard Daladier, chef de gouvernement, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1977. REMOND (R.) et BOURDIN (J.) : La France et les Français en 1938-1939, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977. DALBIEZ (Victor), 1876-1954 : Fonctionnaire et homme politique. Né à Corneilla-de-Conflent (Pyrénées-Orientales), le 23 juin 1876, Victor Dalbiez est d’abord employé des contributions indirectes puis collabore au Petit Catalan et devient directeur de La Montagne. Il milite, en outre, au parti radical-socialiste, devient conseiller général du canton est de Perpignan en 1909 puis est élu la même année au siège de député dans la deuxième circonscription de Perpignan. Il siège au Palais Bourbon pendant treize ans (1909-1919, 1924-1927) puis au Sénat (1927-1935). Dès 1915, il propose la création d’une commission chargée d’étudier « les réparations dues aux départements envahis ». Aussi Herriot le nomme-t-il dans son second cabinet ministre des Régions libérées du 14 juin 1924 au 16 avril 1925. Sa situation s’avère difficile, l’Allemagne se montrant de plus en plus réticente à la fourniture de réparations en nature. Il fait pourtant de son mieux pour que chaque sinistré reçoive la maximum d’aide de l’Etat. Il meurt aux Pavillon-sous-Bois () le 29 avril 1954.

DALIMIER (Albert), 1875-1936 : Avocat et homme politique. Né à Bordeaux(Gironde) le 20 février 1875, Albert Dalimier est avocat à Paris chez Maître Mougeot qui fait partie de plusieurs gouvernements en 1898 et 1905. Franc-Maçon et radical-socialiste, il est élu député de Seine-et-Oise de 1906 à 1919 et de 1924 à 1936. Dalimier se familiarise d’autant plus vite avec la politique qu’il est membre de plusieurs gouvernements. Il est nommé sous-secrétaire d’Etat à l’Instruction publique et aux Beaux-Arts, chargé des Beaux-Arts du 14 juin au 26 août 1914 dans le premier ministère Viviani puis du 27 août 1914 au 28 octobre 1915 dans le second cabinet Viviani. Il est sous-secrétaire d’Etat à l’Instruction publique, aux Beaux-Arts et aux Inventions intéressant la défense nationale du 29 octobre 1915 au 11 décembre 1916 dans le cinquième cabinet Briand, il est de nouveau sous-secrétaire d’Etat Sa carrière est brisée par l’affaire Stavisky : il avait attiré l’attention du président du Comité général des Assurances sur « l’intérêt qu’il y aurait à ce que les compagnies d’assurances aident les caisses de crédit municipal en souscrivant à leurs émissions de bon » et incité ainsi ces compagnies à prendre des bons du Crédit municipal de Bayonne. Rejeté par ses amis politiques, exclu du parti radical socialiste, il ne se présente pas aux élections de 1936 et meurt quelques jours plus tard le 6 mai à Neuilly-sur-Seine

DALOU (Aimé-Jules), 1838-1902 : Peintre et sculpteur. Fils d’un gantier, Aimé-Jules Dalou, né à Paris en 1838, retiendra l'attention de Jean-Baptiste Carpeaux qui le fera entrer à la Petite Ecole en 1852, puis à l'Ecole des Beaux-Arts en mars 1853. Il y étudiera la peinture sous l'égide d'Abel de Pujol (1785-1861) et la sculpture dans l'atelier de Duret, l'ancien maître de Carpeaux. Ses quatre échecs au Prix de Rome susciteront en lui des sentiments d'hostilité envers le pouvoir institutionnel. Dalou approfondira les valeurs artistiques de la Petite Ecole dans une carrière aux multiples facettes qui prendra sont ampleur après une décade d'obscurité. Il gagnera sa vie dans les années 1860 en collaborant avec les Frères Fannière, orfèvres, ainsi que plusieurs décorateurs. Il contribuera à l'architecture sculpturale des grandes demeures du Second Empire Paris et participera à ce titre à l'aménagement de l'hôtel Païva sur les Champs-Elysées. Le gouvernement se portera acquéreur de son Daphnis et Chloé, présenté au Salon de 1869, ainsi que de La Brodeuse qui remportera le troisième prix au Salon de 1870. Ces marbres ne seront jamais achevés et les plâtres détruits. Dalou, curateur du Louvre en 1871, sera déclarée persona non grata du fait de ses sympathies pour la Commune. Il se réfugiera à Londres avec sa famille et n'en reviendra qu'en 1880, après avoir été amnistié. Le gouvernement Français de 1876 inclura toutefois le bronze de La Brodeuse dans sa sélection pour l'exposition internationale de Philadelphie (The Needle-Woman). Le peintre Alphonse Legros (1837-1911), très introduit dans toutes les grandes expositions de la City depuis les années 1860, favorisera le succès de Dalou à Londres. Le sculpteur deviendra professeur de modelage à la National Art Training School - South Kensington (Royal College of Art depuis 1896) puis très brièvement à la South London School of Technical Art (Lambeth). Il deviendra le chef de file d'une approche nouvelle des techniques de sculpture que l'on appellera « The New Sculpture » (la nouvelle sculpture), alliant la sculpture à l'architecture. Charity (Charité), une fontaine publique derrière le Royal Exchange, constituera sa première commande publique londonienne. Dalou, revenu en France, se consacrera à des projets d'utilité sociale. Il sculptera notamment des monuments et des portraits de grands hommes. La ville de Paris lui commandera le Triomphe de la République (Place de la Nation), oeuvre arrivée en seconde position lors du concours remporté par les frères Morice pour le monument de la place de la République. Les commandes officielles se succéderont alors, parmi lesquelles des bas-reliefs historiques ou allégoriques célébrant la république française (Mirabeau répondant à Dreux-Brézé en 1789, relief de bronze, Chambre des députés - 1883), Fraternité (marbre, Musée du Petit Palais - 1883), Monument à Alphand (pierre, avenue Foch à Paris - 1899). On lui doit également la tombe de Victor Noir, journaliste du siècle dernier tué à 22 ans par le Prince Pierre Bonaparte et représenté en gisant au moment de sa mort. Le sculpteur prendra soin de suggérer une virilité post mortem impressionnante. Il meurt à Paris 1902.

DAMIA (Marie-Louise Damien, dite), 1889-1978 : Chanteurse et actrice. Née à Paris, le 5 décembre 1889, Marie-Louise Damien a dix-huit ans quand Roberty, le mari de Fréhel, la remarque alors qu'elle est figurante au Châtelet. Il lui donne des cours de chant et la fait débuter vers 1910 au Petit-Casino puis à la Pépinière sous le nom de Maryse Damia. Mayol la remarque et l'engage aussitôt pour son Concert. Les débuts sont relativement lents mais, petit à petit, sa réputation de diseuse pas comme les autres se répand. - Durant la guerre de 14-18, elle chante au front puis elle rencontre Loïe Fuller, avec qui elle part en tournée, qui lui enseigne la science des éclairages et de la lumière mais surtout celle de la mise en scène. - À son retour, le personnage de Damia est né. Citons d’elle : C'est mon gigolo, Le grand frisé, Tu m'oublieras, La chaîne, La ginguette a fermé ses volets, Sombre dimanche. Parallèlement à son activité scénique, elle tourne dans quelques films : C'est elle, la Marseillaise dans le Napoléon d'Abel Gance (1927). - Elle est de la distribution de Tu m'oublieras (1930) et de Sola (1931) sous la direction de H. Diamant Berger. On la voit brièvement dans La tête d'un homme de Julien Duvivier en 1933 et dans Les perles de la couronne de Sacha Guitry en 1937. Damia décèdera à Saint-Cloud le 30 janvier 1978. DANIEL-VINCENT (daniel Vincent, dit), 1874-1960 : Professeur et homme politique. Né à Bettrechies (Nord) le 31 mars 1874, Daniel-Vincent devient docteur ès-lettres et professeur à l’Ecole normale de Paris. Lieutenant dans l’aviation au début de la Première Guerre mondiale, il est élu député radical et devient rapporteur du budget de l’Aéronautique militaire. C’est ainsi qu’il est nommé sous-secrétaire d’Etat à la Guerre, chargé de l’aéronautique du 20 mars au 11 septembre 1917 dans le cinquème cabinet Ribot. Il est ensuite nommé ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts du 12 septembre au 15 novembre 1917 dans le premier cabinet Painlevé mais la chute précipitée du gouvernement limite son action aux affaires courantes. Quelques années plus trad, il est nommé ministre du Travail du 16 janvier 1921 au 14 janvier 1922 dans le septième ministère Briand. A nouveau ministre du Travail et de l’Hygiène du 29 mars au 8 juin 1924 dans le troisième ministère Poincaré, il prépare et fait voter la loi sur les assurances sosciales, et favorise aussi la mise en place de grands chantiers pour réduire le chômage, tel que la démolition des fortifications autour de Paris et leur remplacement par des équipements collectifs et des habitations bon marché. Il revient brièvement deux fois au gouvernement comme ministre du Commerce et de l’Industrie du 29 octobre 1925 au 22 juin 1926 dans le troisième cabinet Painlevé, le huitième ministère Briand et neuvième cabinet Briand puis comme ministre des Travaux publics du 23 juin au 18 juillet 1926 dans le dixième ministère Briand. Il décèdera à Evreux (Eure-et-Loir) le 9 septembre 1960. DANIÉLOU (Charles-Léon-Claude), 1878-1953 : Homme de lettres, journaliste et homme politique. Né à Douarnenez (Finistère) le 13 juillet 1878, Charles Daniélou, délégué général de la Ligue de la Patrie française pour l’Ouest, rend une part active au mouvemant anti-dreyfusard. Il se détache bientôt du mouvement nationaliste et son évolution le conduit ver la gauche radicale. Il se fait élire, tout d’abord, comme républicain indépendant au conseil municipal de Locronan en 1908 puis maire de Locronan pendant trente ans (1914-1944) et enfin comme député conservateur du Finistère en 1910. Battu aux élections législatives de 1914, il est réélu en 1919 député du même département, siège qu’il conserve jusqu’en 1936. Rallié au radicalisme après la Première Guerre, ce breton attiré par la mer est nommé sous-secrétaire d’Etat aux Travaux publics, chargé des Ports, de la Marine marchande et des Pêches, du 17 avril 1925 au 8 mars 1926 dans leS second et troisième ministères Painlevé et le huitième cabinet Briand. Il est ensuite nommé sous-secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil et aux Affaires étrangères du 9 mars 18 juillet 1926 dans les neuvième et dixième cabinets Briand. Il retrouve trois ans plus tard la Marine marchande comme ministre du 21 février au 1er mars 1930 dans le premier cabinet Chautemps et du 19 décembre 1930 au 26 janvier 1931 dans le ministère Steeg. Paul-Boncour puis Daladier le nomment ensuite ministre de la Santé publique du 18 décembre 1932 au 1932 au 25 octobre 1933. Il a laissé plusieurs ouvrages, notamment La marine marchande (1927) ; Le vrai visage d’Aristide Briand (1935) et Dans l’intimité de Marianne (1945). Il décèdera à Neuilly-sur-Seine (Seine) le 30 décembre 1953. GOURLAY (P.) : Charles Daniélou, 1878-1953 : Itinéraire politique d'un Finistérien, Rennes, Presses Universitaires de Rennes 2 (PUR), 1996. DANIÉLOU (Madeleine Clamorgan, épouse), 1880-1956 : Enseignante et Militante. L’une des premières femme agrégées en France, Madeleine Daniélou est, après le démantèlement de l'enseignement libre par Émile Combes, la fondatrice d'un groupe d'écoles pour les jeunes filles à la visée pédagogique novatrice. Femme de tempérament et d'intuition, elle fonde également la communauté « Saint François-Xavier » qui rassemble des femmes consacrées, soucieuses de vivre dans la foi chrétienne. Ce qui l'empêche pas d'être l'épouse de Charles Daniélou , homme politique anticlérical. En 1913 naît, à l'instigation de Madeleine Daniélou, le premier lycée de France où les jeunes filles passent un baccalauréat classique. Après 1918, plusieurs collèges « Sainte-Marie » s'ouvrent à Paris, puis dans toute la France, en Afrique et en Asie. Dans les années 1930, fidèle au courant des catholiques sociaux, Madeleine Daniélou lance l'aventure des écoles « Charles-Péguy » destinées aux enfants des milieux plus populaires. BERGER (Blandine) : Madeleine Daniélou : 1880-1956, Paris, Editiond du Cerf, 2002. DARAIGNEZ (Ernest), 1864-1940 : Médecin et homme politique. Né à Hagetmau, 7 décembre 1864, issu d'une vieille famille de médecins landais, Ernest Daraignez fait ses études au lycée de Mont-de-Marsan. Docteur en médecine (1891) de la faculté de Bordeaux, il s'installe ensuite à Mont-de-Marsan (1891) et devint directeur des services chirurgicaux des Landes jusqu'en 1920. Conseiller Municipal de Mont-de-Marsan en 1887, maire en 1912, il avait la réputation d'un républicain et d'un libéral. Mobilisé volontaire du 4 août 1914 au 25 décembre 1917, il est médecin-chef de nombreux hôpitaux. Après la guerre, il resta conseiller municipal de Mont-de-Marsan, mais perdit la mairie. Conseiller Général de 1898 à 1928, il est élu sénateur en 1920, réélu en 1924 et 1932 comme candidat de l'union démocratique et radicale. Sur le plan national, Daraignez était membre du comité directeur de l'Alliance républicaine démocratique. Son oeuvre dans les commissions sénatoriales est importante dans les domaines de l'hygiène, de l'assistance, de la prévoyance sociale et de l'enseignement. Dans le cadre départemental, ses réalisations sont nombreuses : il contribua à la fondation de l'asile départemental des aliénés, il anima le comité de patronage des Habitations à bon marché et fut président de l'Office départemental agricole et de la Société landaise d'encouragement à l'agriculture. Il ne prend pas part au vote le 10 juillet 1940. Mont-de-Marsan, 1er décembre 1940. DARESTE DE LA CHAVANNE (Rodolphe), 1842-1911 : DARIAC (Adrien, Louis), 1868-1949 : Fonctionnaire et homme politique. Né à Périgueux (Dordogne) le 14 juin 1868, Adrien Dariac est tout d'abord inspecteur général de l'agriculture, puis député de l'Orne de 1910 à 1942, rapporteur du budget de l'agriculture en 1911, membre de l'Alliance républicaine démocratique et des Radicaux indépendants. Il devient ministre de l’Agriculture du 9 au 13 juin 1914 dans le quatrième ministère Ribot. Son travail important à la Chambre lui vaut d’entrer du 19 au 22 juillet 1926 dans le second ministère Herriot comme ministre des Colonies. Cependant, comme la première fois, il est obligé de remettre son portefeuille au bout de trois jours. Ayant voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1914, il cessera toute activité politique après la Libération et décèdera à Contres (Loire-et-Cher) le 13 juin 1949. DARIEN (Georges), 1862-1921 : Écrivain. Né à Paris le 19 août 1862, les parents de Georges Darien sont des commerçants de religion protestante. Il en fait ses études au lycée Charlemagne. Le patriotisme exacerbé qui résulte de la défaite française de 1870 en même temps que la volonté d'échapper à l'emprise familiale incite l'engagement militaire de Darien en 1881. Son indiscipline est punie en 1883 par 33 mois de bagne militaire à Gafsa (Tunisie), jusqu'à la fin de son service. Ce qui lui fournira la matière de Biribi, discipline militaire, une fois rendu à la vie civile à Paris en 1886. Mais le livre ne paraîtra qu’en 1890 après Bas les cœurs (1889), roman satirique où Darien peint les conséquences des évènements de 1870-1871 sur un milieu provencial semi-bourgeois. Biribi contribue à faire abolir par la Chambre des députés les bataillons disciplinaires. Darien publie en 1891 Les Antisémites, Les Pharisiens. Il publie quelque 375 articles entre 1890 et 1918, collabore à une vingtaine de revues anarchistes ou libertaires, dont L'Ennemi du peuple, et dirige deux périodiques, L'Escarmouche fondée en 1893 et La Revue de l'impôt unique qu’il fonde en 1911. Son grand succès reste Le Voleur qui paraît en 1897. Puis, il se consacre au théâtre. Il donne une pièce tirée de Biribi puis un grand mélodrame inspiré de l’affaire Steneil. Il se présente en vain aux élections générales puis aux élections pour le Conseil municipal de Paris en 1912. Il meurt à Paris le 19 août 1921. DARLAN (Jean-Baptiste-Joas), 1848-1912 : Notaire, avocat et homme politique. Né à Podensac (Gironde) le 10 juin 1848, Jean-Baptiste est d’abord notaire puis devient avocat. Maire de Nérac (Lot-et-Garonne) en 1880, conseiller général du Lot-et-Garonne en 1886, il est élu député du Lot-et-Garonne de 1889 à 1898. Il est choisi par Jules Méline pour occuper les fonctions de garde des Sceaux du 29 avril au 26 septembre 1896 puis lui est adjoint ensuite les Cultes du 26 septembre 1896 au 1er décembre 1897. La gauche lui reproche alors de ne pas mener une politique anticléricale et cherche à le mettre en difficulté. La possibilité lui est offerte en novembre 1897, avec le déclenchement de l’affaire Monsservin. A la suite de la démission du juge d’instruction de Rodez, Monsservin, l’installation des deux magistrats chargés de le remplacer est faite précipitamment, et la prestation de serment est remplacée par l’envoi de deux télégrammes. Darlan a beau plaider l’urgence, le Sénat y voit une manœuvre destinée à permettre à Monsservin de se présenter aux élections et vote un blâme à l’encontre du garde des Sceaux qui doit démissionner. A laa fin de son mandat de député, ce franc-maçon devient receveur-précepteur. Il décède à Nérac le 8 décembre 1912. Il était le père de l’amiral Darlan. DARLAN (François), 1881-1942 : Amiral et homme politique. Né à Nérac (Lot-et-Garonne), François Darlan est le fils du ministre Jean-Baptiste Darlan. Ancien élève de l’Ecole navale chef d’état-major des forces navales françaises en Extrême-Orient, chef de cabinet du cabinet de plusieurs ministres de la Marine puis chef d’état-major de cette arme en 1937, Darlan est promu amiral de la flotte en 1939. Dès le début du conflit, il s’oppose aux Anglais sur l’affaire de Dunkerque. Soucieux de préserver une flotte qu’il a lagement contribué à développer, il assure les Anglais, en tant que ministre de la Marine militaire et de la Marine marchande (16 juin-12 juillet 1940) dans le ministère Pétain, que pas un des bâtiments français, ne sera mis au service de l’ennemi. Pourtant, Londres ne lui donne le choix qu’entre ralliement ou le sabordage. Son refus provoque le désastre de Mers-el-Kébir. Devant cette agression britannique, Darlan choissit alors la politique du collaborationnisme de Vichy. Continuant sa carrière militaire et politique sous le régime de Vichy, il reste fidèle au maréchal qui l’encourage secrétèment. Le 24 décembre 1942, il est assassiné sur l’ordre de monarchistes partisans du comte de Paris, probablement manipulé par des gaullistes. DARQUIER DE PELLEPOIX (Louis), 1897-1980 : Journaliste et homme politique. Né à Cahors le 19 décembre 1897. Bien que très lié avec Anatole de Monzie, plusieurs fois ministre sous la Troisième République, Louis Darquier de Pellepoix milite dans les milieux nationaux et participe aux manifestations de février 1934. Blessé le 6 février, il crée et préside l’association groupant les victimes de la fameuse fusillade de la place de la Concorde et se fait élire conseiller municipal de Paris en 1935. Il était alors le secrétaire général du Jour et fonde la même année le Club national, qui groupe tout d’abord des militants nationalistes du XVII eme arrondissement de Paris. Après la victoire du Front populaire, aux élections législatives de 1936, il entame une campagne antisémite tant à l’hôtel de ville que dans la presse et crée, avec d’anciens collaborateurs ou amis de La Libre parole, le Rassemblement antijuif de France et le journal bi-mensuel La France enchaînée. Soutenant la politique du maréchal Pétain, il s’exile après la guerre en Espagne où il décèdera le 29 août 1980 près de Malaga. Laurent Joly, Darquier de Pellepoix et l'antisémitisme français, Berg International, 2002. DAUDÉ-GLEIZE (Paulin-Joseph-Marius), 1862-1928 : Avocat et homme politique. Né à Rhunes (Lozère) le 17 janvier 1862, Paulin Daudé-Glaize est issu d’une famille di terroir qui comptait un député (Deuxième République) parmi ses membres. Elu député modéré de son département natal en 1898, il s’inscrit au groupe parlementaire antisémite créé et présidé par Edouard Drumont. Réélu en 1902, il fait l’objet d’une violente campagne de dénigrement tendant à faire invalider son élection. Ses adversaires qui se félicitent déjà de l’échec de Drumont à Alger, espéraient l’évincer du Parlement. Mais après un supplément d’enquête décidé par la Chambre, Daudé-Glaize peut enfin siéger le 6 avril 1903. Quelques mois avant les élections de 1906, il se présente au Sénat et est élu siégeant parmi les républicains démocrates puis appartenant au groupe de l’union républicaine. Il est réélu en 1920, 1924 et 1928. Il était également conseiller général de la Lozère et maire de mande (Lozère) où il décède, en cours de mandat le 16 juin 1928. DAUDET (Ernest), 1837-1921 : Journaliste, romancier et historien. DAUDET (Alphonse), 1840-1897 : Romancier. Aphonse Daudet est né à Nîmes (Gard) le 13 mai 1840 et est mort à Paris en 1897. Il laisse le souvenir d'un être généreux, plein de sollicitude pour ses camarades malchanceux et attentif à son époque : il sera l'un des premiers à apprécier et à prendre la défense des impressionnistes. Reconnu tardivement de son vivant par ses pairs, Alphonse Daudet aura toutefois le soutien de Zola, des frères Goncourt, et de Maupassant. Il sera également l'un des fondateurs de l'Académie Goncourt (sa mort prématurée, en 1897, l'empêchant d'en être membre, 1903). Très aimé du grand public qui voit en lui le chantre généreux et tendre d'une Provence idéale en même temps qu'un Dickens à la française, Daudet fut à la fois romancier, conteur, dramaturge et poète. Il n'en souffre pas moins d'être prisonnier du succès des lettres de mon moulin et de Tartarin de Tarascon . Il faut redécouvir les différentes facettes d'Alphonse Daudet : il a su faire preuve de sobriété et de pudeur (Sapho), de talent mélodramatique (Jack) et d'émotion autobiographique (Le Petit Chose) Et puisqu'il est difficile d'échapper à son destin , on peut relire les lettres de Mon Moulin, une oeuvre certes légère , mais certainement immortelle; et les enfants n'ont pas fini de pleurer la chèvre de Monsieur Seguin... DAUDET (Léon), 1867-1942 : Journaliste, écrivain et homme politique. Né le 16 novembre 1867 à Paris, fils du romancier Alphonse Daudet, Léon et élevé dans une famille républicaine et très profondément antisémite. Après de brillantes études au Lycée Charlemagne, puis au Lycée Louis le Grand (il est lauréat du concours général), il suit les cours de la faculté de médecine et devient interne des hôpitaux. Par son père cependant, il fait la connaissance de grands écrivains de son temps, amis de la famille comme Edmond de Goncourt, Flaubert, Drumont, etc... Après son mariage avec Jeanne Hugo, en 1891, la petite-fille du poète, il est introduit dans les salons fréquentés par des personnalités républicaines. Il commence à publier des ouvrages écrits d’une plume vigoureuse et témoignant d’une grande richesse de vues, notamment Les Morticoles et Le voyage de Shakespeare. En même temps, il collabore à plusieurs journaux dont La Libre Parole d’Édouard Drumont et figure parmi les tout premiers adhérents de la Ligue antisémitique. Il semble promis à un bel avenir comme écrivain encensé par les serviteurs du régime. L’affaire Dreyfus est pour lui comme pour tant d’autres un révélateur et ne fait que renforcer ses sentiments antisémites. Converti au catholicisme, Il mène le combat nationaliste contre les détracteurs de l’Armée et va rompre avec les milieux républicains. En 1903 il épouse sa cousine Marthe Allard qui, sous le pseudonyme de « Pampille », possède déjà un joli talent de plume. En 1905 il rejoint Charles Maurras et l’Action française. En 1908, Daudet apporte 300.000 francs qu’il a reçu en héritage pour contribuer à la fondation du quotidien L’Action Française dont son talent de polémiste va trouver son lieu d’élection. Léon Daudet y devient alors le spécialiste de l’injure, de la calomnie et des grandes campagnes de dénonciation des multiples complots qui plaisent à l’extrême-droite française. Dans les années précédant la guerre de 1914, il publie des articles prophétiques qui seront rassemblés dans un ouvrage sous le titre L’Avant-Guerre. Ses cibles favorites restant les républicains et les « espions allemands » qu’il voit cachés jusque dans les allées du pouvoir. Mais si ses dénonciations n’ont, pour la plupart fausses, elles peuvent à l’occasion lui permettre de mettre à jour des affaires réelles de trahison comme celle qui a conduit à l’arrestation des rédacteurs du Bonnet rouge. Durant la guerre, il s’attache à soutenir le moral des Français par ses écrits. Il s’engage aussi à fond dans la chasse aux espions et aux traîtres « embochés », dénonçant la collusion du ministre de l’Intérieur Malvy avec eux. Il en informe le président de la République Raymond Poincaré et provoque ainsi des poursuites judiciaires et des sanctions. En 1917, il est l’un des artisans de l’arrivée de Clemenceau au pouvoir. Élu député de Paris en 1919, il va dominer la Chambre « bleue horizon » de sa puissante personnalité. Il ne mène pas seulement un combat politique pour préserver les acquis de la victoire face à Aristide Briand, il devient aussi le procureur de la paix de Versailles qu’il juge trop conciliante à ses yeux et devient l’avocat d’une politique de rigueur face à l’Alemagne. Il défend également la culture française, notamment dans un discours demeuré célèbre sur les humanités. L’assassinat ou le suicide de son fils Philippe, âgé de quatorze ans, en novembre 1923, l’atteint cruellement. Condamné pour avoir défendu sa mémoire, il s’enferme dans les bureaux de l’Action française avant de se rendre à la police (juin 1927). Il est emprisonné mais bientôt libéré par un stratagème des Camelots du Roi. Il s’exile alors en Belgique d’où il ne reviendra, gracié, qu’en janvier 1930. Ces malheurs, supportés avec courage, n’ont pas empêché Léon Daudet de poursuivre une abondante production littéraire. Celle-ci compte de nombreux romans, mais aussi plusieurs ouvrages de souvenirs où Léon Daudet se montre un narrateur et portraitiste inégalable. C’est aussi le mémorialiste qui écrira les deux volumes de Paris vécu et le Bréviaire du journalisme. On n’aura garde d’oublier Le stupide XIXe siècle qui est une critique percutante du libéralisme. Fidèle à l’Action française, malgré la condamnation pontificale de 1926 et du désabeu de l’action de l’organisation par le Prétendant en 1937, la défaite de la France, en 1940, le touche profondément. Il continue à faire paraître L’Action française pendant la guerre. Mais très malade, il ne joue plus aucun rôle pendant celle-ci et Léon Daudet meurt le 1er juillet 1942 à Saint-Rémy-de-Provence où il est enterré. WEBER (E.) : L’Action française, Paris, Stock, 1964. DAUM (Antonin), 1864-1930 ; (Auguste), 1853 -1909 : Industriels et maîtres-verriers. Jean Daum (1825-1885) achète en 1878 à Nancy la verrerie Sainte Catherine. Il y associe ses deux fils, Auguste en 1879 et Antonin en 1887. Après des études classiques à Bitche, à Metz et à Nancy, Auguste Daum passe sa licence de droit à la faculté de Paris. Il abandonne la carrière notariale pour s'occuper de la gestion de la manufacture de son père. Il devient, en 1904, président du tribunal de commerce de Nancy. En 1909, à sa mort c'est son frère Antonin qui reprend seul l'affaire familiale. Antonin, quant à lui, fait ses études à Lunéville, puis au lycée de Nancy. En 1887, il sort diplômé de l'Ecole Centrale de Paris, date à laquelle il entre dans la verrerie pour s'occuper du renouvellement des formes et des décors des pièces. Le caractère de gestionnaire d'Auguste et le talent créatif d'Antonin vont donner à l'entreprise une nouvelle dimension économique et artistique, notamment avec la création en 1891 de la section artistique des verreries de Nancy. Plusieurs techniques sont développées par l'entreprise, la vitrification des poudres entre autres. Un brevet est déposé en 1899 concernant le décor intercalaire. De nombreux artistes de talent vont se succéder chez Daum comme responsables de l'atelier de décoration : le premier est Jacques Gruber, décorateur et verrier, à partir de 1893, ou encore Henri Bergé à partir de 1895. L'arrivée d'Amalric Walter en 1904, après un apprentissage à la manufacture de Sèvres, diffuse chez Daum la technique de la pâte de verre. Le musée des Beaux-Arts de Nancy abrite, depuis le milieu des années 80, plus de 400 verreries, cristaux et pâtes de verre de Daum, illustrant ainsi un siècle de production verrière à Nancy. Antonin Daum est un des vice-présidents et le trésorier de l'Ecole de Nancy dès sa création en 1901. SALMON, BARDIN, Daum. Collection du musée des Beaux-Arts de Nancy. Paris, RMN, 2000 DURET-ROBERT, Daum dans les années 50. Paris, L'Amateur, 1996 PETRY, MAURY, Daum dans les musées de Nancy. Nancy, 1989 DAUM, Daum, maîtres verriers. Lausanne, Edita, 1980. DAUPHIN (Albert), 1827-1898: Bâtonnier et homme politique. Né à Amiens le 26 août 1827, Albert Dauphin est bâtonnier dans sa ville natale, maire de cette ville en 1870, puis préfet de la Somme. Il est élu député conservateur en 1872, puis sénateur en 1876. Procureur général à la cour d’appel de Paris par la suite, il se spécialise dans les questions financières au Sénat et entre au gouvernement comme ministre des Finances du 11 décembre 1886 au 29 mai 1887 dans le ministère Goblet. Il tente alors en vain de faire voter son projet d’impôt sur le revenu qui est combattu par la droite comme par la gauche. Ne pouvant compter sur presque aucun soutien au Parlement, il doit le vote des crédits nécessaires à la réorganisation de son administration qu’à l’intervention du président du Conseil. Mais le ministère est finalement mis en minorité sur cette question financière. Il décèdera à Amiens le 14 novembre 1898. DAUTRESME (Lucien), 1826-1892 : Ingénieur, compositeur et homme politique. Né à Elbeuf (Seine-Inférieure), Lucien Dautresme d’abord polytechnicien puis ingénieur de la Maine, s’adonne à la musique comme compositeur avant de découvrir la politique à la chute de l’Empire. Il est alors élu député républicain modéré et entre au gouvernement du 9 décembre 1885 au 6 janvier 1886 comme ministre du Commerce dans le premier cabinet Brisson. Bien qu’il ne se signale par aucune initiative particulière, il est de nouveau ministre avec le portefeuille du Commerce et de l’Industrie du 30 mai 1887 au 2 avril 1888 dans les premiers cabinets Rouvier et Tirard où il organisera l’Exposition universelle de 1889. Il décèdera à Paris le 18 février 1892. DAUTRY (Raoul), 1880-1951 : Employé et homme politique. Né à Montluçon (Allier) le 13 septembre 1880, Raoul Dautry est d’abord polytechnicien puis employé aux chemins de fer. Pendant la Première Guerre mondiale, il organise le réseau en faveur de la Défense nationale. Après l’armistice, il est nommé par André Tardieu à la tête du réseau d’Etat et y accomplit une formidable tâche de réorganisation. Au début de la Seconde Guerre mondiale Edouard Daladier crée spécialement pour lui, dans son troisième gouvernement, le ministère de l’Armement, portefeuille que Dautry occupera du 13 septembre 1939 au 16 juin 1940 et qu’il conservera dans le cabinet Reynaud. Son objectif est de faire tourner au maximum les usines existantes et d’essayer de créer le plus rapidement possible de nouvelles unités. Ses plans semblent à trop longue échéance aux yeux des militaires, mais lui, veut accroître par tous les moyens la force de la France pour faire reculer les troupes allemandes. Objectif qu’il juge réalisable à échéance de trois ou quatre ans. Avec habileté, il parvient à acheter la réserve norvégienne d’eau lourde (indispensable à la fabrication de la future bombe atomique) et à la transporter en France avant même que les Allemands aient eu le temps de s’en emparer. En 1940, il se prononce pour l’armistice et quitte le gouvernement pour se retirer dans le Vaucluse. Reprenant sa carrière politique après la guerre, il décède à Lourmarin (Vaucluse) le 21 août 1951. DAVID (Fernand), 1869-1935 : Avocat et homme politique. Né à Annemasse (Haute-Savoie) le 18 octobre 1869, Fernand David est d’abord avocat républicain puis est élu député de la Haute-Savoie de 1898 à 1919. Ce franc-maçon s’intéresse particulièrement aux questions agricoles. Il occupe le portefeuille du Commerce et de l’Industrie du 14 janvier 1912 au 20 janvier 1913 dans le premier cabinet Poincaré. Ministre des Travaux publics du 9 décembre 1913 au 8 juin 1914 dans le premier ministère Doumergue, il occupe également le portefeuille de l’Agriculture dans plusieurs cabinets de 1913 à 1930 et gère son département avec justesse mais sans éclat. Il décèdera à Paris le 17 janvier 1935. DAVID (Robert-Pierre-François), 1873-1958 : Fonctionnaire et homme politique. Né à Fontainebleau (Seine-et-Marne) le 5 novembre 1873, Robert David, docteur en droit, est le neveu de Sadi-Carnot et le petit-fils de l’éonomiste Dupont-White. Il commence sa carrière comme chef de cabinet du préfet de Marseille puis du gouverneur général d’Algérie. Elu député de la gauche démocratique de 1910 à 1914 dans le département de la Dordogne, il entre au gouvernement dix ans plus tard, du 20 janvier au 18 février 1920 puis du 19 février 1920 au 15 janvier 1921 dans les premier et second cabinets Millerand comme sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur. Il défend le budget de son département et participe aussi à la réorganisation des services préfectoraux. Enfin, il plaide en faveur de la transformation en direction du service des affaires algériennes. Réélu député de la Dordogne de 1919 à 1924, il renonce ensuite à sa carrière politique et collabore au Figaro et au Matin ainsi qu’à la Revue hebdomadaire et publie La Troisième République. soixante ans de politique et d'histoire (1934). Il décèdera à Magnac-Laval (Haute-Vienne) le 26 avril 1958. DÉAT (Marcel), 1894-1955 : Professeur et homme politique. Né à Guérigny (Nièvre) le 7 mars 1894, Marcel Déat est issu d’une famille de petits fonctionnaires, républicains et patriotes. Il fait des études brillantes, et, avec une bourse, entre en 1914 à l’Ecole normale après avoir été l’élève de Alain, professeur actif dans le milieu des radicaux. C’est à Khâgne, à Paris, qu’il s’intéresse au socialisme et adhère à la SFIO, plus par « idéalisme philosophique que par matérialisme ». Il est mobilisé au front pour la Première Guerre mondiale, qu’il terminera avec le grade de capitaine. Sous le pseudonyme de Taëd, il publie Cadavres et maximes, Philosophie d’un revenant, où il exprime son horreur de la guerre, des tranchées, qui explique un pacifisme viscéral qui sera déterminant pour ses choix dans sa carrière. Il est aussi fasciné par la discipline collective et pour la camaraderie au front. En 1918, il reprend ses études et passe l’agrégation de philosophie en 1920 avant de s’orienter vers la sociologie, sous la tutelle de Célestin Bouglé, sociologue radical et ami d’Alain. Bouglé place Déat au secrétariat du centre de documentation de la rue d’Ulm. À la scission socialiste de Tour, il se situe à droite de la SFIO, dans le groupe de la Vie socialiste, aux côtés de Renaudel. En 1922, il est nommé professeur de philosophie au lycée de Reims, épouse une de ses anciennes élèves et commence à s’intéresser à la politique. En 1925, il est élu conseiller municipal de Reims et, à la faveur d’une élection partielle, en 1926, il est élu à la Chambre des députés, mais sera battu en 1928 ave le retour du scrutin d’arrondissement. À cette époque, Léon Blum cherchait à favoriser quelques jeunes car la montée dans la hiérarchie du parti était difficile. Il nomme Déat, considéré comme son dauphin, secrétaire du groupe parlementaire de la SFIO. Ce poste accroît son influence sur le plan national et, publiant des articles dans La Vie ouvrière, Déat apparaît comme un des espoirs de la SFIO. En 1931, Déat publie Perspectives socialistes, un ouvrage théorique de réflexion sur la doctrine socialiste. Il pense qu’il faut s’adapter à l’évolution de la société capitaliste qui ne paraît pas s’autodétruire, contrairement à l'affirmation marxiste. L’État doit avoir un rôle privilégié dans la gestion de la propriété qui doit être individuelle. Il est contre la collectivisation, contre la révolution, car le chaos est le credo des fascistes, et en ces points, il s’oppose farouchement aux marxistes, mais se rapproche des planistes. Déat pense qu’il faut passer par un régime intermédiaire, et non pas attendre le vide politique pour que le socialisme s'installe. Déçu par le fait que son livre soit incompris et combattu par la majorité des socialistes, que Blum ne lui réponde que par le silence, Déat durcit ses positions dans les années qui suivent. En 1932, il est élu député d’une circonscription de Paris, aux dépens de Jacques Duclos, qui avait lui-même battu Léon Blum en 1928 et fort de ce succès espère convaincre son parti. En 1933, au 30ème congrès de la SFIO, se produit l’affrontement entre les « néos » et la direction di parti. Déat appartient au groupe des néo-socialistes (avec entre autres Marquet et Renaudel) qui font scission avec la SFIO, pour créer le Parti Socialiste Français (PSF). Leur devise est « Ordre, Autorité, Nation ». Ce mouvement qui veut « renforcer l’État contre la crise économique » s’ouvre aux classes moyennes, lutte contre le fascisme en le contrant sur son terrain, le cadre national, et en participant aux gouvernements non socialistes. En novembre 1933, les « néos » sont exclus et la plupart adhèrent au nouveau parti qui se crée alors, dont Déat devient le secrétaire général. En outre, Il veut défendre la nation à tout prix en évitant la guerre. Mais, groupe hétorogène, miné par des dissensions intérieures, il finit par s’intégrer en novembre 1935 dans l’Union socialiste républicaine ou USR qui rassemble divers partis socialistes dissidents. En janvier 1936, Sarraut lui confie le ministère de l’Air dans son gouvernement. Pour Déat leFront opulaire constitue pour lui un véritale échec. Il est battu aux élection et reprend son poste de professeur au lycée Louis-le-Grand et à l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud. En tant que secrétaire de l’USR, il collabore à de nombreux journaux et en 1937, il publie Le Front populaire au tournant, dans lequel il critique le Rassemblement populaire qui divise la France et auquel il reproche sa politique étrangère basée sur le pacte germano-soviétique alors qu’il préconise un accord de consiliation avec l’Allemagne, par une révision des traités de 1919 et une entente économique. Dès avril 1938, Déat s’affirme comme un des chefs de file du mouvement pacifiste. En avril 1939, il est élu, lors d’une élection partielle, député à Angoulême, pour le « rassemblement anticommuniste », après avoir perdu son ancien mandat au profit d’un communiste. Cette année-là, il affirme sa position Munichoise et son pacifisme dans « Mourir pour Dantzig ? », article parut dans L'Œuvre, journal dont Déat prend la direction en 1940. Au moment de la déclaration de guerre, il demande à s’engager mais aucune affectation ne lui ait proposée. Il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Il tente de faire un parti unique avant l’armistice de 1940, en vain puis s’éloigne de Vichy. A la libération, il est condamné à par la Haute Cour de Justice à la peine de mort et à l’indignité nationale. Il se réfugie d’abord en Allemagne puis en Italie, dans un couvent où il se convertit au catholicisme. Il meurt à San Vito près de Turin le 5 janvier 1955. BURRIN (Ph.) : La dérive fasciste, Paris, Editions du Seuil, 1986. DEBIERNE (André-Louis), 1874-1949 : DEBUSSY (Claude), 1862-1918 : Compositeur. Né le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), les parents de Claude Debussy tiennent un commerce de porcelaine. Pendant la guerre de 1870, la famille se réfugie chez sa tante qui lui fait avoir ses premières leçons de musique avec un musicien italien, Jean Cerutti. A Paris, son père rejoint la Commune et sert comme capitaine dans la Garde Nationale. Quand la Commune de Paris est écrasée par les forces de Thiers, il est arrêté et condamné à quatre ans de prison. Selon Charles de Sivry, Claude Debussy est confié à Antoinette Mauté de Fleurville, élève de Chopin et belle-mère de Verlaine. Elle le prépare à entrer au Conservatoire de Paris : il y est admis en 1872. Il suit les cours de Marmontel (piano), Lavignac (solfège), Durand (harmonie), puis Guiraud (composition) et obtient le Grand Prix de Rome en 1884 avec la cantate L'Enfant prodigue. Entre temps, il avait été engagé comme pianiste par la baronne Von Meck, la protectrice de Tchaïkovsky, avant de rencontrer Madame Vanier et d'en devenir l'accompagnateur. De retour à Paris, il compose La Damoiselle élue, se lie avec les poètes symbolistes, découvre les Impressionnistes et les musiques d'Extrême-Orient. Atmosphère et couleur prennent dans ses oeuvres le pas sur les structures formelles. C'est l'époque des Ariettes oubliées, de Fêtes galantes et de la Suite bergamasque. En 1894 est créé à Paris le Prélude à l'après-midi d'un faune, partition novatrice qui connaît un grand succès. Tout en travaillant à Pelléas, Debussy crée ensuite Les Chansons de Bilitis, les Trois Nocturnes, et, pour le piano, les Estampes. Cette « première période », que l'on peut qualifier d'impressionniste dans la mesure où les contours mélodiques semblent s'y estomper dans une mosaïque de sensations, se clôt avec le scandale de la création de Pelléas et Mélisande (30 avril 1902). Si elle divise profondément la critique, l'oeuvre place Debussy au premier rang des compositeurs français. Achevée et créée en 1905, La Mer, « la » symphonie de Debussy est attaquée avec plus de violence encore par le milieu musical officiel. Mais la profonde originalité de l'oeuvre aura une grande influence sur la génération suivante. Suivent Images, autre tryptique symphonique dans lequel chatoient les rutilantes couleurs d'Iberia, les deux livres des Préludes et les douze Etudes pour le piano, le ballet Jeux, En blanc et noir, ou le Martyre de saint Sébastien, «mystère» d'après D'Annunzio, trop méconnu. Dans cette deuxième période éclate la modernité d'un style qui semble s'être affranchi de toutes les conventions formelles antérieures et Debussy fait de plus en plus figure de chef d'école. Mais dès 1910, sa santé se détériore. Il doit renoncer à de nombreux projets. Ses dernières oeuvres, en particulier les sonates, sont créées pendant la guerre, dans un climat de réaction nationaliste auquel lui-même ne reste pas étranger. Terrassé par le cancer, Debussy meurt à Paris le 25 mars 1918, dans l'indifférence générale. La musique de Debussy est aux antipodes du post-romantisme et du wagnérisme alors en vogue en Europe. Le développement traditionnel est abandonné, les thèmes fragmentés. La couleur et la sensation prédominent (souvent violentes : rien de plus faux que l'idée d'un Debussy flou ou vague ; son dessin est toujours net et sa musique puissamment sensuelle), la dissonance s'émancipe. L'influence des traditions exotiques (gamme pentatonique, gamme par tons entiers...) est considérable. Enfin, dans cette oeuvre exigeante, si l'expérimentation prime, le résultat n'est jamais inférieur à la pensée ; harmoniste extraordinaire, excellent pianiste, orchestrateur d'exception, Debussy était aussi un artisan de la création musicale au sens fort du terme. Avant Stravinsky et Bartok, il est l'un des grands émancipateurs de la musique occidentale. BOUCHER (M.) : Claude Debussy, Paris, Rieder, 1933. CHENNEVIÈRE (D.) : Claude Debussy et son œuvre, Paris, Durand, 1913. DUMESNIL (R.) : Portraits de musiciens, Paris, 1938. FABIAN (L.) : Claude Debussy, Paris, 1923. LA LAURENCIE (L. de) : Claude Debussy, Paris, 1909. ROLAND (R.) : Musiciens d’aujurd’hui, Paris, 1912. STOBEL (H.): Claude Debussy, Paris, 1943. SUARÈS (A.) : Debussy, Paris, 1922. VALLAS (Léon) : Debussy, Paris, 1927 ; Les idées de Debussy, musicien français, Paris, 1927. DÉCADENTISME : Le décadentisme (ou mouvement décadent ou décadisme) est un mouvement littéraire et artistique qui s'est développé en France pendant les vingt dernières années du 19ème siècle. Un contexte historique, social et économique favorable à la France permettait d'oublier l'humiliation de la défaite de 1871. Cependant, derrière cette façade, un malaise était généré par la pauvreté du prolétariat. Le décadentisme n'a jamais eu de véritable chef de file. Ce mouvement est à la limite entre naturalisme et symbolisme. Charles Baudelaire est souvent reconnu comme une sorte de précurseur de ce mouvement. Le mouvement décadent ne prend vraiment conscience de lui-même qu'avec la publication, en 1883, des Essais de psychologie contemporaine consacrés par Paul Bourget à Baudelaire, Taine, Renan et Stendhal. L'auteur y précise les caractéristiques de la « névrose » dont sont atteints les maîtres contemporains, selon lui inquiets, nerveux, portés à la mélancolie et au pessimisme. Ces essais de psychologie séduisent la jeunesse, qui y trouve un message adapté à son sentiment de déliquescence. Jules Laforgue est, avec Tristan Corbière et Charles Cros, le meilleur représentant de cette désespérance teintée d'humour et volontiers provocatrice. Mais, le roman le plus représentatif est À rebours de Joris-Karl Huysmans en 1884, suivi du Crépuscule des Dieux, d'Elémir Bourges. Un an après sa publication, en 1885, paraissent Les Déliquescences d'Adoré Floupette, d'Henri Beauclair et Gabriel Vicaire, qui, en tournant les décadents en dérision, font davantage apparaître leurs tics, pesimisme morbide, langueur affectée, abus en tous genres, mais aussi leurs audaces de style aussi bien en prose qu'en poésie. Paul Adam, Moréas excellent dans les recherches les plus absconses. Le petit Glossaire pour servir à l'intelligence des auteurs décadents et symbolistes (1888), signé Jacques Plowert (pseudonyme de Paul Adam et Félix Fénéon), donne une idée de cette hyper-préciosité décadente. La notoriété atteinte, les décadents commencent à se diviser en chapelles, par revues interposées: La Plume, Le Décadent, La Vogue, etc... Derrière Moréas se forme alors une phalange qui veut substituer le mot de symbolisme à celui de décadence. On peut considérer comme typique de ce mouvement les romans de Catulle Mendès, allant jusqu'à mettre en scène dans ses œuvres des intrigues amoureuses incestueuses et homosexuelles à la fois. DECAZES (Louis-Charles-Elie-Amanieu, duc de Glücksberg et duc), 1819-1886 : Diplomate et homme politique. Né à Paris le 29 mai 1819, le duc Decazes est le fis aîné du ministre de Louis XVIII. Grand ami des princes d’Orléans, il commence sa carrière dans la diplomatie avant de s’occuper de ses terres et de ses sociétés sous le second Empire. Député monarchiste de la Gironde en 1871, il remplace le duc de Broglie au quai d’Orsay du 26 novembre 1873 au 22 novembre 1877 dans les cabinets successifs de Broglie, Cissey, Buffet, Dufaure, Simon et à nouveau de Broglie. Il lutte contre le bellicisme allemand sans pour autant heurter de front le vainqueur de 1870 et parvient à rallier le tsar et l’Angleterre à cette politique. Elu député de la Seine en 1876, lors de la crise politique d’avril 1877, la finesse de Decazes et la qualité de sa diplomatie montrent au reste de l’Europe que la brutalité bismarkienne n’a que peu de poids face à la « République des ducs ». Elu député des Alpes-Maritimes de 1877 à 1878, il se retire ensuite de la vie politique et décède au château de La Grave (Gironde) le 16 septembre 1886. DÉCHELETTE (Joseph), 1862-1914 : Archéologue. Né à Roanne le 8 janvier 1862, Joseph Déchelette appartient à une famille d’industriels et exerce d’abord la profession paternelle mais son goût pour l’archéologie devait l’amener pau à pau à consacrer toute sa vie à cette science. La remaruable étude sur les Peintures murales du Moyen Age et de la Renaissance en Forez, publiés en collaboration avec C. Beauverie, l’abbé Reure et G. Trévoux (1900), doit non seulement attirer l’attention des spécialistes mais engager Déchelette plus avant dans ses recherches. C’est vers la préhistoire et l’archéologie celtique et gallo-romaine qu’elles s’étaient orientées à partir du moment où Déchelette avait entrepris de continuer et de mener à bien les fouilles commencées au mont Beuvray, dans la Nièvre, sur l’emplacement de l’antique Bibracte, capitale des Éduens au moment de la conquête romaine. Après avoir publié en 1903 un ouvrage sur les monnaies trouvées au cours des fouilles, L’Oppidum de Bibracte, il devait, en 1904, donner un compte-rendu des fouilles exécutées jusqu’alors, Les Fouilles du mont Beuvray de 1897 à 1901. Entre-temps, Déchelette avait fait paraître dans divers revues un grand nombre de travaux sur les sépultures et les nécropoles, les poteries et l’ensembles des fouilles celtiques et gauloises. En 1904, son livre Les Vases céramique ornés de la Gaule romaine est récompensé par l’Académie des Inscriptions dont il est nommé en 1911 membre correspondant. Devenu conservateur du musée de Roanne, Déchelette se consacre à la rédaction de son monumental Manuel d’archéologie préhistorique, celtique t gallo-romaine, publié de 1908 à 1913, ouvrage qui rassemble toutes les connaissances acquises dans ce vaste domaine. Il meurt au champ d’honneur dans l’Aisne le 4 octobre 1914. DECLERQ (Gilbert), 1896-1944 : Ouvrier et homme politique. Né le 15 août1896 à Halluin (Nord) dans une famille pauvre, Gilbert Declerq est élevé par sa mère, et travaille avec elle au cannage des chaises avant de devenir ouvrier-tisserand, puis responsable syndical. Conseiller municipal d’Halluin, puis adjoint au maire, il est candidat communiste dans la 10ème circonscription de Lille en 1932. Battu, il se représente en 1936 et bat le candidat Bataille au second tour du scrutin. En octobre 1939, il quitte le groupe communiste et rejoint ses camarades ayant quitté le PCF pour fonder l’Union populaire française. Le 10 juillet 1940, il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain comme il avait voté six mois plus tôt la déchéance des députés restés fidèles au parti communiste après la signature du pacte germano-soviétique, s’attirant des ennemis parmi les rangs communistes. Il décèdera à Nîmes (Gard) le 30 septembre 1944. DÉCORATIONS (Scandale des) : En septembre 1887, une enquête de police découvre un trafic de décorations apparemment organisé par une femme du nom de Limouzin. Le scandale des décorations éclate le 7 octobre de la même année lorsque la presse dévoile un trafic de décorations mis en place par Daniel Wilson (1840-1919), député d'Indre-et-Loire et gendre du président de la République, Jules Grévy. Wilson est mis directement en cause. L'enquête révèle qu’il revendait depuis un bureau de l'Élysée où il logeait, des milliers de décorations - notamment la Légion d'honneur pour 25.000 Francs notamment pour verser des subventions à des journaux de province. Parmi ses complices, on compte le général Caffarel, madame Limouzin et madame Ratazzi. La Chambre autorise le 17 novembre 1887, la création d'une commission d'enquête, puis d'une action judiciaire contre Wilson. On constate que certaines pièces du dossier avaient été faussées. La rue, les journalistes, les politiciens dont Georges Clemenceau et Jules Ferry s’acharnent sur le Président de la République Jules Grévy et le poussent à la démission. Clemenceau prononçe un discours le 19 novembre qui forçe le cabinet Rouvier à démissionner et Jules Grévy est directement accusé. Le parti majoritaire des « opportunistes » refuse de former un nouveau ministère. Tous les jours, ce sont de violentes manifestations dans les rues. Le Président est totalement isolé et le 2 décembre 1887, le Sénat et la Chambre réunis votent une résolution pour demander la démission de Jules Grévy, qui s'exécute. Quant à Daniel Wilson, protégé par son immunité parlementaire, il siège crânement dans l'hémicycle. Il finit par être condamné en à deux ans de prison le 23 février 1888 mais est acquitté en appel : il avait été poursuivi pour « corruption de fonctionnaire », or un député n'étant pas fonctionnaire, la procédure avait été déclarée nulle. Aussitôt il revient imperturbablement à l'assemblée, indifférent aux quolibets et à l'opprobre de ses collègues. Il sera réélu en 1893 et en 1896. Le 3 décembre, les Chambres se réunissent à Versailles pour donner un successeur au président de la République. Jules Ferry, candidat, n'obtient pas les suffrages ni des radicaux, qui ne veulent plus d'expansion coloniale, ni des conservateurs, ni d'un enseignement laïc. C’est Georges Clemenceau qui évitera de nouvelles émeutes en obtenant l'élection de Sadi Carnot. Le 12 décembre, c’est la création du gouvernement Tirard, et la situation s'apaise. Le scandale des décorations contribue à discréditer le régime parlementaire de la IIIe République, mais a renforcé le général Boulanger, désormais à la tête de « des syndicats de tous les mécontents ». DECOURCELLE (Pierre), 1856-1926 : Romancier et auteur dramatique. Né à Paris le 25 janvier 1856, Pierre Decourcelle remporte, au théâtre, un énorme succès avec Gigolette (1894), drame en cinq actes et huit tableaux, aux épisodes tour à tour tragiques et attendrissants, où une jeune fille pure et malheureuse finit par connaître le bonheur. Comme romancier, il a écrit notamment Les Deux gosses, Fanfan (2 volumes, 1896), émouvante histoire, aux rebondissements pleins de surprises, d’un enfant disparu, persécuté, victime d’un atroce malentendu entre ses parents, mais qui retrouvera son foyer. Decourcelle, écrivain particulièrement fécond, est l’auteur de très nombreux romans comme La Baillonnée (1894), Les Fêtards de Paris (1902), Les Deux frangines (1903), Les Requins de Paris (1903), La Buveuse de larmes (1908) ; auteur de drames : Le Collier de la Reine (1896), Les Mystères de Saint Petersbourg (1905), La Môme aux beaux yeux (1907), et les comédies : Après le pardon (1907), La Rue du Sentier (1913), L’Autre fils (1922). Il meurt à Paris le 10 octobre 1926. DECRAIS (Albert), 1838-1915 : Avocat et homme politique. Né à Bordeaux (Gironde) le 18 décembre 1838, Albert Decrais, avocat, préfet, directeur des affaires politiques au Quai d’Orsay puis ambassadeur à Londres, se lance dans la politique après sa mise à la retraite en 1894. Député républicain, il est ministre des Colonies du 22 juin 1899 au 6 juin 1902 dans le cabinet de Waldeck-Rousseau. Il doit faire face alors aux troubles du Soudan et aux grèves agricoles en Martinique. Il décèdera à Mérignac (Gironde) le 27 juin 1915. DÉFENSE NATIONALE (Gouvernement de la) : On donne le nom de gouvernement de la Défense nationale au gouvernement provisoire formé après la proclamation de la Troisième République, le 4 septembre 1870. Présidé par le général Trochu, gouverneur militaire de Paris, il comprend les dirigeants républicains de la capitale, modérés et radicaux comme Jules Favre, Jules Simon, Jules Ferry, Léon Gambetta, Emmanuel Arago, Crémieux, Pelletan, Henri Rochefort, etc. Le gouvernement refuse toute cession territoriale et se prononce pour la poursuite de la guerre à outrance. Il décide de rester à Paris, encerclé par l’armée allemande dès le 19 septembre 1870. Coupé du reste du pays, il envoie à Tours en ballon trois de ses membres, dont Gambetta, afin d’y constituer une délégation chargée de diriger les opérations (2 octobre). Dans la capitale assiégée, le général Trochu se montre impuissant à rompre l’encerclement malgré deux tentatives de sortie en novembre 1870 et janvier 1871. La misère y provoque des émeutes populaires qui annoncent la Commune et que l gouvernement réprime avec énergie (31 octobre 1870 et 22 janvier 1871). En province, la délégation de Tours lève en toute hâte des armées de volontaires (armées de la Loire, du Nord, de l’Est) qui sont successivement battues par les Prussiens. En janvier 1871, devant l'avance des armées allemandes, la délégation se replie sur Bordeaux. Enfin, les efforts diplomatiques de Thiers, envoyé du gouvernement auprès des neutres, pour contraindre Bismarck à une paix sans ennexion, échouent de même que les tentatives de Jules Favre pour fléchir le chancelier prussien. Fin janvier, le gouvernement se décide à négocier la capitulation de Paris, signée le 28 janvier, et à demander l’armistice aux conditions exigées par Bismarck : annexion de l’Alsace-Lorraine, indemnités de guerre et signature de la paix avec un gouvernement légalement élu. Gambetta qui entend poursuivre la lutte est contraint par Jules Simon à démissionner le 6 février 1871. Le 13 février, à Bordeaux, le gouvernement de la Défense nationale remet ses pouvoirs à l’Assemblée nationale élue le 8. PLESSIS (A.) : De la fête impériale au mur des fédérés, Paris, Editions du Seuil, 1973. DÉFENSE RÉPUBLICAINE (Gouvernement de) : Au lendemain de l'affaire Dreyfus, le gouvernement de défense républicaine sous la présidence de Waldeck-Rousseau se constitue le 22 juin 1899 pour défendre le régime contre l’agitation nationaliste. Cette majorité - s'appuyant sur les radicaux, les radicaux-socialistes et les socialistes - comprend dans ses rangs Caillaux, ministre des Finances, Leygues, ministre de l’Instruction publique et Delcassé, ministre des Affaires étrangères. Y siègent également le général de Galliffet, pourfendeur du mouvement communard en 1871, ainsi que le premier ministre socialiste de la Troisième République, Alexandre Millerand. La cohésion de cette équipe dirigeante pour le moins hétéroclite ne repose donc que sur la forte personnalité de son initiateur. La première tache du gouvernement est de mettre un terme à l'affaire Dreyfus qui divise le pays. Il organise ainsi la révision du procès de l'officier, une procédure qui échoue lors du tumulte de Rennes avant que ne soit signée la grâce du « traître » par le Président de la République, Émile Loubet. Au même moment, le président du Conseil agit avec fermeté avec les agitateurs nationalistes qui ont occupés la rue pendant les années précédentes et contre lesquels sont engagées des poursuites judiciaires. Paul Déroulède, le président de la Ligue des Patriotes, est ainsi condamné le 4 janvier 1900 par le Sénat constitué en Haute Cour de justice à dix années de bannissement. Il engage un procès contre la congrégation non autorisée des Assomptionnistes, dont le journal La Croix a conduit la propagande des catholiques anti-dreyfusards. Trois généraux sont mis en retraite et Galliffet décide que, désormais, les généraux seront nommés uniquement par le ministre. Enfin, pour lutter contre l’influence des congrégations, Waldeck-Rousseau fait voter la loi du 2 juillet 1901 sur les associations. Peu après la création d'une Direction du Travail, est promulguée le 30 mars 1900 une loi sur le travail des femmes et des enfants, suivie le 30 septembre d'une loi qui abaisse à onze heures la durée du travail journalier. Alors que les élections législatives du mois de mai 1902 sont pour le chef du gouvernement et le Bloc des gauches un succès, Pierre Waldeck-Rousseau, souffrant, démissionne le 3 juin suivant. REBÉRIOUX (M.) : La République radicale ? (1898-1914), Paris, Le Seuil, 1975. DEGAS (Edgar), 1834-1917 : Peintre. DEHAISNES (Chrétien-César-Auguste), 1825-1897 : Historien et archéologue. Né à Estaires (Nord) en 1825, Dehaisnes est professeur au collège Saint-Jean, archiviste de Douai, puis du département du Nord de 1872 à 1882. Il prend une part active à l’organisation des facultés catholiques de Lille dont il est secrétaire général, puis vice-recteur de 1882 à 1888. Parmi ses très nombreux ouvrages, citons : Les Annales de Saint-Bertin et de Saint-Vaast (1871) ; La Tapisserie de haute lice à Arras avant le XVème siècle (1879) ; Des Documents et extraits divers concernant l’histoire de l’art dans la Flandre, l’Artois et le Hainaut, et Histoire de l’art dans la Flandre, l’Artois et le Hainaut avant le XVème siècle (1886), monument d’érudition qui lui vaut un prix Gobert ; Le Nord artistique et monumental (1897). Il décède à Lille en 1897. DEHÉRAIN (Pierre-Paul), 1830-1902 : Agronome. Né à Paris en 1830, Dehérain est professeur au Muséum, à l’Ecole Grignon, et membre de l’Académie des sciences en 1887. On lui doit des ouvrages estimés d’agronomie pratique et de chimie agricole. Citons notamment : Travaux de la station agronomique de l’Ecole d’agriculture de Grignon (1889) ; Les Engrais, les ferments de la terre (1895) ; Les Plantes de la grande culture (1897) ; etc. Il décède à Paris en 1902. DEJEAN (Etienne), 1859-1913 : Homme politique et historien. Né à Labastide-d’Armagnac (Landes) le 11 juillet 1859, agrégé d'histoire et professeur aux lycées d'Agen, de Carcassonne, puis de Toulouse, Etienne Dejean est élu député des landes de 1893 à 1898 comme républicain progressiste. Secrétaire de la Chambre en 1896, 1897 et 1898 et prend la parole sur le budget de l'instruction publique et la défense des privilèges des bouilleurs de cru. Battu en 1898, il fut successivement professeur au lycée Janson-de-Sailly et chef de cabinet de Georges Leygues, ministre de l'Instruction publique. Nommé directeur des Archives nationales en 1902, il est aussi président du conseil de perfectionnement de l'Ecole des Chartes. Son œuvre historique comprend trois ouvrages : Jacques Claude Beugnot, un préfet du Consulat (1907), Nicolas Pavillon, évêque d'Alet, prélat indépendant du XVIIème siècle (1909), et un livre posthume, La duchesse de Berry et les monarchies européennes (août 1830 - décembre 1833) (1913). Etienne Déjean était aussi journaliste et a collaboré à La Petite Gironde (1893 - 1898), au Républicain landais ainsi qu'aux périodiques : La Nouvelle Revue, La Revue de Paris et La Revue politique et parlementaire. Il était officier de la Légion d'honneur. Il décède à Paris le 20 janvier 1913. DEJEAN (Louis), 1872-19 : Sculpteur. Né à Paris en 1872, élève de l’Ecole des arts décoratifs, Louis Dejean s’est d’abord adonné à la petite sculpture de genre dans des statuettes de terre cuite (Deux Têtes riantes, 1902 ; Baigneuses, 1906). Plus tard, il adopte un style plus plein et plus large : Maternité (1910) ; Boxeur au repos ; Femme assise ; Narcisse ; Jeune lutteur ; et un beau Torse de femme (1926). DÉJERINE (Jules), 1849-1917 : Médecin neurologue. Né à Genève le 3 août 1849 de parents français, Jules Déjerne travaille, durant la Guerre franco-allemande de 1870, comme volontaire à l'hôpital de Genève et décide d'étudier la médecine à Paris où il arrive en 1871. Devenu docteur en 1879, il est médecin des hôpitaux de Paris en 1882 et agrégé en 1886, il est chargé d’un cours auxiliaire d’anathomie pathologique en 1893 à la clinique de Necker. En 1901, il devient professeur d’histoire de la médecine, puis de pathologie interne en 1907, et devient enfin, de 1910 à 1917, titulaire de la Chaire de Clinique des maladies du système nerveux. Ses nombreux travaux ont porté presque tous exclusivement sur le système nerveux et ses maladies. Il a laissé notamment un remarquable Traité d’Anatomie du système nerveux (1895-1901) en collaboration avec son épouse. Nommé membre de l’Académie de médecine en 1908, il décède à Paris le 26 février 1917. Sa femme, Augusta Déjerine, née Klumpke, née à San Francisco (Etats-Unis) en 1859, docteur en médecine, est la première femme qui a conquis le titre d’interne des hôpitaux de Paris. Spécialisée en pathologie nerveuse, elle a été pour son mari une précieuse collaboratrice. Elle décède le 5 novembre 1927 à Paris. DELACHENAL (Roland-Jean-Pierre-François), 1854-1923 : Historien et érudit. Né à Lyon le 5 avril 1854, Delachanal est élu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres le 3 décembre 1920, en remplacement de l’abbé Lejay. La grande œuvre de sa vie, et qui lui vaut la notoriété, est son Histoire de Charles V, modèle dérudition, de clarté et de sens de la composition. On lui doit en outre une Histoire de l’Ordre des avocats au Parlement de Paris (1306-1600), ainsi que des éditions des Grandes chroniques de France, concernant les règnes de Jean II et de Charles V, et du Cartulaire de la Commanderie du Temple de Vaulx en Dauphiné, publié en 1897. Il meurt à Paris le 31 janvier 1923. DELACROIX (Henry), 1873-1937 : Professeur et psychologue. Né à Paris le 2 décembre 1873 Henry Delacroix devient agrégé de philosophie en 1904 puis étudie pendant deux ans à Berlin et à Heidelberg. Professeur à la faculté de Montpellier, puis à celle de Caen, il obtient en 1909 la chaire de psychologie à la Sorbonne et est nommé en 1928 doyen de la faculté de Lettres. Après avoir fait des études approfondies et très étendues sur les doctrines mystiques (Essai sur le mysticisme spéculatif en Allemagne au XIVe siècle, 1990 ; Etudes d’histoire et psychologie du mysticisme ; Les Grands mystiques chrétiens, 1908), études qui appliquaient les méthodes de la psychologie expérimentale à la vie religieuse individuelle des mystiques, il aborde le problème esthétique selon les mêmes méthodes et écrit La Psychologie de Stendhal (1918). Puis il recueille et sélectionne une riche moisson de faits pour étudier la pensée sous l’angle de la foi ou sous celui du langage, « ces deux aspects de l’activité spirituelle, dont l’influence stimulatrice ou déformante a été signalée par tous les mystiques » ; les résultats de cette étude sont consignés dans deux volumes : La Religion et la foi (1922) et Le Langage et la pensée (1924). Il apporte également une contribution importante au tome II du Traité de psychologie de G. Dumas (1924). Mais son ouvrage le plus connu de nos jours est la Psychologie de l’art, publié en 1927, où il traite le problème de la matière qui résiste à l’artiste et des procédés techniques nécessaires pour vaincre cette opposition, afin que puisse naître l’œuvre d’art. il meurt à Paris le 3 décembre 1937. BARUZI (J.) : Philosophes et savants français du XXe siècle, tome I, Paris, 1926. ESSERTIER (D.) : Philosophes et savants français du XXe siècles, tomes IV et V, Paris, 1929-30. DELAGE (Yves), 1854-1920 : Zoologiste et biologiste. Né à Avignon en 1854, docteur en médecine, puis préparateur de Lacaze-Duthiers en 1881, Yves Delage aborde avec des prédispositions remarquables et une habileté peu commune les recherches zoologiques. Maître de conférénce à la Faculté des sciences, il est appelé à Caen en qualité de professeur de zoologie en 1883, puis nommé en 1884 directeur du laboratoire de Luc-sur-Mer. Professeur d’anatomie comparée à la Faculté des sciences de Paris en 1886, sous-directeur du laboratoire de Roscoff, il devient directeur en 1901 à la mort de Lacaze-Duthier. Il fait de ce laboratoire un établissement doté de tous les perfectionnements nécessaires aux recherches de morphologie zoologique et de biologie. En 1904, atteint de cécité presque complète, il doit renoncer à ses travaux micrographiques mais continue ses études de biologie. Delage a exercé une grande influence sur la science moderne. On lui doit : L’Evolution de la sacculine (1884) ; Histologie des planaires acètes (1886) ; des mémoires sur L’Embryologie et la Classification des éponges (1889) sur L’Anatomie des cynthiadées (1889) ; sur la Reproduction des congres, sur Les Baleinoptères. Comme biologiste, il s’est livré à des études sur la fécondation artificielle et a écrit un ouvrage fondamental : La Structure du protoplasma, l’hérédité et les grands problèmes de biologie générale ; en collaboration avec son élève Mlle Goldsmith, un ouvrage sur Les Théories de l’évolution, et un autre sur La Parthénogénèse naturelle et expérimentale ; puis, avec un autre de ses collaborateurs idèles, Hérouard, un Traité de zoologie concrète qui est l’œuvre de ce genre la plus considérable qui ait jamais été entreprise. Il avait fondé un recueil unique au monde : L’Année biologique. Membre de l’Académie des sciences en 1901, il décède à Sceaux (Seine) en 1920. DELAGRANGE (Marcel), 1886-1964 : Cheminot. Né à Issoudun (Indre) le 8 mars 1883, d’abord vigneron Marcel Delagrange devient enmployé de la compagnie du du Paris-Orléans et membre de la Fédération des cheminots dont il dirige le syndicat périgourdin. Militant révolutionnaire, membre de la commission exécutive de la Fédération socialiste de la Dordogne, il rallie le communisme par souci d’efficacité. Il est l’un des principaux organiateurs de la grêve des cheminots de Périgueux en 1920 et acquiert ainsi une notoriété dans les milieux d’extrême gauche. Cependant, il ne tarde pas à se brouilleravec les dirigeants du parti communiste auxquels il reproche leurs attaches trop étroites avec le Kremlin et il adhère au Faisceau, le parti fasciste que vient de fonder Georges Valois. Par la suite, il abandonne le mouvement et ne fait plus parler de lui. Il décède à Clichy-la-Garenne (Seine) le 25 octobre 1964. DELAHAYE (Dominique), 1848-1932 : Industriel et homme politique. Né à Angers en 1848, Dominique Delahaye est le fils d’un fabricant de toiles à voiles et de cordes et succède ainsi à son père lorsque ce dernier meurt. Président de l’Association des présidents des chambres de commerce de France, il est privé de ses fonctions en vertu d’un arrêté pour son attitude antigouvernementale. Il est mis en prison. Il en sort pour être élu, en août 1903, sénateur de Maine-et-Loire et est constamment réélu par la suite. Il siège à droite pendant les vingt-neuf années de son mandat soit jusqu’en 1932. Ses interpellations sont souvent ironiques et mordantes : monarchiste, il s’en prend à la République, il attaque la franc-maçonnerie et les députés qui lui sont affiliés. Il est l’auteur d’une proposition de loi peu commune déposée en 1918 visant à faire inscrire sur les listes électorales les morts et les disparus non déserteurs de la guerre et à permettre à certains membres de leur famille de voter en leur nom et à leur place. Il soutient son frère Jules Delahaye dans la plupart de ses interpellations. C’est le cas notamment dans l’affaire de la banque industrielle de Chine au cours de laquelle il attaque avec force la finance internationale. DELAHAYE (Jules), 1851-1925 : Archiviste, journaliste et homme politique. Frère du précédent, Jules Delahaye, né à Angers en 1851, est un ancien élève de l’Ecole des Chartes. Il quitte les archives du département du Loir-et-Cher pour prendre la direction du Journal d’Indre-et-Loire, organe monarchiste et antisémite. Ses polémiques avec le clergé moderniste de Touraine et surtout ses démêlés avec Monseigneur Meignan, archevêque de Tours restent célèbres dans le diocèse. Son âpreté est telle que la hiérarchie interdit la lecture du journal aux prêtres. Faisant campagne pour Boulanger, il organise à Tours, le 7 mars 1889, la manifestation au cours de laquelle le Général prononce son dernier discours avant de passer la frontière. Candidat à Chinon en 1889, il est élu. Invalidé, il est réélu avec une majorité plus forte encore. Résolu à aller de l’avant, malgré les rebufades de nombres de ses collègues qui lui reprochent son intransigeance, Jules Delahaye joue un rôle très important dans l’affaire de Panama. Défendant Drumont qui venait d’être condamné par la cour d’assises de la Seine, il accuse publiquement les magistrats de « varier la condamnation, non seulement la gravité du délit, mais selon l’importance politique du plaideur » (juin 1892). La journée du 21 novembre 1892, celle que Maurice Barrès a nommée « la journée de l’accusateur », fait entrer Delahaye dans l’histoire de la Troisième République. C’est ce jour-là qu’il affirme que trois millions de francs-or avaient été distribués par la Compagnie Panama à des parlementaires. Il cite des faits, montre du doigt certains bancs et exige une enquête. Bien qu’il ne peut terminer son discours, tant est grand le vacarme, son opération réussit et une commission d’enquête est nommée. Mais le nom des 104 « chéquards » ne seront jamais dévoilés, et Jules Delahaye y perd son siège à Chinon, en 1893, au moment même où Daniel Wilson, gendre de Grévy, compromis dix ans plus tôt dans le scandale des décorations retrouve le sien à Loches, tout à côté. En 1898, il ne se présente pas et en 1902, il est encore battu. Lorsque le marquis de Morès est assasiné en Tunisie en 1896, il veut démontrer que certains représentants du gouvernement français ont une lourde responsabilité dans le fin tragique de l’ancien leader antisémite. Il entame, avec l’accord de la marquise de Morès, une procédure judiciaire qui se termine par leur condamnation en 1903. Il en est réduit à publier le dossier de l’affaire dans un ouvrage intitulé Les assassins et les vengeurs de Morès (1905). En 1907, il est élu en Maine-et-Loire, à Cholet, circonscription dont le député venait de mourir. Il est réélu en 1910 et en 1914, mais battu en 1919. L’année suivante, il entre au Sénat, et est réélu en 1924. Il meurt en cours de mandat à Paris en 1925. DELAHAYE (Ernest-Jean), 1855-19 : Peintre. Né à Paris en 1855, élève de Gérome, Delahaye déute au Salon de 1875 par un Portrait d’Homme. Il a peint des portrait, des scènes de genre, Le Lavoir (1880) ; Maréchalerie (1885), des tableaux militaires : La Charge de Marengo (1887) ; Sedan (1888). On lui doit aussi des peintures décoratives pour l’hôtel de ville de Saint-Denis (Seine). Il décède à ? le ? DELAHERCHE (Auguste), 1857-19 : Céramiste. Né à Beauvais en 1857, élève en 1877 et de 1879 à 1883, à l’Ecole des arts décoratifs, Auguste Delaherche travaille dans différents étalissements. Dans un atelier construit par lui, à La-Chappelle-aux-Pots, où il se fixe définitivement en 1894, il accompli presque toute son œuvre. Il obtient le grand prix à l’Exposition universelle de 1900 . Ses premiers travaux (1883-1886) sont des éléments de céramique architecturale et des vases, simples, mats ou avec engobe coloré ou bien encore avec un ornement incisé dans l’engoe. Suivent des vases à ormements géométriques, linéaires, d’un style sévère, ou bien agrémentés de fleurs et de fruits ou de plumes de paon, avec glaçures flammées et comme ruisselantes. Plus tard, les décorations géométriques ou empruntées ou au règne végétal disparaissent, et sont remplacées par des effets de pure céramique, réultants de calculs délicats, ou les hasards du feu n’ont pas toute l’importance qu’on a quelquefois dite. Ses porcelaines ajourées sont parmi les ouvrages les plus remarquables de la céramique moderne. A la fin, Delaherche s’attache surtout à la pureté des formes, renonce à la couleur, et revêt sobrement ses ouvrages de gris, de brun ou de vert uni. DELAIR (Paul), 1842-1894 : Poète et auteur dramatique. Né à Monterau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) en 1842, Paul Delair appartient à l’administration des eaux-arts et est conservateur du musée de la sculpture du Trocadéro. Comme poète, il pulie : Les Nuits et les Réveils (1870) ; Les Contes d’à présent (1881) ; La Vie chimérique (1891) ; Chansons épique (1897) . Il fait jouer : Garin, drame en vers (1880) ; L’Ainé (1883) ; Les Rois en exil (1884) ; Hélène (1891) ; La Mégère apprivoisée (1891). Il a aussi pulié quelques romans. Il décède à Paris en 1894 DELANCE DELAUNAY (Robert), 1885-1941 ; (Sonia Stern, épouse), 1885-1979 : Peintres. Sonia Stern, née le 14 novembre 1885 à Gradizhsk (près d'Odessa, Ukraine), arrive à Paris en 1905 où elle fréquente l'Académie de la Palette à Montparnasse, mais s'en écarte, préférant parcourir les expositions et galeries. Elle rencontre un collectionneur et galeriste allemand, Wilhelm Uhde avec qui elle se marie en 1908. Bien que cette union soit un échec, elle permet à Sonia d'être introduite dans l'élite artistique et littéraire de Paris. En 1909, c'est dans la galerie de Uhde que Sonia Stern rencontre Robert Delaunay. Né à Paris en 1885, Robert Delaunay est passionné par les problèmes de la lumière. Il s’engage sur les traces de Seurat avant d’adhérer au cubisme. Sa rencontre avec Sonia Terk précipite leurs recherches respectives. Ils se marient en 1910. La structure colorée devient pour le couple « fou de couleurs » à la fois forme et sujet de leurs œuvres. Ils fondent en 1911 un mouvement pictural, l'orphisme. Nom malheureux donné par leur ami Guillaume Apollinaire, qui ne comprenant pas ce qu'il voyait, comme tant d'experts et de professeurs, a rendu un peu plus compliqué un mouvement déterminant de l'art du XXe siècle. Ce mouvement se caractérise par l'utilisation de couleurs vives et des formes géométriques. Son travail s'applique à la peinture, la fabrication textile, la céramique… Sonia refusait la distinction trop nette entre les Beaux arts et l'art décoratif ou appliqué. Non seulement elle peignait des tableaux, mais elle fabriquait aussi des objets de décoration (des coussins, abat-jours, boîtes), ou créait des vêtements faits de formes géométriques de couleurs vives et matières variées. À Paris, les Delaunay ouvraient leur appartement à leurs amis artistes peintres ou poètes. Sonia Delaunay se lia notamment d'amitié avec Blaise Cendrars. Elle fut la première artiste à illustrer ses poèmes avec des peintures. En 1913, ils publient ensemble un « poème affiche » la Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France. Il s'agit sans conteste d'un des plus célèbres livres illustrés du XXe siècle avec Jazz de Matisse. Ils réalisent en 1937, le palais de l’air et le palais des chemins de fer pour l’Exposition internationale de Paris. Roert Delaunay décèdera à Montpellier en 1941 et on épouse le 5 décembre 1979 à Paris. DELBOS (Yvon), 1885-1956 : Journaliste et homme politique. Né à Thonac (Dordogne) le 7 mai 1885, Yvon Delbos est issu d’une famille d’instituteurs. Agrégé de lettres en 1907, il s’oriente vers le journalisme et devient rédacteur en Chef du Radical avant la Première Guerre mondiale. Il entre au gouvernement du 17 avril au 11 octobre 1925 comme sous-secrétaire d’Etat à l’Instruction publique et aux Beaux-arts qui deviendra son poste de prédilection. En effet, il devient ministre de l’Instruction publique du 11 octobre au 27 novembre 1925 dans le troisième ministère Painlevé. Redevenu député à la chute du gouvernement, il refuse de nombreux portefeuilles avant d’être élu vice-président de la Chambre en 1932. Ministe de la Justice du 24 janvier au 4 juin 1936 dans le second cabinet Sarraut, il est nommé par Blum dans son premier cabinet puis dans les deux ministères Chautemps comme ministre des Affaires étrangères du 4 juin 1936 au 12 mars 1938. Fonction qui est capitale au moment de la guerre d’Espagne et de ses conséquences sur la vie politique française. Il doit se défendre face à la droite de livrer des armes aux républicains et face à la gauche de ne pas leur en livrer, tout en en fournissant en secret. Il parvient à convaincre un certain nombre d’Etats de pratiquer, à l’exemple de la France, une politique de non-intervention et interdit l’envoi de volontaires français. Ministre de l’Education nationale du 13 septembre 1939 au 20 mars 1940 dans le troisième ministère Daladier et du 5 au 16 juin 1940 dans le cabinet Reynaud, il refuse alors l’armistice et s’embarque sur le Massilia pour gagner Alger. Il reprend sa carrière politique après la Libération et décèdera à Paris le 15 novembre 1956. DELCASSÉ (Théophile-Pierre), 1852-1932 : Journaliste et homme politique. Théophile Delcassé naît à Pamiers (Ariège), le 1er mars 1852, au sein d’une famille de la petite bourgeoisie rentière. Au terme de ses études secondaires effectuées au collège de la ville, il obtient son baccalauréat en 1870, avant de s’inscrire à la faculté de Lettres de Toulouse. Licencié en 1874, il est ensuite nommé en tant que maître répétiteur dans plusieurs établissements du Sud-Ouest, à Tarbes et à Montauban notamment, avant de se rendre à Paris. Dans la capitale, Théophile Delcassé se lance dans le journalisme, collaborant tout d’abord à La République française, le journal que dirige Léon Gambetta, à l’époque un des principaux chefs de file de la gauche républicaine. A partir de 1877, alors que prend fin l’Ordre Moral et que bientôt le maréchal de Mac-Mahon quitte la présidence de la République, il signe également quelques articles qui paraissent dans Le Temps, Le Matin ou Le Jour. Après ces années de formation parisienne, vient pour Delcassé le moment d’entrer en politique. Il se présente aux élections municipales de Paris en 1881, mais sans succès. Dans son Ariège natale, il est candidat dans l'arrondissement de Foix aux élections législatives d’octobre 1885. Il s’efface au second tour par soucis d'union républicaine, contribuant ainsi au succès de la gauche. Élu conseiller général du canton de Vicdessos en 1888, ce franc-maçon fait son entrée à la Chambre l’année suivante, après sa victoire aux élections législatives de 1889. Constamment réélu, il demeurera député de Foix pendant trente années, jusqu’en 1919. Attiré par le radicalisme, le parlementaire ariégeois soutient néanmoins la politique colonialiste du président du Conseil Jules Ferry, à la différence par exemple de Georges Clemenceau. Delcassé est ainsi lié au parti colonial qu’anime le député d’Oran Eugène Etienne et qui recrute plutôt au centre. Attiré par les affaires diplomatiques, le jeune parlementaire reçoit en 1893 la charge de sous-secrétaire d'État aux Colonies. Il occupe ce poste qui vient d’être créé du 18 janvier au 25 novembre, puis est nommé l’année suivante ministre des Colonies. Le 28 juin 1898, il devient ministre des Affaires étrangères. Il sera reconduit dans ses fonctions dans six gouvernements successifs. Sept années durant, l’inamovible ministre conduit ainsi la politique diplomatique de la France. Au cours de cette période, servi par des ambassadeurs de talent (Camille Barrère à Rome ou Paul Cambon à Londres), Delcassé œuvre de manière décisive pour l’avenir de l’Europe. A son arrivée à l’âge de 46 ans, le Quai d'Orsay est en effervescence. Les diplomates français s’inquiètent des évènements qui se déroulent à Fachoda (aujourd’hui appelé Kodok) dans le Soudan Oriental. Le 10 juillet 1898 en effet, le commandant Marchand, à la tête de la Mission Congo-Nil, prend possession des lieux au nom de la France. Le 19 septembre, les choses se compliquent avec l’arrivée de lord Kitchener et de ses 3.200 hommes de troupe. Celui-ci ne compte pas laisser des "Européens quelconques" interdire à l'empire britannique de contrôler le cours du Nil, de son delta jusqu’à ses sources... Après quelques négociations, les Britanniques établissent un blocus autour de la place de Fachoda et la crise, de locale, devient très vite internationale. Les relations entre la France et le Royaume-Uni se tendent à un point qui fait craindre, l’espace d’un instant, qu’une guerre soit possible. Après l’ultimatum anglais cependant, Delcassé donne l’ordre à l’officier français de se retirer, le 4 novembre suivant. En France, cette reculade choque l'opinion, gagnée au nationalisme. Pourtant l’habile négociateur transforme ce départ sans gloire en succès diplomatique. La crise de Fachoda permet en effet de réconcilier les deux puissances coloniales, puisqu’un accord est conclu dès le 21 mars 1899 qui fait disparaître les points de friction sur le continent africain. Celui-ci offre la totalité du bassin du Nil à l'Angleterre, qui renonce en échange à ses ambitions marocaines. Sont alors jetés les prémices d'une "Entente cordiale" entre les deux nations. Celle-ci se concrétise le 8 avril 1904 sous le ministère que dirige Émile Combes. Depuis deux années, ce dernier accorde une totale confiance à Théophile Delcassé, qui bénéficie déjà de l’accord tacite du Parlement dans la réalisation de ses ambitions internationales. Réputé pour avoir le goût du mystère, le ministre des Affaires étrangères avait exposé son projet diplomatique à ses collaborateurs dès le mois de février 1899. Celui-ci a pour objectif de rompre l’isolement de la France et de bouleverser l’équilibre européen au détriment de l’Allemagne. Il lui faut pour cela casser le système d’alliances élaborées par le chancelier Bismarck dans les décennies précédentes, qui lie le Second Reich à l’Empire austro-hongrois, à l’Italie ainsi qu’à la Russie. Le 9 août 1899, la Troisième République conclut ainsi une alliance diplomatique avec la Russie du tzar Nicolas II, qui vient compléter les accords militaires signés six années auparavant. Suite à la conclusion d’un accord secret, le 24 décembre 1900, Théophile Delcassé parvient à détacher l'Italie de la Triplice, en accordant au gouvernement de Rome des avantages territoriaux en Libye. En échange, les diplomates français obtiennent le 16 décembre 1900 la reconnaissance par l’Italie des droits français sur le Maroc. Ceux-ci ne seront d’ailleurs pas remis en question, malgré l'incident de Tanger. Le 31 mars 1905, l’empereur Guillaume II, en visite au Maroc, proclame dans un discours retentissant son soutien au sultan Moulay Abd al-Aziz, à qui la France veut imposer un protectorat. Le Kaiser se déclare soucieux de défendre les intérêts allemands conformément à l’esprit de sa Weltpolitik. Le Président du Conseil Maurice Rouvier accepte alors la réunion d'une conférence internationale qui doit se dérouler à Algésiras l’année suivante. Une pareille concession est un désaveu de la politique menée par son ministre des Affaires étrangères. Conformément aux exigences allemandes, Théophile Delcassé préfère se retirer le 6 juin 1905, à la suite d’un conseil des ministres dramatique. Par la suite, il respectera la promesse de ne rien dévoiler des conditions de son départ du quai d’Orsay. Au mois de janvier 1911, le député de l’Ariège retrouve un portefeuille, celui du ministère de la Marine. Théophile Delcassé doit alors faire face à l’incident d’Agadir. Le 1er juillet, une canonnière allemande, la Panther, est envoyée au large du Maroc, pour tenter de s'opposer au coup de force français. Le 4 novembre suivant, un accord de troc entre les deux puissances rivales est signé : l’Allemagne accepte de se désintéresser de l’Afrique du Nord en échange de la concession d’une part importante du Congo, entre le Cameroun et les possessions belges. Du mois de février 1913 au mois de janvier 1914, Delcassé est ambassadeur à Saint-Pétersbourg. A partir du 26 août suivant, alors que l’Europe vient de s’embraser, le principal artisan de la Triple Entente retrouve le ministère des Affaires étrangères, dans le cabinet formé par René Viviani. Il s’emploie alors à détacher l'Italie de la cause allemande, celle-ci entrant en guerre aux côtés des Alliés le 23 mai 1915. Cependant, Théophile Delcassé ne peut empêcher la Bulgarie de se joindre aux puissances centrales. Dépité par cet échec et critiqué par l’opinion, Delcassé, surmené, démissionne le 13 octobre 1915. Réélu député en Ariège, il s’oppose avec violence le 20 juin 1916, à la Chambre, au projet d’une expédition militaire à Salonique. Il se retire peu après de la vie politique, ébranlé par la mort de son fils des suites de sa captivité en Allemagne. Il décède à Nice le 22 février 1923. RENOUVIN (P.) : La politique extérieure de Théophile Delcassé, 1898-1905, Paris, Tournier et Consrans, 1954. ZORGBIBE (C.) : Théophile Delcassé. Le grand ministre des Affaires étrangères de la IIIe République, Paris, Editions Olbia, 2001. DELEBECQ (Jacques), 1876-1957 : Journaliste. Né à Albonne (Oise) le 2 juillet 1876, petit-fils du député du Pas-de-Calais Germain Delebecq, Jacques Delebecq se perfectionne dans les six langues vivantes qu’il a apprises au cours de ses voyages qu’il faiat avant la Première Guerre mondiale, dans le monde entier. Il prend part au conflit dans les aérostiers. Dans l’entre-deux-guerres, il appartient aux Comités directeurs de l’Action française (1925-1936) et est nommé rédacteur de la politique étrangère du quotidien monarchiqte après la mort de Jacques Bainville. Citons de lui : A travers l’Amérique du Sud (1907) ; La Première Restauration et les fourgons de l’étranger (1914) ; Vie du général Marchand (1936). il décède à ? le 23 vril 1857. DELESALLE (Charles-Emile-Oscar), 1886-1973 : Industriel et homme politique. Né à Lille (Nord) le 15 avril 1886, Charles Delesalle est licencié ès-sciences avant dedevenir conseiller municipal de la Madeleine, puis maire. Il entre dans l’aviation pendant la Première Guerre mondiale et effectue plus de cinquante opérations de chasse. Il est le premier officier français qui pénètre dans Lille, en attérissant le 17 octobre 1918 sur l’esplanade. Elu député du Nord de 1919 à 1928 puis du Pas-de-Calais de 1928 à 1934, il est rapporteur du budget de l’Air avant de devenir sous-secrétaire d’Etat à l’Air du 26 octobre 1933 au 29 janvier 1934 auprès de Pierre Cot dans le premier ministère Sarraut et le second cabinet Chautemps. Elu sénateur de 1934 à la guerre, il s’affirme alors comme radical modéré. Ayant voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940, il devient inéligible à la Libération. Il décèdera à Paris le 26 mars 1973. DELEST (Joseph), 1883-1941 : Journaliste. Joseph Delest est resté de très longues années le gérant de L’Action française quotidienne et l’un des orateurs les plus brillants de la Ligue d’Action française. Il appartient à l’Association professionnelle de la presse catholique et monarchique depuis 1909. Emprisonné avec Léon Daudet en 1928, il s’échappe avec lui de la Santé, suite à une supercherie restée célèbre dans les annales de l’administration pénitentiaire. Il fait parti du comité directeur de l’Association Marius Plateau. Il était également l’auteur de Pour une grande cause (1928), Les Amours de Marianne (1933) et Le Phare de Douaumont (1931). DELIBES (Léo-Clément-Philibert), 1836-1891 : Compositeur. Né à Saint-Germain-du-Val (Sarthe) le 21 février 1836, Léo Delibes est au Conservatoire de Paris l’élève de Le Couppey, de Bazin et d’Adolphe Adam, et, de 1855 à 1869, écrit des opérettes et des opéras-comiques pour la scène populaire française. En 1866, alors qu'il était chef de chœur assistant à l'Opéra de Paris, il établit sa réputation de compositeur de musique de ballet avec la Source, pour laquelle il avait collaboré avec le compositeur austro-russe Léon Minkus. Enfin, il donne à l’Opéra la musique de Coppélia ou la Filleaux yeux d’émail, ballet (1870). Dès lors, Léo Delibes devient l’un des compositeurs favoris du public. Il fait représenter avec un succès retentissant : Le Roi l’a dit (1873) ; Sylvia ou la Nymphe de Diane (1876), ballet sur un thème mythologique ; Jean de Nielle (1880) ; Lakmé (1883), et enfin Kassya, qui n’est mis en scène qu’après sa mort, en 1893. Ses œuvres comptent aussi un recueil de chansons (1872), avec notamment Bonjour, Suzon et Les filles de Cadiz. Membre de l’Académie des beaux-Arts en 1884, il décède à Paris le 16 janvier 1891. BOSCHOT A., Portraits de musiciens (2) 1947 COQUIS A., Léo Delibes : sa vie et son oeuvre (1836–1891). Paris 1957 DE CURZON HENRI, Léo Delibes. Legouïx; Paris 1926 GUIRAUD E., Notice sur la vie et les oeuvres de Léo Delibes. Paris 1892 LOISEL J., Lakmé de Léo Delibes. «Collection des chefs-d'oeuvres de la musique», Paris 1924 MARÉCHAL H., Souvenirs d’un musicien. Paris 1907 SÉRÉ O. (J. Poueigh), Musiciens français d’aujourd’hui. Paris 1911 ; 1921 8e édition DELIGNE (Maurice), 1861-1939 : Avocat, magistrat et homme politique. Né à Clary (Nord), Maurice Deligne est d’abord avocat puis magistrat. Il est ensuite directeur de cabinet de Briand au minitère de la Justice, puis directeur d’un certain nombre de services au sein de cette administration et de celle des Finances. Lorsqu’il prend sa retraite en 1926, il entame une carrière politique qui le conduit du groupe de la gauche radicale au gouvernement. Spécialiste des questions judiciaires, économiques et financières, il est nommé du 3 novembre 1929 au 20 février 1930 sous-secrétaire d’Etat à la Marine dans le premier cabinet Tardieu. Laval lui confie le portefeuille des Travaux publics du 27 janvier 1931 au 19 février 1932 dans son premier cabinet où il lui obtient la prorogation des conventions passées entre l’Etat et les sociétés de chemin de fer. Il s’occupe aussi de l’aménagement de l’estuaire de la Seine et se penche sur les questions relatives à l’unification du droit minier entre la France et l’Alsace-Lorraine. Il décèdera à Paris le 11 juin 1939. DELMONT (Jean-Baptiste-Saint-Ange-Alcide), 1874-1959 : Avocat et homme politique. Né à Saint-Pierre-de-la-Martinique le 2 octobre 1874, Alcide Delmont est docteur en droit et débute comme avocat dans son île natale avant de venir en métropole. Il s’inscrit au barreau de Paris, militant de gauche, il est l’un des memebres dirigeants de la Ligue des Droits de l’Homme et tente vainemant de se faire élire député à Paris en 1919. Créateur de l’Institut colonial français, il est élu député de la Martinique en 1924 et s’inscrit au groupe républicain socialiste. Très au courant des affaires coloniales et des questions juridiques, Tardieu le choisit du 2 mars au 12 décembre 1930 dans son gouvernement comme sous-secrétaire d’Etat au Colonies. Il met toute son énergie à réorganiser les services de son administration et à faire voter une aide exceptionnelle à la Martinique à la suite de l’éruption de la montagne Pelée. Il est aussi à l’origine de la diffusion radiophonique vers l’outre-mer. A la chute du cabinet, il retrouve son banc de député jusqu’en 1936. Franc-maçon, Alcide Delmont décèdera à Brannay (Yonne) le 14 octobre 1959. DELOM-SORBÉ (Maurice), 1898-1986 : Agriculteur et homme politique. Né à Mont-de-Marsan (Landes), le 17 septembre 1898, Maurice Delom-Sorbé est membre d’une famille de parlementaires depuis 1789. Il est élu député des Basses-Pyrénées de 1932 à la guerre et sinscrit comme membre du groupe de la gauche indépendante à la Chambre où il s’occupe des pensions militaires. Chautemps le fait entrer dans son gouvernement du 18 janvier au 12 mars 1938 comme sous-secrétaire d’Etat à la Marine militaire. Mais le cabinet n’est que de courte durée et Maurice Delom-Sorbé retrouve son siège au Palais-Bourbon. Il est l’un des 80 parlementaires qui votent contre les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Réélu député des Basses-Pyrénées après la Libération, il décèdera à Séméacq-Blachon (Pyrénées-Atlantiques) le 29 juin 1986. DELOMBRE (Paul), 1848-1933 : Avocat et homme politique. Né à Maubeuge (Nord) le 18 mars 1848, Paul Delombre est avocat républicain avant de se lancer dans la politique. Elu député des Basses-Pyrénées de 1893 à 1906, il est l’un des artisans du centenaire de la Révolution puis de l’Exposition universelle de 1900. Il est nommé ministre du Commerce, de l’Industrie et des Postes et Télégraphes du 1er novembre 1898 au 18 février 1899 dans le quatrième cabinet Dupuy. Il décèdera à Paris le 8 novembre 1933. DELONCLE (Eugène), 1890-1944 : Homme politique. Né à Brest (Finitère) le 20 juin 1890, polytechnicien, ingénieur du Génie maritime, Eugène Deloncle combat pendant la Première Guerre mondiale comme officier d'artillerie où il est blessé sur le front de Champagne. Fait chevalier de la légion d'honneur, il rejoint les Camelots du Roi, adhère à l'Action française dont il devient un des dirigeants. Mais il ne tarde pas à critiquer celle-ci piour son manque d’initiative et d’action concrète, si bien qu’il en est exclu à la fin 1935. Avec Jean Filliol, Eugène Deloncle fonde l'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale connue de la police sous le nom de comité secret d'action révolutionnaire (CSAR) et surnommé la Cagoule par la presse. Anticommuniste, antirépublicain et antisémite, la Cagoule est de tendance fasciste. Ses principaux faits d'armes sont l'attentat contre la Confédération générale du patronat français et du groupe des industries métallurgiques le 11 septembre 1937 et l'assassinat des frères Rosselli, deux militants italiens anti-fascistes. Après l'armistice de juin 1940, Deloncle rejoint l’amiral François Darlan et reprend contact avec d’anciens cagoulards. Fin 1940, Eugène Deloncle crée le Mouvement social révolutionnaire pour la Révolution nationale (MSR), soutenant le maréchal Pétain, puis, au travers du Rassemblement national populaire, se rapproche de Marcel Déat. Le 17 janvier 1944, Deloncle est assassiné à Paris par la Gestapo en raison de ses relations avec l'amiral Canaris et d'autres membres de l'Abwehr opposés à Hitler. DELPEUCH (Jean-Baptiste), 1860-1930 : Professeur et homme politique. Né à Bort-les-Orgues (Corrèze) le 24 juillet 1860, Jean-Baptiste Delpeuch, normalien, agrégé de lettes, devient professeur de rhétorique dans plusieurs lycées parisiens. Il est d’abord chef de cabinet du président de la Chambre, du ministre de l’Instruction publique et de celui des Affaires étrangères avant de s’intéresser à la politique. Député républicain, il est choisi par Méline comme sous-secrétaire d’Etat au Commerce, à l’Industrie et aux Postes et Télégraphes, il est chargé d’assister Henry Boucher du 23 mai 1896 au 27 juin 1898 et plus particulièrement des Postes et Télégraphes. Il décèdera à Paris le 20 septembre 1930. DELUNS-MONTAUD (Pierre), 1845-1907 : Avocat et homme politique. Né à Allemans-du-Dropt (Lot-et-Garonne) le 5 juin 1845, Pierre Deluns-Montaud est d’abord avocat avant de s’intéresser à la politique. Devenu député de la gauche républicaine, il est rapporteur du budget des Travaux publics en 1887. Lors de la formation du ministère Floquet, c’est à ce poste que le président du Conseil le nomme du 3 avril 1888 au 21 février 1889. Cependant son passage au gouvernement ne représente rien de remarquable. Il décèdera à Paris le 8 novembre 1907. DELVINCOURT (Claude), 1888-1954 : Pianiste et compositeur. Fils d'un diplomate, Claude Delvincourt, est né à Paris le 12 janvier 1888. Il manifeste le désir de devenir compositeur mais son père souhaite qu'il prépare, d'abord, le concours de Polytechnique. Bachelier ès-lettres et ès sciences-mathématiques, il entre, malgré tout, au Conservatoire à vingt ans. Il devient l'élève de Georges Caussade et de Charles-Marie Widor. En 1910, il obtient le second premier Prix de Rome derrière Paul Paray. Il faut attendre 1913 où on lui décerne le Prix pour sa cantate Hélène. Pendant la Première Guerre mondiale, il s'engage dans l'armée et se bat héroïquement mais est grièvement blessé en Argonne et perd l'usage de son œil gauche. Il faut attendre plus de deux ans la guérison. En juillet 1926, il prend le poste d'organiste de cette église et voit la reconstruction en 1929, par Victor Gonzalès, de l'orgue. En 1918, il se remet à composer : six poèmes de Maurice d'Assier et un Ave Verum pour soli, chœur, quintette à cordes, orgue. Son Offrande à Siva, poème symphonique est une œuvre originale aux couleurs vives tout comme Ce monde de Rosées, un recueil de 14 anciens uta japonais. Le Bal Vénitien, créé par Straram en 1930, est une suite de cinq danses. Il écrit pour les voix avec Aurore (Victor Hugo) et Nuit triomphante (Paul Colin). La Source, sur des poèmes de Leconte de Lisle lui vaut en 1912 la première place au concours d'essai du Prix de Rome. En 1926, Boccaceries, cinq pièces pour piano qui seront orchestrées peu avant sa mort. En 1931, il compose Croquembouches, un recueil de 12 pièces pour piano, Heures Juvéniles, Images pour les Contes du Temps Passé ( à quatre mains). Le 8 décembre 1935, les Concerts Colonne donnent la première audition de Pamir, suite d'orchestre où l'on retrouve l'essentiel de la musique écrite pour le film La Croisière Jaune. Il a également composé six chansons de la Ville et des Champs d'après des airs populaires du XVIIIe siècle, cinq mélodies sur des poèmes de René Chalupt, Oncte, quatre chansons de Clément Marot. Il compose de la musique de chambre : les Danceries, cinq pièces (1935), Basquaise et Louisiane. En décembre 1938, le Théâtre Montansier de Versailles représente un opéra-bouffe sur un livret d'André de la Tourasse, La Femme à Barbe que l'Opéra-Comique reprend en octobre 1954. Lucifer, mystère en un prologue et trois épisodes sur un texte de René Dumesnil inspiré librement du Caïn de lord Byron est créé le 15 décembre 1948 à l'Opéra. Cet opéra est caractérisé par l'emploi dans la fosse d'un quatuor vocal tenant lieu de récitant et par les chœurs placés de chaque côté de l'orchestre dans les avant-scènes du rez-de-chaussée et du premier étage. Il faut encore mentionner la musique de scène d'Oedipe-Roi dans l'adaptation de Gabriel Boissy (Orange : 1939), la musique de scène du Bourgeois Gentilhomme, la charmante Radio-Sérénade écrite dans la classe de Widor. En 1947, il rajoute à son Ave Verum écrit en 1921 trois autres motets (Ave Maria, Tu es Petrus et un Tantum ergo) donnés en première audition le 4 mars 1951 aux Concerts Lamoureux. À sa mort, il a laissé inachevé un concerto pour piano. Il succède à Henri Rabaud au Conservatoire. Il parvient pendant l'occupation à soustraire ses élèves au STO en Allemagne. Il forme l'orchestre des Cadets du Conservatoire. À la fin de 1944, les Allemands s'aperçoivent de la supercherie. Il gagne du temps, aide à cacher les plus menacés et c'est bientôt lui qui doit disparaître jusqu'à la Libération. Dès 1953, il institue un cours obligatoire de culture générale pour tous les élèves du Conservatoire afin de sortir le musicien de son isolement. Le Quatuor à cordes est le dernier ouvrage qu'il a achevé et c'est en se rendant à Rome pour la première audition qu'il a été victime de l'accident qui lui coûta la vie. et mort le 5 avril 1954 dans un accident de voiture survenu sur une route d'Orbetello (province de Grosseto, en Italie), DEMAISON (André), 1885-1956 : Ecrivain. Né à Bordeaux (Gironde) le 17 janvier 1885, André Demaison, après des études au lycée de Bordeaux, se rend en Afrique où il tient un comptoir pour une maison de Bordeaux avant d’en fonder lui-même plusieurs au Sénégal. Son premier livre, Diato, paraît en 1923, suivi l’année suivante d’un recueil de nouvelles, La Femme et l’Homme nu. Le grand succès vient avec Le Livre des bêtes qu’on appelle sauvages, qui lui vaut le grand prix du roman de l’Académie française (1929). Ce livre fait connaître son nom bien au-delà des milieux littéraires : il apparaît dès lors comme une sorte de Kipling français (La Comédie animale, 1931). On lui doit aussi une biographie de Faidherbe (1932), ainsi qu’un roman psychologique et social, Le Péché contre l’amour (1936). Il meurt à Maule le 19 septembre 1956. DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE : DEMOGRAPHIE : DEMÔLE (Charles), 1828-1908 : Avocat et homme politique. Né à Charolle (Saône-et-Loire) le 22 mars 1828, Charles Demôle, d’abord avocat, devient sénateur de Saône-et-Loire. Il remplace Sadi-Carnot au Travaux publics comme ministre du 16 avril 1885 au 6 janvier 1886 dans le premier cabinet Brisson. Son passage au gouvernement n’est marqué par aucune réforme ni aucun événement important. Freycinet le conserve dans son troisième cabinet mais comme garde des Sceaux du 7 janvier au 10 décembre 1886. Il se montre alors assez favorable à la liberté de la presse (dont il regrette pourtant la violence) et à celle du travail ainsi qu’au divorce. C’est lui qui dépose le projet d’expulsion des princes d’Orléans, étape capitale dans l’affermissement du régime. Il décèdera à Saint-Julien-de-Civry (Saône-et-Loire) le 18 juin 1908. DENAIN (Victor-Léon-Ernest), 1880-1852 : Général et homme politique. Né à Dax (Landes) le 6 novembre 1880, Denain reste un brillant officier de cavalerie. Quand il découvre l’aviation pendant la Première Guerre mondiale, il est d’abord observateur, puis devient pilote dès 1915 et il est rapidement nommé responsable de l’aéronautique militaire alliée sur le front oriental. Membre de la mission militaire de la présidence de la République en 1923, il est le premier chef d’état-major de l’armée de l’air en 1932. En formant son cabinet d’union nationale et d’apaisement au lendemain du 6 février 1934, Doumergue lui confie le ministère de l’Air, portefeuille qu’il occupera dans les trois cabinets qui suivront jusqu’au 23 janvier 1936. C’est à lui que l’on doit la création de l’Ecole de l’air à Salon-de-Provence, ainsi que la mise en place d’un enseignement supérieur, prélude à la future Ecole de guerre aérienne. Il réorganise son administration, crée l’aéro-nautique de renseignement et divise le territoire en régions aérienne. Il plaide aussi en faveur d’un arsenal aérien et propose de mettre en place un système de réparations aux victimes de l’air. L’autre volet de sa politique est plus technique que militaire. Afin de faire avancer dans la bonne direction la production aéronautique, il souhaite supprimer l’indépendance des techniciens vis-à-vis des utilisateurs. Il met ainsi sur pied la direction des constructions aéronautiques dont l’objectif est de suivre les directives de l’état-major ou de la direction de l’aviation civile. Impressionné par l’effort de guerre allemand, il propose un plan d’équipement important pour l’armée de l’air de façon à pouvoir faire face à toutes les menaces. A la chute du quatrième cabinet Laval, il est nommé inspecteur général des forces aériennes d’outre-mer, puis vice-président de l’Aéro-club de France. Promu général d’armée aérienne en 1939, il est placé dans la 2ème section de réserve d’état major et, en 1945, dans la réserve. Il décèdera à Nice le 31 décembre 1952. DENIS (Théodore-Abel-Vincent), 1858-1908 : Avocat et homme politique. Né à Saint-Paul-les-Dax (Landes) le 14 mai 1858, bâtonnier, juge suppléant au tribunal de Dax et rédacteur au Dacquois, Théodore Denis est élu député des Landes de 1893 à sa mort, sous l’étiquette de républicain radical. Iol s’inscrit au groupe parlementaire antisémite pour demander quelques mesures pour arrêter la prédominance des juifs dans les diverses branches de l’administration. En 1905, critiquant la loi de séparation des églises et de l’Etat, il demande que soit votée la loi sur les retraites ouvrières. Il décède à Paris le 27 juin 1908. DENIS (Maurice), 1870-1943 : Peintre et théoricien. Né à Granville (Manche) en 1870, Maurice Denis entreprend des études à l'École des beaux-arts, où il fait la rencontre de Sérusier, ami de Gauguin, avec lequel il forme le groupe des nabis. Inspirés du symbolisme syncrétique de Gauguin, ils appellent à un renouvellement de l'art religieux en ramenant la peinture à la source de l'icône. La peinture de Maurice Denis demeure primitive et archaïque, aussi bien dans son traitement formel (des surfaces en aplats purs découpées par des cernes) que dans sa thématique : Mystère catholique (1889, musée de Saint-Germain-en-Laye). Il fait ainsi l'apologie des valeurs traditionnelles dont l'amour familial est la quintessence. Il considère le caractère archaïque de ses toiles comme garant d'un retour aux sources même de son art, lavé ainsi de tous les oripeaux de l'anecdote. Critique et théoricien, Maurice Denis publie, en 1890, le manifeste du style nabi, Définition du Néo-traditionnisme dont le premier article est capital pour la compréhension de la modernité picturale : « Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Il illustre ainsi son penchant pour la littérature symboliste, Sagesse, de Verlaine et le Voyage d'Urien, de Gide. Ces lithographies sont l'occasion pour dépouiller son style et n'en retenir que le rythme général des figures. Le travail de Maurice Denis, au tournant du siècle, évolue vers un classissisme décoratif monumental avec la décoration murale de nombreux édifices. Il est le créateur des Ateliers d'art sacré. DÉPÊCHE CONSTANTINE (La) : Quotidien paraissant à Constanine à partir de 1908 et fondé par Louis Morel. Organe du radicalisme, son leader était avant la Seconde Guerre mondiale, le sénateur Cuttoli, qui avait le titre de directeur politique. DÉPÊCHE DE L’EST (La) : Quotidien édité à Bône à partir de 1878. Le député Joseph Serda en était, avant la Seconde Guerre mondiale, le directeur politique, et Charles Munck, le directeur. DEPÉRET (Charles), 1854-1929 : DEPEYRE (Octave), 1825-1991 : Avocat et homme politique. Né à Cahors (Lot) le 15 octobre 1825, Octave Depeyre devient avocat monarchiste. Nommé ministre de la Justice du 26 novembre 1873 au 21 mai 1874 dans le second cabinet de Broglie, il se prononce contre une trop grande liberté de la presse, contre la gauche, et pour le « caractère incontournable » des pouvoirs de Mac-Mahon et de leur durée, au désespoir des légitimistes. A la chute du ministère, il retrouve sa place à la droite de l’Assemblée puis au Sénat. Il décèdera à Paris le 29 septembre 1891. DÉPRESSION (Grande) : DERAIN (André), 1880-1954 : Peintre. Né à Chatou (Seine-et-Oise) en 1880, André Derain rentre à dix-neuf ans à l’académie Carrière, où il rencontre Vlaminck. Il travaille au Louvre, attirant l’attention de Matisse par la liberté et la force de ses copies. Après son service militaire, il se consacre définitivement à la peinture et expose au salon d’automne en 1905 dans la célèbre « cage aux fauves ». Puis, sur la suggestion de Vollard, il se rend à Londres où il peint ses toiles de Hyde Park aux couleurs éclatantes et au dessin simplifié, mais à la composition toujours lisible. En 1907, il s’installe à Montmartre, près du Bateau-Lavoir et de ses nouveaux amis Braque, Apollinaire, Van Dongen, Picasso. Curieux de tout, il découvre l’un des premiers l’art nègre et l’imagerie populaire. Sans adhérer totalement au cubisme, il introduisit une structure de plus en plus forte dans ses toiles : Baigneuses en 1908. Après la guerre, s’interrogeant sur les arts du passé, il reviendra à une certaine tradition par l’usage de la perspective, du modelé et du clair-obscur, comme en témoigne la série des Tables garnies des années 1921-1923. Il meurt à Chambourcy en 1954. DERAISME (Maria), 1828-1894 : Militante féministe. Fille de bourgeois libéraux, Maria Deraisme est élevée dans une famille « qui avait horreur des Bourbons et des Jésuites ». Elle se lance très tôt dans la lutte politique et prend, notamment, la parole à une conférence du Grand Orient en 1866 ou elle obtient un franc succès. En 1876, elle crée la Société pour l’amélioration du sort de la femme et organise, cinq ans plus tard, avec Victor Poupin, le premier congrès anticlérical dans les locaux du Grand Orient de France. Le 14 janvier 1882, elle se fait initier à la loge Les Libres Penseurs du Pecq en présence de nombreuses personnalités maçonniques. Mais les femmes ne sont pas encore admises dans la Franc-Maçonnerie et cette situation de la féministe ne plait pas du tout à la Grande Loge Symbolique Ecossaise qui ordonne aux frères du Pecq, qui dépendent d’elle, de chasser la sœur du temple. Maria Deraisme n’en reste pas moins maçonne, bien qu’ « en sommeil », et Georges Martin, qui avait assité à son initiation, constitue avec elle, le 1er juin 1892, l’Ordre maçonnique mixte Le Droit Humain et où, femmes et hommes, sont indistinctement admis. DÉROULÈDE (Paul), 1846-1914 : Avocat, écrivain et homme politique. Paul Déroulède naît le 2 septembre 1846 à Paris. Neveu d'Émile Augier, auteur dramatique et académicien, il est le fils d’un avoué d’origine charentaise. L’enfant passe son enfance à Croissy puis effectue ses études à Versailles. Ayant ensuite fait son droit, Déroulède effectue un long périple à travers l’Europe, qui le mène jusqu’en Orient où il assiste à l’inauguration du canal de Suez par l’Impératrice Eugénie, le 17 novembre 1869. De retour en France au début 1870, il s’inscrit au barreau de Paris. Au cours de ces années, le jeune homme s’essaie également à la littérature, faisant publier ses premiers vers dans la Revue nationale sous le pseudonyme de Jean Rebel. Une de ses œuvres dramatique, un acte en vers baptisé Jean Strenner, est représentée au Théâtre français. Lorsque la guerre avec la Prusse est déclarée, engagé comme volontaire, le 4 août suivant, Déroulède gagne Metz où les autorités militaires dénigrent son engagement. Au camp de Chalons, il est néanmoins nommé sous-lieutenant des Mobiles de la Seine. Le jeune homme, qui désire ardemment combattre, préfère cependant s’engager dans les Zouaves et rejoint l’armée de Mac-Mahon. Sous le commandement du colonel Brocher, il combat à Mouzon puis à Bazeilles. A Balan, Déroulède est fait prisonnier par les armées ennemies et emmené de ce fait sous leur surveillance en captivité à Breslau. Il s'évade peu après puis, alors qu’en France la République est proclamée, se met au service du Gouvernement de la Défense nationale. Paul Déroulède est alors affecté au 15ème corps de l’armée de l’Est, avec le grade de lieutenant au Tirailleurs algériens. Il participe bientôt aux campagnes de la Loire et de l'Est. L’officier se distingue à Montbéliard notamment ; il est mis à l’ordre du jour de l’armée puis décoré au mois de février 1871. Quelques semaines plus tard, après la signature d’un armistice mettant fin aux hostilités, Déroulède prend part aux côtés des armées versaillaises aux combats face aux Communards parisiens. Il est d’ailleurs blessé au bras en conduisant l’assaut d’une tranchée. En 1874, une chute de cheval, par laquelle il se brise une jambe, le contraint ensuite à quitter l’armée. Lors de sa première convalescence, Paul Déroulède, qui poursuit en parallèle à sa vie de garnison son travail littéraire, rédige Les Chants du Soldat. Publiés en 1872, ceux-ci lui assurent par leur succès une grande popularité. Il décide alors de vivre de sa plume et ajoute une suite à sa première œuvre avec les Nouveaux Chants du Soldat, en 1874. Hanté par la défaite face aux armées allemandes, Déroulède entend ainsi lutter pour la régénération morale de la France. Afin d’entretenir dans l’esprit de ses compatriotes l’idée de la Revanche, celle-ci devant permettre de récupérer les provinces perdues, il se lance également dans l’action politique. En 1877, Déroulède donne un nouveau drame en vers, L'Hetmann puis de La Moabite qui est interdite. Avec la démission du maréchal de Mac Mahon et l’arrivée au gouvernement des opportunistes, Paul Déroulède, qui affiche ses convictions républicaines et nationalistes, se rapproche des cercles du pouvoir. C’est ainsi que Paul Bert, ministre de l’Instruction publique dans le cabinet Gambetta, le convie en 1881 aux travaux d’une Commission d’éducation militaire créée dans le but de contribuer au développement de « l’esprit patriotique et des aptitudes physiques » des jeunes Français. Toujours à la tête des « sonneurs de clairon », Paul Déroulède rédige les Marches et sonneries la même année. Il est également l’auteur De l’éducation militaire (188), Le Premier grenadier de France ; La Tour d’Auvergne (1886), Chants du paysans (1894). Le 12 mai 1882, il fonde la Ligue des Patriotes, mouvement apolitique, qui a pour objectif de « développer les forces physiques et morales de la nation » et de préparer la revanche. La ligue est, au départ, considérée comme l’un des multiples groupements civiques et patriotiques qui se multiplient au début de la Troisième République. Placée sous le patronage moral de l’historien Henri Martin et de quelques autres personnalités de la Troisième République, celle-ci doit permettre à Paul Déroulède de donner davantage d’audience à son discours nationaliste. Il en devient le président au mois de mars 1885 et la dote d’un hebdomadaire Le Drapeau. Après un voyage effectué en Russie en 1886, Déroulède prône à présent l'alliance avec ce pays pourtant autocratique. Celle-ci cependant doit conduire à la victoire contre l'Allemagne de Guillaume Ier et de son chancelier Bismarck. Dans les années qui suivent, Paul Déroulède rompt avec les milieux gouvernementaux dont il dénonce la corruption, en ces temps où les scandales politico-financiers se multiplient. Les convictions politiques du tribun nationaliste ont en effet évolué. L’avènement d’une République plus autoritaire emporte son adhésion, Paul Déroulède étant convaincu que l’absence d’autorité met la France en danger. Et la grande figure patriotique du général Boulanger pourrait devenir l’âme de la régénération. C’est pourquoi la Ligue des Patriotes, forte de son succès qui compte 182.000 adhérents, soutient l’action de l’ancien ministre de la Guerre. Déroulède pousse ardemment Boulanger au coup d’Etat après l’élection partielle de la Seine du 27 janvier 1889, ce qui entraîne la dissolution de la Ligue des Patriotes et la condamnation de Déroulède à une amende. Paul Déroulède est élu député de la deuxième circonscription d’Angoulême en 1889, alors que ses Chants du Soldat connaissent leur cent vingt neuvième éditions. Il défend alors avec violence ses convictions nationalistes à la Chambre, ne se privant pas d’utiliser contre le régime le scandale de Panama, et, en particulier, il attaque vivement Clemenceau sur ses relations avec Cornélius Herz. Ayant démissionné de son mandat en 1892, il se consacre alors à son activité d’écrivain. Sont publiés en 1894 les Chant du paysan, puis Messire Du Guesclin l’année suivante et enfin La Mort de Hoche en 1897. L’Affaire Dreyfus le décide ensuite à sortir de sa retraite et paraît une belle occasion d’en finir avec la République parlementaire. Réélu député au mois de mai 1898, toujours à Angoulême, il réorganise la Ligue des Patriotes, et, à sa tête, participe dans la rue à l’agitation nationaliste, avec comme but de renverser le régime pour la remplacer par une République plébiscitaire. Pour lui, le moment semble venu en février 1899. Déroulède tente lors des obsèques de Félix Faure, le Président de la République défunt, de prendre la tête du cortège officiel de la garnison de la Seine, en se jetant au col du cheval du général Roguet, afin de marcher vers l’Élysée. Arrêté par celui-ci, traduit par la Cour d'assises de la Seine en mai pour cette pitoyable tentative de coup d'État, il est acquitté. Cependant, à l’initiative du président du Conseil, Pierre Waldeck-Rousseau, désireux d'éloigner celui qui tient la rue depuis plusieurs mois à Paris, la Haute-Cour le condamne à dix ans de bannissement le 5 janvier 1900 pour « complot contre la sûreté de l’État ». Paul Déroulède s’installe en Espagne. Gracié puis amnistié après cinq années d’exil passé à San Sebastian, il est enfin de retour en France. Battu aux élections législatives dans le département des Charentes en 1906, le leader nationaliste se consacre dès lors à la propagande patriotique. Déroulède continue d’animer la vieille Ligue des patriotes dont les militants organisent à présent des cérémonies du souvenir à Paris, devant les statues de Jeanne d'Arc et de la ville de Strasbourg, place de la Concorde. Paul Déroulède décède à Montboron (près deNice), le 30 janvier 1914, quelques mois avant le déclenchement de la guerre face à l’Allemagne qu'il appelait de ses vœux depuis plus de quarante années. Ses obsèques ont lieu le 3 février suivant en l'église Saint-Augustin, tandis que le journal Le Figaro lance peu après une souscription afin d'élever un monument à sa mémoire. GIRARDET (R.) : Le nationalime français, Paris, A. Colin, 1966. DESCAVES (Lucien Alexandre), 1861-1949 : Ecrivain. Né à Paris le 19 mars 1861, Lucien Descaves est le fils d’un graveur. La misère qu’il avait cotoyée au cours de son enfance passée dans le quartier de Montrouge le pousse vers le naturalisme en art, et les idées extrémistes en politique. Il a d’ailleurs toujours prétendu être né le 18 mars (et non le 19) pour faire coïncider son anniversaire avec celui de la Commune de Paris. A dix-huit ans, il entre au Crédit lyonnais, mais il caresse d’autres projets. Trois ans plus tard, il publie son premier roman Le Calvaire d’Héloïse Padajou, où l’on trouve déjà toute sa tendresse bourrue et son intense humanité. Il élargit son champ d’investigations sociales avec Une Vieille rate (1885) ; La Caserne (1887) et Sous-Offs (1889) sont de véritables pamphlets antimilitaristes. L’ardeur de Descaves lui vaut une double condamnation : pour outrages envers l’armée, et atteinte aux mœurs. L’année précedente déjà, la Société des Gens de Lettres avait refusé de l’admettre parmi ses membres en raison de la position qu’il avait prise contre Zola, dans le célèbre manifeste des Cinq à propos de La Terre, manifeste paru dans Le Figaro le 13 août 1887. Les persécutions ne font que l’affirmer en tant qu’artiste ; c’est de cette époque que datent ses meilleures œuvres : Les Emmurés (1894) sur les aveugles, La Colonne (1901) sur les invalides de la Commune. Il revient encore à la commune en décrivant la robuste figure d’un vieux survivant dans : Philémon, vieux de la vieille (1913). Il écrit en outre : L’Imagier d’Epinal (1910), L’Hirondelle sous le toit (1924). Il s’adonne également avec succès au théâtre avec La Préférée (1906), et surtout avec L’As de cœur (1920) et Le Cœur ébloui (1926). Tenu toujours à l’écart du monde officiel des lettres, la seule consécration publique qu’il reçoit est un siège à l’Académie Goncourt en 1900. Il décède à Paris le 6 septembre 1949. DESCAVES (.) : Souvenirs d’un ours, Paris, 1946. ZEVAES (A.) : Les Procès littéraires du XIXe siècle, Paris, 1924. DESCHAMPS (Louis), 1878-1925 : Avocat et homme politique. Né à Lamballe (Côtes-du-Nord) le 23 décembre 1878, Louis Deschamps est d’abord avocat rennais puis député républicain laïque. Il entre dans le second cabinet Clemenceau comme sous-secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil et à la Guerre, chargé de superviser les opérations de la Démobilisation du 6 décembre 1918 au 28 novembre 1919. Très attentif au sort des soldats, il reste l’unique titulaire de ce portefeuille. Toujours dans le même ministère, il est nommé sous-secrétaire au Commerce, à l’Industrie et aux Postes et Télégraphes du 28 novembre 1919 au 19 janvier 1920 où il s’occupe essentiellement du démarrage de l’installation du téléphone automatique et fait relever les tarifs à cette occasion. Il décèdera à Paris le 24 avril 1925. DESCHANEL (Paul), 1855-1922 : Homme politique. Le parcours de Paul Deschanel dans le monde politique de la 3ème République fait figure de modèle d’une promotion honorifique comme seule la République parlementaire pouvait en assurer la réussite et la légitimité. Né en le 13 février 1856 à Bruxelles, Deschanel a pu gravir tous les échelons jusqu’à la présidence de la République sans avoir à assumer de véritable responsabilité politique. Ce parcours s’appuie d’abord sur un héritage politique et symbolique. Son père, Emile Deschanel, ardent républicain et ancien acteur de la révolution de 1848, proscrit du Second Empire, exilé à Bruxelles, journaliste-conférencier, ami de Victor Hugo et d’Edgar Quinet, est député en 1876 puis sénateur inamovible en 1881. Evoluant lui-même beaucoup moins à gauche, Paul Deschanel pourra cependant toujours bénéficier de cette marque d’authenticité républicaine. Après l’administration préfectorale et un échec initial aux élections de 1881, il devient député d’Eure et Loir en 1885. Bien que partisan de la représentation proportionnelle, son ancrage dans la circonscription de Nogent-le-Rotrou de 1889 à 1919 est un exemple saisissant d’encadrement du suffrage universel à moindre frais et avec le minimum de structure politique : réélu sans concurrent à chaque échéance législative (sauf celle de 1910), Paul Deschanel n’a besoin d’entretenir ni permanence électorale, ni comité ou embryon de parti. Quelques réunions éloquentes sur place, quelques interventions pour défendre les intérêts agricoles de ses électeurs et puis, très vite, la renommée « nationale » supplée à tout appareil. A Paris, il décide de son positionnement parlementaire en toute liberté, hors et « au dessus » des partis. S’il est classé parmi les progressistes dans les années 1890, aux cotés de Poincaré et de Barthou, il ne s’engage pas directement dans les débats de politique générale. Il se tient soigneusement à l’écart de tout poste ministériel, manifestant en revanche un goût évident pour les postes honorifiques. Son élection à la présidence de la Chambre des députés de 1898 à 1902 et de 1912 à 1920 résulte de la convergence et de la mobilisation de multiples réseaux. Fils de républicain de l’Empire, il est devenu une sorte de modèle de l’éloquence parlementaire fin de siècle, reconnu aussi bien à la Chambre des députés que dans les salons et à l’Académie française où il est élu en 1899. Modéré, libéral, mais reconnu d’office comme républicain de pure souche, partisan d’une forme administrative de « décentralisation », soucieux de la « question sociale », plaidant en faveur du mutualisme et d’une intervention protectrice de l’Etat mais prenant position contre le socialisme de Jaurès et le radicalisme de Clemenceau, il va à la rencontre des conservateurs comme des radicaux de gouvernement, apprécie d’Albert de Mun et de Joseph Caillaux. De 1898 jusqu’à la guerre, il se conforme à cette vocation exclusive d’arbitre des débats parlementaires. N’ayant pas voulu faire ses armes comme ministres dans les années 1890, il refuse la présidence du Conseil, à quatre reprises, en 1899 puis en 1913, 1914 et 1917. Sa victoire à l’élection présidentielle le 17 janvier 1920 contre Clemenceau récompense avant tout une image de monarque appliqué, élégant mais sans pouvoir du Palais-Bourbon. Cette forme de surinvestissement dans la fonction honorifique, depuis sa députation renouvelée sans combat jusqu’au poste de chef de l’Etat en passant par la Présidence si prestigieuse de la Chambre, a cependant masqué un déni du pouvoir et de ses responsabilités. Toute une vie politique si tendue vers le même but éclaire la désillusion ressentie devant le vide du pouvoir présidentiel au moment où Deschanel exprime le besoin de s’engager enfin, contre les conditions de la paix, contre la politique de Clemenceau. Le 23 mai 1920, le Président prend le train en gare de Lyon. Il doit se rendre à Montbrison pour l'inauguration d'un monument à la mémoire d'un sénateur mort à la guerre. Il est grippé et très fatigué. Peu avant minuit, s'étant penché par la fenêtre de son compartiment alors qu'il éprouvait une sensation d'étouffement, il chute accidentellement hors du wagon. Heureusement pour lui, le convoi circulait à ce moment-là à relativement faible allure dans une zone de travaux à Mignerette (Loiret, à une douzaine de kilomètres au nord-ouest de Montargis). Relativement hébété et malgré tout ensanglanté (en dépit du caractère bénin de ses blessures), et vêtu de son seul pyjama, Paul Deschanel ne tarde pas à rencontrer un ouvrier cheminot qui surveillait la zone de travaux, et auquel il se présente comme étant le président de la République. L'image des hommes publics étant à l'époque encore peu diffusée dans la population, le cheminot se montre sceptique mais le conduit jusqu'à une maison de garde-barrière toute proche, où le blessé est soigné et mis au lit par ses sauveteurs, tandis que le garde-barrière partait prévenir la gendarmerie de Corbeilles, malgré tout impressionné par la dignité du blessé et la cohérence de ses explications. La lenteur des communications entre les divers échelons fait que, malgré la faiblesse des distances, le sous-préfet de Montargis, M. Lesueur, n’est prévenu par télégramme que vers 5 heures du matin. L'incident commençe à avoir un retentissement certain lorsque l'on s'aperçoit, avant l'arrivée du train en gare de Roanne, vers 7 heures du matin, que le président de la République avait disparu. La suite présidentielle, qui attendait sur le quai de la gare, et qui était menée par Théodore Steeg, alors ministre de l'Intérieur, ne reste pas longtemps sans nouvelles puisque lui est rapidement transmis le contenu d'une dépêche envoyée par la gare de Montargis à celle de Saint-Germain-des-Fossés (Allier), et qui expliquait succinctement le déroulement des événements survenus dans le courant de la nuit. L'incident donne évidemment lieu, dans la presse de l'époque, à de nombreuses caricatures, souvent cruelles, et inspire la verve des chansonniers. Tout le monde ne s'est toutefois pas laissé aller à broder de manière démesurée voire mensongère sur un incident certes curieux (et qui a frappé les esprits en raison de la notoriété de sa victime). Le 10 septembre 1920, il descend à l'aube se promener dans le parc de l'Élysée, à demi-vêtu, discute quelques instants avec un jardinier puis entre jusqu'à mi-corps dans un bassin. Ramené dans ses appartements, il semble n'avoir conscience de rien. Souffrant d’une grave dépression, le 21 septembre, Deschanel renouvelle son offre de démission présentée une première fois après l'incident du train, et sur laquelle Alexandre Millerand, président du Conseil, l'avait convaincu de revenir. L'offre est cette fois acceptée et Paul Deschanel quitte l'Élysée. Les rumeurs sur une prétendue folie de Paul Deschanel recevront toutefois un démenti d'importance, avec l'élection de l'ancien président de la République comme sénateur d'Eure-et-Loir, le 9 janvier 1921, dès le premier tour, par 50,34 % des suffrages exprimés (360 voix). Il sera en outre élu à la présidence de la commission des Affaires étrangères du Sénat, en janvier 1922, lorsque Raymond Poincaré, qui occupait le poste depuis son propre départ de la présidence de la République, est pressenti pour devenir président du Conseil. Les personnes qui le côtoient à cette époque ne relèvent pas le moindre signe de démence. Au contraire. C'est un homme en pleine possession de ses moyens intellectuels qui commence une seconde carrière. Mais celle-ci n'est que de courte durée, puisqu'il meurt subitement le 28 avril 1922. BILLARD (T.) : Paul Deschanel, Paris, Belfond, 1991. DESEILLIGNY (Alfred), 1828-1875 : Administrateur et homme politique. Né à Paris le 9 mai 1828, Alfred Deseilligny est le neveu de Schneider. Directeur du Creusot et administrateur de Decazeville, il est élu député en 1869. Vice-président du centre gauche après la chute du Second Empire, il passe ensuite au centre droit et entre au gouvernement comme ministre des Travaux publics du 25 mai au 25 novembre 1873 dans le premier cabinet de Broglie. Favorable à l’idée de septennat, il est ministre de l’Agriculture et du Commerce dans le second cabinet de Broglie du 26 novembre 1873 au 21 mai 1874. Il Décède à Paris le 17 arvril 1875. DESJARDINS (Albert-Michel), 1838-1897 : Professeur et homme politique. Né à Beauvais (Oise) le 28 avril 1838, Albert Desjardins est d’abord professeur agrégé de la faculté de droit de Paris avant d’être élu député du centre droit en 1871 dans le département de l’Oise jusqu’en 1876. Sous-secrétaire d’Etat à l’Instruction publique, aux Cultes et aux Beaux-Arts du 27 novembre 1873 au 9 mars 1875 dans le second cabinet de Broglie et le ministère Cissey, il se fait l’avocat des projets de son ministère auprès des députés. Nommé sous-secrétaire d’Etat à la vice-présidence du Conseil et à l’Intérieur du 15 mars 1875 au 23 février 1876 dans le ministère Buffet, il garde le même poste du 23 février au 9 mars 1876 dans troisième cabinet Dufaure. Il accomplit le même travail en plaidant notamment pour la suppression des députés des colonies et pour une plus grande sévérité envers la presse. Battu aux élections législatives de février 1876, il retrouve sa chaire après la chute du cabinet. Il décèdera à Beauvais le 21 janvier 1897. DESJARDINS (Famille) : Les Desjardins, vieille famille bourgeoise du Vermandois, occupe vraiment une place de choix dans la politique du département de l’Aisne. Ernest DESJARDINS (1840-1893) : Né le 21 mai 1840 à Saint-Quentin (Aisne), magistrat démissionnaire au moment de l’exécution des décrets Jules Ferry sur les congrégations religieuses, il est député de l’Aisne de 1889 à sa mort, le 24 mars 1893 à Paris. Pierre-Jules DESJARDINS (1845-1917) : Né le 23 septembre 1845 à Saint-Quentin (Aisne), frère du précédent, également magistrat à Paris, il est élu député de l’Aisne comme républicain libéral de 1893 à 1914 au siège laissé vacant par le décès de son frère. Il représente la deuxième circonscription de Saint-Quentin de 1893 à 1914. Battu par le socialiste Deguise en 1914, il fait partie comme ancien maire de Remaucourt, de la délégation minicipale de Saint Quentin lors de l’occupation allemande et est déporté en Belgique où il meurt, à Gilly, le 20 mars 1917. Charles-Pierre DESJARDINS (1878-1951) : Né à Lille le 24 décembre 1878, fils du précédent, avocat, déporté à Aix-la-Chapelle, Eberfeld et Dusseldorf pendant la Première Guerre mondiale, il est élu maire de Remaucourt en 1919 et député modéré de l’Aisne la même année, jusqu’en 1924. Il conserve son mandat jusqu’en 1928, puis devient sénateur en 1929 et siège au Luxembourg jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le 10 juillet 1940, il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain et continue sa carrière politique après la guerre. Il décèdera à Paris le 5 février 1951. DESOBLIN (Auguste), 1873-1956 : Mécanicien et homme politique. Originaire de Beaudignies (Nord), Auguste Desoblin est militant ouvrier, membre du parti socialiste et sera lie à la IIIème Internationale au congrès de Tours en 1920. Candidat du parti communiste dans le Nord en 1924, il est élu puis réélu en 1928. Exclu du Parti communiste le 14 mars 1932, il se représente aux élections législatives de 1932 mais est battu. DESPLAS (Georges), 1865-1922 : Avocat et homme politique. Né à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) le 30 janvier 1865, Georges Desplas est d’abord avocat puis président du Conseil de Paris et député radical de la capitale. Il est particulièrement actif à partir de 1915 au sein de la commission des dommages de guerre. Il entre au gouvernement pendant la Première Guerre mondiale comme ministre des Travaux publics et des Transports du 20 mars au 11 septembre 1917 dans le cinquième ministère Ribot. Il se borne alors à gérer son département sans prendre de grandes initiatives. Il décèdera à Paris le 29 janvier 1922. DESSOYE (Arthur), 1854-1927 : Homme politique. Né à Auberive (Haute-Marne) le 23 août 1854, Arthur Dessoye, président de la Ligue de l’enseignement, « patriote et républicain », est député radical lorsque Ribot le nomme ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts du 9 au 13 juin 1914 dans son quatrième cabinet. L’imminence de la guerre balaie le cabinet en quelques jours et ce defenseur de l’école laïque n’a le temps de ne prendre aucune initiative. Il décèdera à Breuvannes (Haute-Marne), le 30 avril 1927. DÉVÉ (Félix), 1872-1951 : DEVELLE (Jules-Paul), 1845-1919 : Avocat et homme politique. Né à Bar-le-Duc (Meuse) le 12 avril 1845, Jules Develle devient d’abord avocat avant d’être nommé préfet et d’être révoqué en 1877 par le gouvernement du 16 mai. Elu député de la Gauche républicaine de 1877 à 1885 dans le département de l’Eure, il entre au gouvernement, du 13 février au 4 mars 1879 comme sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur dans le ministère Waddington. Il retrouve ce poste du 30 janvier au 13 septembre 1882 puis du 13 septembre 1882 au 28 janvier 1883 comme sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Cultes dans le second ministère Freycinet et la cabinet Duclerc. Il se fait le porte-parole du gouvernement en soutenant à la Chambre la proposition d’interdiction d’accès des princes français à tout mandat électif ou administratif. Elu député de la Mause de 1885 à 1898, il devient ministre de l’Agriculture du 7 janvier 1886 au 29 mai 1887 dans le troisième cabinet Freycinet et ministère Goblet. Il défend alors avec acharnement un point de vue protectionniste, seul susceptible de favoriser l’agriculture, alors que l’ensemble du gouvernement reste plus prudent sur ce point particulier. Retrouvant on siège à la chute du gouvernement, Develle est élu vice-président de la Chambre. Il retrouve le portefeuille de l’Agriculture du 17 mars 1890 au 10 janvier 1893 dans le quatrième cabinet Freycinet, le ministère Loubet et le premier cabinet Ribot. Son opinion protectionniste n’a pas évolué et les nouveaux tarifs douaniers qu’il instaure sont le reflet de cette conception. Il met aussi sur pied un projet de lois concernant les syndicats agricoles. Lors de la réorganisation de son deuxième cabinet le 11 janvier 1893, Ribot le choisit comme ministre des Affaires étrangères, poste qu’il conservera jusqu’au 2 décembre 1893. Il continue, avec moins de vigueur la politique de son prédécesseur pour le rapprochement franco-turc. Il décèdera à Paris le 30 octobre 1919. DETAILLE (Edouard), 1848-1912: Médecin et chercheur. De son père, médecin d’origine elbeuvienne, Félix Dévé, né le 10 novembre 1872 à Beauvais, retiendra le goût pour les sciences médicales. Etudiant à Paris à partir de 1897, il est reçu docteur le 18 juillet 1901. Atteignant une renommée internationale, sa thèse de doctorat cause une véritable révolution dans le domaine de la parasitologie en mettant pour la première fois en évidence l’existence de l’échinococcose secondaire, affection qui fait alors des ravages dans certains pays sous-développés. De retour à Rouen, il est nommé médecin adjoint des Hôpitaux puis professeur suppléant des chaires de pathologie et de clinique médicale et chef des travaux pratiques d’anatomie et d’histologie à partir de 1903. Mathématique et rigoureux dans son travail, il recours toujours à l’anatomopathologie pour étayer ses recherches cliniques. Médecin chef à l’Hospice Général dès 1907, il devient professeur titulaire de pathologie médicale en novembre de l’année suivante. Correspondant de nombreuses sociétés, médecin et professeur, il est reconnu tant par ses pairs que par ses élèves. Appelé à effectuer son devoir militaire, il est mobilisé comme médecin aide major de 1ère classe dans le 3e corps d’armée. De décembre 1914 à mai 1918, il est médecin chef de l’ambulance 11/3 puis médecin consultant de la 3ème armée jusqu’en janvier 1919 et passe toute la durée de la guerre sur le front. Il y collecte alors de nombreux titres et décorations. Au retour du conflit, il reprend ses fonctions et devient titulaire de la chaire de clinique médicale qu’il occupera de 1924 à 1940. Ses collègues et principalement ses élèves sont subjugués par son enseignement et l’étendue de son savoir. Durant toute sa vie, il lutte contre l’échinococcose, y réservant l’essentiel de son travail de recherche. L’échinococcose est une parasitose provenant d’une variété de ténia. Ingéré par le mouton, contaminé en broutant l’herbe souillée, puis transmis au chien par voie naturelle, l’oeuf se transforme en larve hydatique. En contact direct avec le chien, l’homme peut devenir un hôte intermédiaire. Dans le cas d’une contamination, l’embryon libéré par l’oeuf atteint généralement le foie ou les poumons. Dans le foie, l’embryon se transforme en kyste hydatique qui, s’il se rompt, entraîne des infestions multiples de l’organisme. Félix Dévé est le premier à prouver l’existence de cette affection et participe activement à son éradication. Ses découvertes le rendent mondialement célèbre, principalement dans les pays les plus frappés : Afrique du Nord, Argentine, Balkans, Moyen-Orient, Uruguay. Voyageur infatigable, dessinateur à ses heures, il accumule une quantité impressionnante de documents dont la plupart seront malheureusement détruits lors du bombardement de Rouen le 29 avril 1944. Devenu sourd suite à ce tragique événement et assombri par ses conséquences, Félix Dévé décède à Paris le 1er septembre 1951. DEVÈS (Paul), 1837-1899: Avocat et homme politique. Né à Aurillac (Cantal) le 3 novembre 1837, Paul dévès devient avocat puis procureur de la République à la chute du Second Empire. Elu député de la gauche républicaine en 1876, ilentre à cette occasion dans le grand ministère de Gambetta comme ministre de l’Agriculture du 14 novembre 1881 au 29 janvier 1882. Il devient ainsi le premier titulaire de ministère de l’Agriculture séparé du Commerce. Il a alors la rude tâche d’organiser ses nouveaux services et de les rendre pleinement opérationnels. Dans les cabinets Duclers et Fallières, dévès est ministre de la Justice et des Cultes du 7 août au 13 septembre 1882 puis à nouveau garde des Sceaux du 13 septembre 1882 au 20 février 1883. Il tente sans succès de de faire rajouter le « délit d’outrage à la République » dans la loi de 1881 sur la liberté de presse. Président du Conseil par intérim lors de la maladie de Fallières, il intervient dans le débat sur la proposition tendant à interdire toute fonction publique ou élective aux membres des familles ayant régné en France. Redevenu député à la chute du cabinet, il est ensuite élu sénateur et est préssenti pour former un gouvernement lors de la crise boulangiste en mai 1887. Son petit-fils Paul Bastid sera lui aussi ministre, lors du Front Populaire. Paul dévès décèdera à Paris le 12 novembre 1899. DEYRIS (Pierre), 1875-1957 : Fonctionnaire et homme politique. Né à Tartas (Landes) le 30 octobre 1875, Pierre Durys est le fils d’un négociant de Tartas et maire de la ville de 1879 à 1891. Après des études au lycée de Mont-de-Marsan, Pierre Deyris fait carrière dans l’administration des finances : contrôleur, receveur à Gourdon et Issoudun. Elu successivement député républicain radical indépendant de 1914 à 1932, il fait partie de nombreuses commissions. Vice-président du parti radical, président du groupe parlementaire des planteurs de tabac, il était aussi maire de Tartas, conseiller général et président du conseil général. Il ne se présente pas aux élections de 1936 mais reste très actif dans les domaines politiques et économiques. Il décèdera à Capbreton (Landes), le 4 novembre 1957. , 4 novembre 1957. DÉZARNAULDS (Pierre), 1879-1975 : Chirurgien et homme politique. Né à Paris le 7 décembre 1879, Pierre Dézarnauld est d’abord chirurgien avant de s’intéresser à la politique. Elu député du Loiret en 1919 jusqu’à la guerre, il intervient fréquemment à la Chambre sur les questions sociales et de santé. C’est pourquoi Léon Blum le choisit dans son premier cabinet comme sous-secrétaire d’Etat à la Santé publique, chargé de l’Education physique du 4 juin 1936 au 21 juin 1937. Paul dézarnaulds décèdera à Gien (Loiret) le 15 septembre 1975. DIAGNE (Blaise), 1872-1934 : Contrôleur des douanes et homme politique. Né à Gorée (Sénégal) le 13 octobre 1872, Blaise Diagne, d’abord maire de Dakar, fait une grande partie de sa carrière dans les douanes. Elu député socialiste du Sénégal en 1914, ce franc maçon s’intéresse particulièrement aux questions africaines, et il est nommé par clemenceau du 11 octobre 1918 au 19 janvier 1920 commissaire général chargé du contrôle des militaires français d’origine coloniale et des militaires et travailleurs indigènes originaires des possessions africaines dépendant du ministère des Colonies. Millerand le fait entrer immédiatement après dans ses deux cabinets, du 20 janvier au 18 février 1920, comme commissaire général aux Troupes noires, puis du 2 avril au 23 septembre 1920, du 9 octobre 1920 au 15 janvier 1921 dans le ministère Leygues et enfin du 2 avril au 2 octobre 1921 dans le septième cabinet Briand. DIEULAFOY (Paul-Georges), 1849-1911 : Médecin. Né à Toulouse le 18 novembre 1839, Paul-Georges Dieulafoy vient à Paris pour faire ses études médicales et d'emblée s'inscrivit dans le service de Trousseau. En 1865 Paul-Georges Dieulafoy est reçu premier au concours de l'internat le 24 décembre 1865 et choisit d'être l'élève de Trousseau. Le 14 mai 1869 il soutient sa thèse dont le sujet De la mort subite dans la fièvre typhoïde attire d'emblée l'attention par la sagacité de son observation et le caractère saisissant de son exposé. Peu après la même année, Dieulafoy perfectionne la thoracenthèse de Trousseau dans les pleurésies et il se fait connaître d'un plus vaste public en inventant un appareil pour évacuer les liquides pleuraux l'appareil à thoracenthèse qui porte son nom. En 1872 il publie Diagnostic et traitement des épanchements aigus et chroniques de la plèvre par aspiration après un Traité sur l'aspiartion des kystes hydatiques du foie, et en 1873 il publie un Traité de l'aspiartion des liquides morbides. Cette invention s'inscrit dans l'ensemble de ses fameux travaux sur les pleurésies et l'on sait l'importance qu'il donne aux pleurésies enkystées, particulièrement à la pleurésie interlobaire. La finesse de ses examens cliniques lui permet de décrire les petits signes du mal de Bright (maladie inflammatoire, chronique et douloureuse du rein) et, l'un des premiers, à découvrir l'appendicite. A une époque où médecins et chirurgiens s'ignoraient trop souvent, il a le grand mérite de mettre l'accent sur l'urgence chirurgicale et de réaliser ainsi un exemple de collaboration médico-chirurgicale dont l'avenir montre toute la fécondité. Dieulafoy fait de nombreuses publications sur l'exulcération simplex de l'estomac son diagnostic et son traitement: l'intervention chirurgicale dans les hématémèses foudroyantes consécutives a l'exulcération simple de l'estomac. Il n’est pas seulement un fondateur dans la sémiologie clinique ou dans certaines indications opératoires, il le fut aussi dans le recours aux méthodes de laboratoire pour compléter l'examen du malade et aider au diagnostic. Convaincu de l'importance des examens de laboratoire en médecine, Georges Dieulafoy faisait pratiquer des analyses de sang et d'autres paramètres en plus de son propre examen clinique. Pour cela, il fait équiper sa clinique de l'Hôtel-Dieu de Paris de laboratoires. Dieulafoy est aussi un éminent professeur. Sa renommée était telle que chaque samedi l'amphithéâtre Trousseau où il dispensait ses cours se remplissait non seulement d'élèves et de médecins mais aussi d'un public moins averti représentant le monde des arts et des lettres. DIGNAC (Pierre), 1876-1973 : Homme politique. Né à Gujan-Mestras (Gironde) le 13 janvier 1876, Pierre Dignac est le plus jeune maire de France quand il est élu en 1901 (comme de La Teste-de-Buch, Gironde). Conseiller général à vingt-sept ans, il est élu député clemenciste de la Gironde après la Première Guerre mondiale et devient à la Chambre l’un des spécialistes de la marine marchande. Son activité dans ce domaine lui vaut d’être nommé par Laval dans ses trois cabinets comme sous-secrétaire d’Etat à la Marine du 27 janvier 1931 au 19 février 1932. Il décèdera à La Teste le 21 octobre 1973. DION (), 1856-1946) : Industriel et homme politique. La famille de Dion, d’origine brabançonne, a donné aux souverains de France et d’Espagne des officiers généraux et à l’Eglise des chanoines. Passionné par la mécanique, il s’associe à Bouton qui, avec son beau-frère Trépardoux, construist de petis jouets scientifiques. En 1883, il roulait au volant d’une voiture pétaradante dans les allées du bois de Boulogne : c’est le premier véhicule de la série des fameuses voiture De Dion-Bouton. En 1894, il gagne la première course automobile sur la route Paris-Rouen, crée l’année suivante l’Automobile-Club de France et participe en 1900, avec Victor Goddet et Henri Desgranges, à la création du journal de l’Auto. Fondateur de la Ligue du suffrage universel, président du Comité central de l’Appel au peuple, ce nationaliste plébiscitaire, autrement dit bonapartiste , il est élu conseiller général de la Loire-Inférieure en 1899 et député de la troisième circonscription de Nantes en 1902. Il siège à la Chambre jusqu’en 1923, puis au sénat jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il s’abstient lors des votes des pleins pouvoirs au général Pétain le 10 juillet 1940 et se retire de la vie politique. DIOR (Lucien), 1867-1932 : Directeur et homme politique. Né à Granville (manche) le 4 juillet 1867, Lucien Dior est un ancien élève de Polytechnique. Il cumule les fonctions de directeur d’une usine d’engrais et de président du tribunal de commerce de Granville avant d’être élu député d’action démocratique et sociale. Il est nommé ministre du Commerce et de l’Industrie du 16 janvier 1921 au 28 mars 1924 dans le septième ministère Briand et le second cabinet Poincaré. C’est pendant cette période qu’il modifie la réglementation fiscale et pénale concernant ce secteur. Dans le domaine du commerce extérieur, il s’intéresse plus particulièrement au pétrole et à la soie. Il décèdera à Neuilly-sur-Seine le 20 mai 1932. DIX JUILLET 1940 (Séance de l’Assemblée nationale du) : Liste des 80 parlementaires ayant voté contre les pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940 : Les 57 députés SFIO (29) : Jean-Fernand Audeguil (Gironde) Vincent Auriol (Haute-Garonne) Camille Bedin (Dordogne) Jean Biondi (Oise) Léon Blum (Aude) Séraphin Buisset (Isère) Gaston Cabannes (Gironde) François Camel (Ariège) Arthur Chaussy (Seine-et-Marne) Joseph Collomp (Var) Edouard Froment (Ardèche) Félix Gouin (Bouches-du-Rhône) Amédée Guy (Haute-Savoie) Lucien Hussel (Isère) Claude Jordery (Rhône) Justin Luquot (Gironde) Augustin Malroux (Tarn) Léon Martin (Isère) Robert Mauger (Loir-et-Cher) Jules Moch (Hérault) Marius Moutet (Drôme) Louis Noguères (Pyrénées-Orientales) André Philip (Rhône) Tanguy Prigent (Finistère) Léon Roche (Haute-Vienne) Jean-Louis Rolland (Finistère) Joseph Rous (Pyrénées-Orientales) Isidore Thivrier (Allier) Michel Zunimo (Var) Socialiste indépendant : Paul Ramadier (Aveyron) Parti Radical (13) : Vincent Badie (Hérault) Octave Crutel (Seine-Inférieure) Achille Daroux (Vendée) Henri Gout (Aude) André Isoré (Pas-de-Calais) Jean-Alexis Jaubert (Corrèze) Albert Le Bail (Finistère) Gaston Manent (Hautes-Pyrénées) Alfred Margaine (Marne) Jean Mendiondou (Basses-Pyrénées) Jean Perrot (Finistère) Jean-Emmanuel Roy (Gironde) Gaston Thiébaut (Meuse) Radicaux indépendants (2) : Laurent Bonnevay (Rhône) Joseph Lecacheux (Manche) Gauche indépendante (6) : Paul Boulet (Hérault) Maurice Delom-Sorbé (Basses-Pyrénées) Alfred Elmiger (Rhône) Jean Hennessy (Alpes-Maritimes) Maurice Montel (Cantal) Philippe Serre (Meurthe-et-Moselle) Républicain indépendant : Léonel de Moustier (Doubs) Démocrates populaires (2) : Paul Simon (Finistère) Pierre Trémintin (Finistère) Union populaire française (3) : Emile Fouchard (Seine-et-Marne) Eugène Jardon (Allier) René Nicod (Ain) LES 23 SENATEURS : -SFIO (7) : Alexandre Bachelet (Seine) Georges Bruguier (Gard) Joseph Depierre (Rhône) Marx Dormoy (Allier) Louis Gros (Vaucluse) Georges Pézières (Pyrénées-Orientales) Henry Sénès (Var) PARTI RADICAL (14) : Marcel Astier (Ardèche) Emile Bender (Rhône) Pierre Chaumié (Lot-et-Garonne) Paul Fleurot (Seine) Paul Giaccobi (Corse) Justin Godart (Rhône) François Labrousse (Corrèze) Victor Le Gorgeu (Finistère) Jean Odin (Gironde) Joseph Paul-Boncour (Loir-et-Cher) Marcel Plaisant (Cher) Joseph-Paul Rambaud (Ariège) René Renout (Var) Camille Rolland (Rhône) DROITE INDEPENDANT (2) : Pierre de Chambrun (Lozère) Auguste Champetier de Ribes (Basses-Pyrénées) BERL (E.) : La fin de la IIIème République, Paris, Gallimard, 1968. JUNOT (M.) : L’Agonie de la 3ème République, Paris, Edition de Paris, 2007. DOMPIERRE D’HORNOY (Charles), 1816-1901 : Amiral et homme politique. Né à Hornoy (Somme) le 24 février 1816, Charles Dompierre d’Hornoy entre à l’Ecole navale à 12 ans. Il est nommé directeur du Personnel au ministère de la Marine en septembre 1869 et durant la guerre de 1870, il assure l'intérim du ministère de la Marine à partir de septembre. Durant le siège de Paris, il organise le rapatriement des canons des ports dans la capitale et organise le corps de la marine qui se distingue pendant le blocus des Prussiens. Après la guerre il retrouve son poste de directeur du personnel du ministère (1870-1871). Député de la Somme en février 1871 à la droite légitimiste, il est nommé ministre de la Marine et des Colonies dans le second cabinet de Broglie du 25 mai 1873 au 21 mai 1874. De 1877 à 1878 il commande l'escadre d'évolutions. Il est mis en réserve en 1881. Sénateur en 1876, il est réélu jusqu'en 1893. Il décède à Paris le 21 mars 1901. DORGÈRES (d’Halluin Henri, dit), 1897-1985 : DORIAN (Pierre), 1814-1873 : Né le 24 janvier 1814 à Montbéliard (Doubs), Pierre Dorian adhère dans sa jeunesse aux doctrines saint-simoniennes. Maître de forges dans la Loire et maire d'Unieux, il est très populaire ce qui lui permet de se faire élire député de la Loire en 1863 et ce, jusqu’à sa mort. Il siège à gauche. Il vote contre la déclaration de la guerre à la Prusse. Il est nommé par le gouvernement de Défense nationale ministre des Travaux publics du 4 septembre 1870 au 19 février 1871 où il s'occupe de la fabrication massive d'armements et fait armer certaines troupes parisiennes. Par ailleurs, il est chargé brièvement de l'intérim des ministres de l'Instruction publique et du Commerce. Il décède le 14 avril 1873 à Paris. Son fils Charles Louis Dorian fut député de la Loire de 1887 à 1889 (gauche opportuniste). DORIOT (Jacques), 1898-1945 : Ouvrier et homme politique. Jacques Doriot est né le 26 septembre 1898 à Bresles dans l'Oise. Il appartient à une famille ouvrière : son père est forgeron et sa mère couturière. Il commence à travailler dans une usine à 15 ans puis trouve un emploi dans une laiterie voisine. En 1915, à l'âge de 17 ans, il s'installe à St-Denis et travaille dans plusieurs usines en tant qu'ouvrier métallurgiste. En 1916, il s'inscrit à la section locale des Jeunesses Socialistes qui partagent les idées pacifistes de la minorité de la SFIO. Il vit dans un milieu ouvrier las de la guerre. En avril 1917, il est mobilisé, et en 1918 son unité est décimée au Chemin des Dames. Il est décoré de la croix de guerre pour avoir porté un camarade blessé, mais il s'est aussi vu condamné à un mois de prison pour indiscipline, ce qui illustre son attitude à la fois rebelle et solidaire. Après sa démobilisation en 1920, il revient à St-Denis et rejoint le camp des partisans de la Troisième Internationale au sein de la SFIO. En automne, les Jeunesses Socialistes se rattachent à l'Internationale communiste des jeunes, et Doriot est élu au comité national. Marqué par la guerre, sans attaches familiales, Doriot va devenir un révolutionnaire professionnel. De 1921 à 1923, il représente les Jeunesses Communistes Françaises à Moscou, auprès de l'Internationale communiste des jeunes. Pendant son séjour en Union Soviétique, il fait l'apprentissage de l'agitation et rédige des textes de propagande. Il voyage beaucoup, prend la parole à de nombreuses réunions politiques, et fait la connaissance de Lénine à qui il voue une grande admiration. A son retour en France en 1922, on le place à la tête des Jeunesses Communistes. Sous sa direction, elles deviennent un instrument de bolchevisation du Parti Communiste Français (PCF) qui est toujours fortement marqué par le modèle socialiste. En 1923, Doriot qui a alors 25 ans est condamné à un an de prison pour avoir écrit une série d'articles appelant les soldats à désobéir. En 1925, les effectifs des Jeunesses Communistes atteignent le point le plus haut des années 1920. Doriot jouit alors d'une grande popularité dans le parti, il apparaît comme un élément prometteur. Sa carrière politique prend son essor à cette époque. Doriot est très ambitieux, il vise à atteindre des postes de direction, mais l'Internationale ne lui attribue pas la position qu'il recherche. Il se replie alors sur le parti français dans lequel il est très influent et très apprécié, et commence à se détacher de la direction de l'Internationale. Du militant bolchevik dévoué qu'il était, il se transforme progressivement pour devenir un politicien habile et calculateur. Ses relations avec le groupe dirigeant sont tendues, et il doit faire face à un rival, Thorez. En 1931, Doriot est élu maire à St-Denis qui devient un bastion du PCF mais aussi sa place forte personnelle. Des dirigeants communistes français, il est l'un des plus avertis vis à vis des questions internationales : porte-parole du parti, il dénonce le traité de Versailles et l'impérialisme français, il proclame le droit des peuples à l'autodétermination, y compris pour l'Alsace-Lorraine. A partir des années 30, le nazisme et le communisme montent en puissance. Doriot a l'occasion d'aller en Allemagne pour apporter au Parti Communiste Allemand le soutient du PCF, et observe outre-Rhin le succès foudroyant du parti nazi. Dans les années 1932-1934, le parti communiste décline en force et en influence. Aux élections législatives de 1932, tandis que le parti subit un recul important, Doriot obtient une victoire franche, mais il est le seul élu communiste du premier tour. Il profite de ce succès pour se rendre à Moscou et dresse un bilan sévère de l'état du parti. Il met alors en valeur sa réussite personnelle pour obtenir la direction de toute la région parisienne, qui représente un tiers des effectifs du PCF, mais le Komintern ne lui donne pas satisfaction. En effet, les ambitions de Doriot, sa recherche d'intérêts personnels transparaissent dans ses discours, ce qui le rend peu fiable aux yeux des dirigeants méfiants. Doriot veut rester dans le mouvement communiste, il veut aussi gagner la direction du parti français mais pour cela il dépend de l'Internationale. Il montre son allégeance envers celle-ci, et cherche à gagner ses faveurs, mais ne réfrène pas une affirmation d'identité et d'indépendance. Il refuse de n'être qu'un pion de l'Internationale et cherche plutôt le statut de partenaire, la situation est donc tendue. A cela s'ajoute l'établissement de la dictature hitlérienne, et l'écrasement du Parti Communiste Allemand qui représente pour l'Internationale la plus grosse défaite de son histoire. Au sein du parti communiste, Doriot subit donc des malaises provoqués par ses ambitions frustrées. Il se sent à l'étroit, et voudrait donner au parti une orientation nouvelle, d'où des tensions avec les dirigeants. En 1933, des pourparlers s'engagent entre socialistes de la SFIO et communistes en vue de l'organisation de controverses publiques sur le thème de l'unité ouvrière, mais ces pourparlers sont rompus, ce que désapprouve Doriot qui voudrait créer un front commun. En fait, Doriot veut exploiter l'affaiblissement de la SFIO qui vient d'exclure son aile droite néo-socialiste et son aile d'extrême gauche, l'Action socialiste. Son but est de rapprocher les deux partis, pour que le communisme retrouve de l'influence. L'Internationale rejette sa proposition, qu'elle juge opportuniste. Doriot insiste dans sa proposition de changer de tactique en démontrant les avantages qui pourraient en découler : les propositions de front unique qu'il s'agit d'envoyer à la direction socialiste permettraient d'élargir la scission de la droite et de rallier au parti communiste le groupe de l'Action socialiste. Et surtout, le rapprochement avec le parti socialiste pourrait permettre au parti communiste de prendre la tête d'un mouvement de masse anti-fasciste. Mais l'Internationale continue de rejeter cette proposition et Thorez rappelle que le parti socialiste est un ennemi. En effet les socialistes étaient perçus comme affaiblissant la lutte des classes en collaborant avec la bourgeoisie. Doriot est exaspéré par la rigidité du Komintern. En 1934, il dénonce la menace fasciste qui se manifeste lors des émeutes du 6 février. Il remet à nouveau en question la direction du parti et demande la formation d'une coalition avec les socialistes pour combattre cette menace. En fait il perçoit, comme de nombreux hommes de gauche, que la division entre les socialistes et les communistes en Allemagne a joué en faveur de Hitler et veut éviter de voir la même erreur se reproduire en France. Mais cet appel visant à changer de ligne de conduite est considéré comme un manquement à la discipline du parti par Thorez et par le Komintern. Thorez se sert alors du journal l'Humanité pour ternir la réputation de Doriot et déformer sa position. Doriot réagit : le 8 février 1934, il profite de la réaction de la gauche vis à vis des émeutes du 6 février pour négocier avec les responsables de la SFIO à Saint-Denis, sans tenir compte des ordres du PCF. Il prend part à la création du Comité de vigilance anti-fasciste de Saint-Denis qui se constitue de communistes et de représentants locaux de la SFIO et de la CGT. En réaction, Thorez organise une réunion des responsables communistes de Paris pour faire rentrer Doriot dans le rang. C'est l'occasion d'un vote sur la remise en cause de la politique du parti, où une majorité de délégués se prononcent en faveur de la ligne de conduite officielle. En guise de protestation devant cet échec, Doriot décide de démissionner de sa fonction de député-maire de Saint-Denis. Le 11 avril, il rédige une lettre au Komintern pour exposer à nouveau sa volonté d'unir socialistes et communistes contre le fascisme. Il va même plus loin en présentant un projet alternatif cohérent, qui laisse de côté la révolution du prolétariat et vise à atteindre le pouvoir grâce à une politique fondée sur la collaboration des classes. L'Internationale convoque Doriot à Moscou, mais il refuse de s'y rendre. En juin, l'Internationale adopte la politique d'alliance avec la gauche, qui était pourtant considérée auparavant comme hérétique. Mais le refus de Doriot d'aller à Moscou, ses désobéissances, et ses ambitions sur la direction du PCF ne sont pas tolérées. Au congrès annuel de juin, Thorez propose d'exclure Doriot du parti et la motion est adoptée à l'unanimité. Cette exclusion provoque un déchirement chez Doriot, mais surtout une grande colère et une soif de vengeance contre la direction du parti. Il reste dans le jeu politique, mais craint de se faire évincer par la collaboration qui est en train de se former entre les deux grands partis ouvriers. En réaction Doriot décide de surenchérir dans l'unité ouvrière ; le 5 juillet 1934 il lance le mot d'ordre « une seule classe, une seule CGT, un seul parti ». Pour diffuser son point de vue, il utilise l'Émancipation nationale, journal qu'il dirige. Il cherche à constituer un parti de synthèse, mais refuse une fusion dans un parti existant. Pour lui, la division des mouvements ouvriers est la raison majeure de la défaite face au fascisme, et il cherche la solution dans quelque chose de neuf avec lui en tant que dirigeant. Mais Doriot ne réussit pas à faire la percée qu'il espérait, et demeure un élément isolé au sein de l'extrême gauche française. Sa politique de lutte contre le communisme devient de plus en plus nette, et elle s'accompagne d'une lutte pour la paix qui passe au premier rang de sa propagande. Il affirme une volonté d'entente avec l'Allemagne nazie. Cette campagne de paix marque un tournant dans la vie politique de Doriot. Par là, il abandonne la lutte au profit de la conciliation et annonce un combat ouvert contre le parti communiste. Cette politique marque aussi l'échec de l'unité ouvrière qu'il recherchait. Doriot est donc dans une position fragile, avec pour seule motivation la revanche. En 1935 il est toujours un homme politique de gauche. Les élections de 1936 confirment la situation précaire de Doriot et sa perte d'influence. Peu après les élections de 1936, Gabriel Leroy-Ladurie, président de la banque Worms, prend contact avec lui. Il représente les grandes entreprises qui voudraient détruire l'assise du Front Populaire, et demande à Doriot de former un parti politique pour l'aider dans cette manœuvre. Les historiens sont d'accord pour dire que le Parti Populaire Français représente la forme la plus proche du type fasciste qui ait existé en France, cependant certains historiens vont plus loin et estiment que l'on peut le qualifier de véritable parti fasciste. A l'origine, ni dans la conception de son fondateur, ni dans la réalité, le Parti Populaire Français (PPF) n'a été un parti fasciste. La fondation de ce parti survient en juin, juste après la vague de grèves du mouvement ouvrier. C'est le 27 et 28 juin que Doriot présente le PPF à quelques centaines de personnes. Ce parti se définit comme un mouvement de rassemblement national qui cherchait à regrouper tous les Français, sauf les dirigeants communistes, pour assurer au pays la paix et l'indépendance. Dans cette logique, Doriot ne s'affirme pas opposé au Front Populaire. Le programme du nouveau parti est très vague, notamment sur le plan des institutions. Le mouvement social de juin provoque une peur de la droite, ce qui est bénéfique pour le PPF qui reçoit alors l'appui de certains journaux de droite et le ralliement d'hommes d'extrême droite, et le soutient matériel d'une partie du patronat. Doriot, pour continuer à bénéficier de ces appuis, met en avant la lutte contre le communisme dans son programme politique et fait passer en second plan la lutte contre le conservatisme et le grand capitalisme. Cependant, il vise avant tout à un rassemblement national et pour cela, il ne laisse pas son parti glisser indéfiniment à droite. Ainsi, durant la première année d'existence du PPF, il garde une ligne assez souple et modérée qui privilégie l'isolement du parti communiste et le rapprochement du pouvoir. La revanche de Doriot sur le parti qui l'a exclu se ressent donc toujours fortement sur sa ligne de conduite. Quant aux relations avec les socialistes, elles restent mesurées. En juillet 1936, Doriot affirme clairement son objectif : il désire accéder au pouvoir pour procéder à une révolution nationale. Le parti est présenté comme d'un type nouveau, à la fois populaire, national, et social. Vis à vis de la question du fascisme, on peut se demander quels sont les éléments de nature fasciste dans l'organisation du PPF. Il faut d'abord noter que le parti refuse de se doter d'une organisation paramilitaire, mais c'est sans doute pour ne pas braquer l'opinion en imitant les ligues ou les partis fascistes. Il y a quand même des éléments de cérémonie qui empruntent fortement aux mouvements fascistes : on peut citer le salut presque similaire au salut romain, le cri «en avant, Jacques Doriot», l'existence d'un insigne, d'un drapeau, d'un hymne et surtout d'un serment de fidélité. Le premier congrès du PPF se déroule en novembre 1936 et illustre ce que le parti prétend être : un parti de rassemblement national et un parti populaire. Le comité central est partagé également entre les hommes venus de gauche, majoritairement communistes, et les hommes de droite, des Volontaires Nationaux mais aussi des Jeunesses patriotes et des hommes de l'Action Française. Vis à vis de la politique extérieure, le pacifisme est resté depuis le départ un des points principaux de la politique du PPF : dans ses discours, Doriot rappelle son passé d'ancien combattant et les horreurs de la guerre. Le parti appuie donc les désirs de paix des Français et désigne le Parti Communiste comme un parti de la guerre. Doriot soutient dans sa propagande que la paix est la seule chose qui peut faire retrouver à la France «son dynamisme, sa force, son prestige». Il met aussi en avant que la réussite du PPF est la seule solution de paix qui reste à la France. Mais au tournant de 1937, Doriot aborde une nouvelle tactique, qui fait nettement glisser le parti vers la droite. Doriot se pose en défenseur des libertés menacées par les communistes, qui seraient aidés par les socialistes : il les accuse d'empêcher l'exercice des droits d'expression et de réunion. Il lance la formule du Front de la Liberté, pour appeler à un rassemblement de tous les groupements et partis politiques qui se situent entre extrême droite et les socialistes. Peu répondent, mais la position nouvelle du PPF établit le parti à la charnière entre la droite modérée et l'extrême-droite. Le Front de la Liberté obtient donc une faible adhésion, et en même temps le PPF montre un essoufflement. A cette perte de vitesse s'ajoute en mai 1937, la révocation de Doriot de la mairie de Saint-Denis, ce qui marque un tournant dans l'histoire du parti. C'est une enquête administrative, menée par le ministre de l'intérieur Dormoy, qui met au jour des irrégularités et conduit à cette révocation. Doriot démissionne alors du conseil municipal, pousse à organiser de nouvelles élections, mais il subit une défaite. Cet échec est symbolique, vu qu'il signifie un retour de Saint-Denis aux mains des communistes et qu'il montre clairement l'échec de Doriot à rassembler autour de lui la classe ouvrière. Doriot réagit alors en abandonnant son mandat de député, ce qui signifie rompre le dernier lien qui le rattache aux institutions. A partir de là, la fascisation du parti s'accentue encore plus nettement. Les responsables du PPF, tels que Drieu, Arrighi, de Jouvenel attendent du parti qu'il devienne l'équivalent français du nazisme. Les doriotistes voient comme une nécessité de créer en France une nouvelle élite, comme le sont en Allemagne et en URSS le parti nazi et le parti soviétique. Ainsi, devant l'échec du rassemblement national, le PPF se transforme : il s'aligne sur les modèles fascistes et voit un accroissement des attitudes extrémistes. Le parti se rapproche énormément de l'extrême droite, allant même jusqu'à l'Action Française : Doriot, vis à vis de la monarchie, déclare qu'il n'est pas opposé à cette solution mais quelle n'est pas encore assez «mûre». Un projet de totalitarisme fasciste s'affirme de plus en plus, comme le montre le discours de Doriot au 2e congrès du PPF en mars 1938 : il veut voir renaître une paysannerie forte, déplore la prolétarisation de la France, et présente la famille comme la cellule fondamentale de la nation. Il présente aussi le nationalisme comme la doctrine primordiale du parti et ambitionne même de façonner un homme nouveau. Cet homme nouveau doit avoir «le goût du risque, la confiance en soi, le sens du groupe, le goût des élans collectifs». Doriot élabore une charte du travail qui reprend le modèle mussolinien. Les thématiques et les méthodes fascistes se sont donc clairement installées dans le parti et d'autres indices attestent aussi de la fascisation : quand Doriot arrive en avion et survole le stade à l'anniversaire de la création du parti en juin 1938, c'est un remake de la descente de Hitler sur Nuremberg. C'est aussi sur le plan de la xénophobie, du racisme et de l'antisémitisme que des changements surviennent. Ainsi dans le congrès de mars 38, on discute de la «question juive» en Afrique du Nord. La presse doriotiste exprime enfin de manière ouverte son admiration pour les régimes fascistes, les voyages en Allemagne et en Italie des doriotistes se multiplient, et la propagande devient plus dure. En politique extérieure, le PPF comptait jouer sur un plan égal avec les régimes fascistes italien et allemand, mais devant leur montée en puissance, cette politique a pris l'allure d'une coopération passive puis d'une soumission. En effet il ne faut pas oublier que dès sa création, le parti met en avant son pacifisme, et au printemps de 1938 Doriot organise une série de manifestations contre la guerre, en prônant une union pour le maintient de la paix. Mais en 38, la perte de confiance dans le PPF est généralisée : le parti, qui ne propose pas de politique conquérante, manque de dynamisme. Pour redonner de l'attraction au parti, Doriot évoque le thème nouveau d'une mission extérieure, l'exhortation à gagner quelque chose dans le monde. Mais cette proposition, qui correspond en fait à la dimension fondamentale du fascisme, apparaît inconsistante et saugrenue, elle arrive beaucoup trop tard. L'année 1938 met en lumière la crise de plus en plus prononcée du PPF, notamment par la démission de plusieurs de ses dirigeants (Arrighi et Marion). En 1939, le parti prend une dimension de tradition nationaliste. Doriot, dans ses discours, déplore la dénatalité, causée selon lui par le capitalisme libéral et le marxisme. Il déplore aussi dans la jeunesse une perte du respect de la foi, de l'autorité, de la famille, de la nation et de la patrie. Ce repli vers une ligne traditionnelle peut s'expliquer par la démoralisation de Doriot, devant la faillite de son mouvement. Le 3 septembre 1939, la France entre en guerre au côté de la Grande Bretagne et Doriot est mobilisé. Il affirme que le but des Alliés doit être celui de supprimer la puissance allemande, mais il ajoute que Staline est tout autant l'ennemi que Hitler. Il espère que l'après-guerre verra s'installer l'ordre nouveau dont il rêve, avec une carte de l'Europe redessinée au détriment de l'Allemagne et de l'URSS. Après la défaite de la France et la signature de l'armistice en juin 1940, Doriot cherche à obtenir une place dans le régime de Vichy, mais il est tenu à l'écart. Après le débarquement allié, il fuit en Allemagne, et en février 1945 il trouve la mort à Menningen dans le mitraillage de sa voiture par un avion. BRUNET (J.-P.) : Jacques Doriot. Du communisme au fascisme, éd. Balland, 1986. SOUCY (R.) : Fascismes français ?, éd. Autrement, 2004. Winock (M.) (dir. ) : Histoire de l'extrême droite en France, éd. du Seuil, coll. « Points «-histoire, 1994. WOLF (D.) : Doriot, du communisme à la collaboration, éd. Paris, Fayard, 1969. DORMANN (Maurice), 1814-1873 : Homme politique. Né à Etréchy (Seine-et-oise) le 20 avril 1881, Maurice Dormann est grièvement blessé pendant la Première Guerre mondiale en novembre 1916. Il se consacre, après l’armistice, aux victimes de guerre. Il poursuit son action à la Chambre où il est inscrit au groupe radical. C’est pour cela que Steeg lui demande de remplacer Thoumyre comme ministre des Pensions du 23 décembre 1930 au 26 janvier 1931. Il décèdera à Paris le 17 novembre 1947. DORMOY (Max), 1888-1941 : Homme politique. Né le 1er août 1888 à Montluçon (Allier), Marx Dormoy est le fils de Jean Dormoy, militant socialiste. Pendant son service militaire, il est affecté en Algérie, où il fonde un groupe de Jeunesses socialistes. Il est ensuite employé à la mairie de Montluçon, puis, après la Première guerre mondiale, où il combat, devient représentant de commerce. En novembre 1919, il mène la liste SFIO aux élections législatives, qui n’obtient aucun élu malgré un nombre élevé de voix (37 443 sur 88 972 suffrages exprimés). Un mois plus tard, il devient conseiller d’arrondissement. En 1920, il choisit le camp de Léon Blum, contre l’adhésion à la IIIe Internationale. Quatre ans plus tard, il devient secrétaire général de la fédération de l’Allier, et parvient à maintenir une bonne implantation de celle-ci chez les ouvriers, malgré la concurrence du parti communiste et la tentation de se tourner vers les ruraux, très majoritaires dans le département. Il entre ensuite à la Commission administrative permanente. En 1925, il est élu conseiller municipal et conseiller général de Montluçon, puis maire de cette commune l’année suivante. En octobre 1931, il est élu président du Conseil général de l’Allier, suite au décès de Paul Constans, dont il récupère aussi le siège de député un mois plus tard. Favorable à une participation de la SFIO dans un gouvernement à direction radicale, il refuse de suivre Marcel Déat, dont il juge les idées « aberrantes » et mène la manifestation du 12 février 1934 dans sa commune, où les communistes sont présents. Il est dès lors partisan d’une solution de Front populaire, et d’une unité de candidature avec le PC dès le premier tour, sans oublier pour autant les critiques qu’il formulait contre ce mouvement avant 1934. Réélu député en 1936, il est sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil et participe à la négociation des Accords de Matignon. Après le suicide de Roger Salengro, il devient ministre de l’Intérieur, poste qu’il conserve dans les cabinet Chautemps I (juin 1937-janvier 1938) et Blum II (mars-avril 1938). Il mène une politique vigoureuse de refoulement des réfugiés politiques clandestins : Il prescrit notamment aux préfets de « refouler impitoyablement tout étranger qui cherchera à s'introduire sans passeport ou titre de voyage valable ou qui n'aura pas obtenu de visa consulaire s'il est soumis à cette formalité » (14 avril 1937). Après le suicide de Roger Salengro, il devient ministre de l’Intérieur, poste qu’il conserve dans les cabinets Chautemps I (juin 1937-janvier 1938) et Blum II (mars-avril 1938). Il consacre principalement ses activités à la lutte contre la Cagoule, qui aurait été selon Philippe Bourdrel et Annie Lacroix-Riz (les deux historiens qui ont dépouillé les archives policières et judiciaires relatives à cette organisation) à l'origine de la fusillade de Clichy. L'enquête administrative de l'époque n'a pas incriminé la Cagoule car l'organisation était encore mal connue. Dormoy sera par contre mis en cause par les communistes dénonçant la réaction des forces de l'ordre. La Cagoule est démantelée dès la fin de novembre 1937. Mais il n’a pas de le temps de détruire complètement ses ramifications dans les milieux économiques, en particulier dans les grandes entreprises qui, selon les Renseignements généraux et la police judiciaire, ont financé le mouvement terroriste. Il démet Jacques Doriot de ses fonctions de maire suite à des irrégularités dans la gestion municipale (la ville de Saint-Denis était devenue un foyer d'agitation antirépublicaine). Il défend une ligne d'opposition intransigeante face aux régimes fascistes et se prononce contre les accords de Munich. En juillet 1940, il refuse de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le 20 septembre 1940, il est suspendu de ses fonctions de maire, puis emprisonné cinq jours plus tard. Il est incarcéré à Pellevoisin, puis à Vals-les-Bains avant d'être mis en résidence surveillée à Montélimar (Drôme). Assassiné à Montélimar dans la nuit du 25 au 26 juillet 1941 par une bombe à retardement placée sous son lit par d'anciens cagoulards. Inhumé discrétement, il aura le droit à des funérailles solennelles à Montluçon le 9 décembre 1945. Il est cité à l'ordre de la Nation en 1946, et médaillé de la Résistance française avec rosette en 1947. Frédéric Monier, Le Front populaire, éd. La Découverte, 2002 Pierre Renouvin et René Rémond (dir.), Léon Blum, chef de gouvernement, éd. Armand Colin, 1967 André Touret, Marx Dormoy (1888-1941), maire de Montluçon, ministre du Front populaire, éd. Créer, 1998 Olivier Wieviorka, Les Orphelins de la République. Destinées des députés et sénateurs français (1940-1945), éd. du Seuil, coll. « L'univers historique », 2001 DOUDEAUVILLE (Marie-Charles-Gabriel-Sosthène de la Rochefoucauld, duc de Bisaccia, puis duc de), 1825-1908 : Homme politique. Né à Paris le 14 septembre 1825, député conservateur de la Sarthe de 1876 à 1898, il interpelle à diverses reprises le gouvernement, notamment au sujet de l’affaire de Panama, de l’affaire Cottu qui provoque la démission de Léon Bourgeois, ministre de la Justice. Battu aux élections de 1898 par Joseph Caillaux, il se retire de la vie politique et décède à Bonnétable (Sarthe) le 28 août 1908. DOULLENS (Conférence de) : Après l’attaque allemande du 21 mars 1918 sur Amiens-Montdidier et la rupture du front britannique, une conférence réunie à Doullens (Somme), le 26 mars 1918, en présence du président de la République Raymond Poincaré, réunie des représentatnts des gouvernements alliés et des grands chefs militaires français et anglais. Une mesure s’imposait : créer l’unité de commandement, et c’est l’intervention énergique de Clemenceau qui triomphe des dernières hésitations de l’Angleterre. Le général Foch est chargé de coordonner l’action des armées alliées sur le front de France. Haig, soucieux avant tout de couvrir les ports du Pas de Calais, désespérait déjà de sauver Amiens. Pétain, préocuppé de se maintenir en liaison avec les Anglais et de couvrir cette place, ne voyait pas sans appréhension le front de ses armées s’étirer au Nord, au risque de se rompre vers le fond de la poche de Montdidier. La solution qu’impose le nouveau généralissime, dans le premier ordre qu’il rédige à Doullens même, était : « Tenir, tenir à tout prix, chacun où il se trouve, pour établir un front défensif et solide, à l’abri duquel pourront se masser les puissantes réserves avec lesquelles, plus tard, on prendra l’offenseive ». DOUMENC (), 1880-1948 : Général et homme politique. Né à Grenoble (Isère) le 16 novembre 1880, Doumenc est polytechnicien, licencié en droit et officier d’artillerie « remarquablement doué ». Le général Doumenc est choisi par Pétain comme commissaire général à la Reconstruction nationale du 26 juin au 12 juillet 1940, avant d’être nommé inspecteur général d’un certain nombre de régions militaires. Il décèdera à Palvoux (Haute-Alpes), le 21 juillet 1948. DOUMER (Paul), 1857-1932 : Professeur, journaliste et homme politique. Né à Aurillac en 1857, l’itinéraire de Paul Doumer répond à des valeurs « républicaines ». D’abord par ses origines et par cet idéal de promotion sociale qu’il incarne si fortement. Fils d’un poseur de rail qui décède très tôt, Paul Doumer a dû travailler jeune et suivre des cours du soir des Arts et Métiers, avant d’obtenir son baccalauréat en sciences puis, a vingt ans, une licence ès sciences. Il enseigne alors les mathématiques puis se marie et aura huit enfants. Suite à des problèmes de santé, il abandonne son poste d’enseignant pour devenir journaliste radical dans l’Aisne. En 1885, ce franc maçon devient chef de cabinet de Floquet, alors président de la Chambre. Il est lancé dans une carrière parlementaire et politique par le radicalisme. Député de l’Aisne, lors d’une élection partielle en 1888 puis de l’Yonne en 1896, il se spécialise dans les questions financières. Il devient alors ministre des Finances à l’occasion de la première expérience radicale, celle de Léon Bourgeois (1895-1896), au cours de laquelle il tente de promouvoir l’impôt sur le revenu. Après la chute de ce dernier, il accepte cependant dès 1896 le poste de gouverneur général de l’Indochine que lui offre Méline et double son image de spécialiste des finances pour celle de serviteur de l’Etat ou de l’empire (organisation administrative et grands travaux). Il y met sur pied une organisation administrative rationnelle, crée des voix de chemin de fer, ordonne de grands travaux…De retour en France en 1902, réélu député de l’Aisne (jusqu’en 1910), il s’oriente vers une carrière plus « nationale » en obtenant la présidence de la Chambre (1905) mais en échouant devant Fallières pour la présidence de la République en 1906. Echec qui sanctionne son évolution vers le centre droit et sa rupture avec le parti radical-socialiste. A ce moment sa carrière parait quelque peu compromise. Déjà battu aux élections de 1889, il connaît de nouveau sa défaite devant les électeurs en 1910. Elu sénateur de la Corse en 1912, il prend figure d’expert attaché à la rigueur budgétaire en siègeant à la Commission des Finances et à la Commission de l’Armée. En 1914, il propose ses services au général Galliéni et va jouer le rôle d’intermédiaire entre l’état-major, les pouvoirs publics et le gouvernement. Eloigné du pouvoir, il doit attendre les changements politiques et culturels consécutifs à la guerre pour commencer une seconde carrière. Ainsi, de septembre à novembre 1917, il est nommé par Painlevé dans son cabinet comme ministre d’Etat et préside bientôt le Comité économique du comité de guerre. Le recentrage des majorités parlementaires en cours de législature et à la recherche de figures modérées lui permettent de revenir au ministère des Finances dans le septième cabinet Briand de janvier 1921 à janvier 1922. En 1925, il est président de la Commission des Finances du Sénat et en décembre de la même année, il devient ministre des Finances dans le huitième cabinet Briand jusqu’en mars 1926. Même si son action ministérielle n’aboutit pas, faute de temps ou d’audace – la crise du Franc continue -, sa position parlementaire est renforcée car plus centrale, comme le prouve son accession à la présidence du Sénat qu’il retrouve après la chute du gouvernement. Elu en 1927 président de la Haute Assemblée, ce poste lui sert de marche pied, comme il est fréquent, pour la présidence de la République. Quand Doumer devance Briand de 41 voix (442 contre 401) au mois de mai 1931, lors du premier tour de l’élection présidentielle, on peut considérer qu’une nouvelle fois les parlementaires ont préféré une figure de second plan à l’un des principaux chefs politiques. Son élection doit beaucoup au rejet et à la méfiance qu’inspirent la personne et la politique extérieure de Briand, mais pas seulement. Dans le contexte des années 1920, Paul Doumer est l’un des derniers représentants avec Poincaré et Doumergue de la génération des républicains d’avant-guerre auxquels les parlementaires aiment avoir recours. Il est un repère. Limitant au minimum le protocole et le train de vie de l’Elysée, il symbolise aussi dans une époque d’incertitudes budgétaires, une République austère, économe. Enfin, avec la perte de quatre de ses cinq fils à la guerre, il incarne le sens du sacrifice que l’on retrouve au cœur de la culture politique d’après-guerre. Au cours de son année de présidence (1931-1932), il tente de favoriser comme Doumergue, son prédécesseur, les solutions de concentration républicaine entre radicaux et modérés. Le 6 mai 1932, Doumer se rendant à la fondation Rothschild où avait lieu une vente de livres au profit des écrivains anciens combattants, il est abattu à coups de revolver. Même si l’acte est le fait d’un isolé visiblement malade, un russe blanc, du nom de Gorguloff qui l’accusait de favoriser les bolcheviks, il intervient entre les deux tours des élections législatives et contribue à dramatiser l’atmosphère politique de ce début des années 1930. Paul Doumer meurt le lendemain. DANSETTE (A.) : Histoire des présidents de la République, Paris, Amiot-Dumont, 1953. DOUMERGUE (Gaston), 1863-1937 : Avocat et homme politique. Né à Aigues-Vives dans le Gard le 1er août 1863, Gaston Doumergue est le fils de vignerons aisés, protestants et républicains. Il fait ses études de droit à Nîmes et devient avocat en 1885 mais choisit la magistrature coloniale notamment en Indochine et en Algérie. Juge en Cochinchine puis juge de paix en Algérie. A trente ans, Doumergue est élu député du Gard le 17 décembre 1893, inscrit au groupe radical-socialiste. Elu sénateur en 1910 jusqu’à son élection à l’Elysée en 1924, il incarne bien le parlemetaire radical, arrondissementier, volontiers protectionniste et défenseur des bouilleurs de cru. A la Chambre, il s’occupe surtout des questions coloniales et ‘est à ce titre qu’il est nommé ministre des Colonies dans le gouvernement Combes de juin 1902 à janvier 1905. Elu ensuite vice-présiden de la Chambre, il retrouve rapidement le chemin des ministères. Nommé ministre du Commerce et de l’Industrie dans le gouvernement Sarrien de mars à octobre 1906 et dans le gouvernement Clemenceau de octobre 1906 à juillet 1909 où il crée la marine marchande, il devient ensuite ministre de l'Instruction publique dans le gouvernement Clemenceau remanié et dans le premier cabinet Briand (juillet 1909 à novembre 1910), Doumergue se fait le défenseur de l’école laïque. Au sein du Parti radical, il maintient l’équilibre entre des positions « avancées » et des positions plus centristes. Il est partisan de l’impôt sur le revenu, mais hostile aux syndicats des fonctionnaires ; il souhaite que soit réformé le travail parlementaire par le rôle accru des commissions, mais défend le scrutin d’arrondissement. Comme sénateur, il a approuvé l’allongement de la durée du service militaire à trois ans. Après la chute du cabinet Barthou, en décembre 1913, le président de la République, Raymond Poincaré, fait appel à Gaston Doumergue, qui, à cinquante ans, n’est guère connu du grand public. Son cabinet constitué le 9 décembre 1913, Gaston Doumergue qui prend en charge le ministères des Affaires étrangères, apprend à maîtriser des dossiers qu’il ne connaissait guère avant son arrivée au pouvoir, s’entoure d’excellents collaborateurs (Pierre de Margerie, Philippe Berthelot) et mène une politique extérieure globalement conforme aux vues du président de la République. L’homme parvient à se doter rapidement d’une dimension nationale. Il apparaît non pas comme le délégué du Parti radical, mais comme un républicain soucieux de continuer une politique conforme aux intérêts de la France. Doumergue n’est plus alors « un radical des comités », mais un radical sénatorial, plus modéré. Doumerue est en proi alors à plusieurs problèmes : il doit lutter avec son ministre des Finances Caillaux pour que soit incorporé à la loi des finances, l’impôt sur le revenu ; défendre son garde des Sceaux Bienvenu-Martin mis en cause dans l’affaire Rochette, affronter les conséquences de la démission de Caillaux, après l’assissinat par sa femme de Gaston Calmette ; et enfin, comme ministre des Affaires étrangères, il doit faire face aux tensions internationales. Après les élections de juin 1914, marquées par le programme des gauches et interprêtées comme un succès du président du Conseil, Poincaré l’aurait volontiers reconduit à la tête du gouvernement mais Doumergue préfère se retirer et démissionne le 9 juin 1914. Les raisons de ce choix sont discutables. Pour ceratins, il ne voulait pas se séparer de plusieurs de ses ministres ; or ; compte tenu des résultat des élections, les départs d’Albert Lebrun et d’André Maginot semblaient inéluctables. Pour d’autres, plus pessimistes, estiment que, persuadé de l’imminence de la guerre, il ne préfère pas se retrouver à la tête d’un gouvernement dans un moment aussi grâve et avec une majorité plus à gauche qu’il ne l’aurait désiré. Pour d’autres encore, l’explication est double. Doumergue dont le ministère a été a été dificile, est fatigué d’exercer le pouvoir. En outre, convaincu de l’imminence de la guerre, il est hostile à l’abandon de la loi de trois ans et redoute que la nouvelle Chambre, plus à gauche, exige de lui qu’il la supprime. Son absence du gouvernement est de courte durée puisqu’il participe à l’Union sacrée comme ministre des Affaires étrangères dans le second ministère Viviani d’août à octobre 1914 puis comme ministre des Colonies dans le second ministère Viviani (août 1914-octobre 1915), le cinquième ministère Briand (octobre 1915-décembre 1916) et le sixième ministère Briand (décembre 1916-mars 1917) , assurant la sécurité des possessions d’outre mer de la France et organisant le recrutement des armées indigènes. De janvier à mars 1917, il représente la France à la conférénce interalliée de Saint-Pétersbourg qui échoue du fait de la révolution de février 1917. Au Sénat, il préside le groupe de la Gauche démocratique et la Commission des Affaires étrangères, avant de succéder, en février 1923 à Léon Bourgeois à la tête de la présidence de la Haute Assemblée. En 1924, le président de la République Alexandre Millerand étant démissionnaire, Doumergue refuse la suggestion de la gauche qui soutient la candidature de Painlevé et lui demande de retirer la sienne. Il est élu président de la République par la coalition des modérés et des radicaux du Sénat. Respectant la stricte limitation républicaine de ses pouvoirs, Doumergue joue, avec beaucoup de discrétion, un rôle politique actif. Cest ainsi qu’il favorise le retour au pouvoir de Raymond Poincaré et la formation d’une Union nationale. Après la démission de ce dernier, en juillet 1929, l’instabilité ministérielle revient et il doit dénouer six crises pendant les deux dernières années de son mandat présidentiel, avant que la situation se stabilise grâce aux gouvernements Poincaré (1926-1929). Il doit alors surmonter la montée du nationalisme allemand, gérer les opérations en Syrie et au Maroc, étudier les rapports à adopter avec les alliés vis-à-vis de l’attitude de l’Allemagne devant la difficulté de régler la question des dettes de guerre. En 1931, quand s’achève son septennat, Gaston Doumergue, tout juste marié, se retire en Haute-Garonne dans son domaine de Tournefeuille. Après une longue période d’instabilité ministérielle et les manifestations du 6 février 1934, le président de la République Albert Lebrun fait appel à lui pour sauver le régime. Depuis la chute du troisième ministère Herriot en 1932, le nom de l’ancien président de la République circulait dans les milieux modérés en quête d’une personnalité incontestatble capable de diriger cette union nationale annoncée comme inéluctable. A 71 ans, Gaston Doumergue revient donc à Paris où il reçoit un accueil triomphal. Poincaré en personne vient lui donner l’accolade, qui fait figure de passage de témoin. La nomination de Gaston Doumergue renvoie à une sorte de rite de cultures politiques françaises, l’appel en situation de crise à un vieil homme qui s’est illustré en d’autres temps dans les travaux ou de la guerre et qui interrompt une retraite paisible pour le salut de la nation. Chef du gouvernement « de trêve » à partir du 9 février 1934, Gaston Doumergue est, avec Gaëtan de Grimaudet de Rochebouët, le seul non-parlementaire à devenir président du Conseil depuis les débuts de la IIIème République. Rompant avec une tradition qui n’avait connu d’exceptions qu’avec le cabinet Dufaure de 1876, le cabinet de guerre Viviani de 1914 et le cabinet Poincaré remanié de 1928, Gaston Doumergue ne prend pas de portefeuille ministériel, réalisant une de ses vieilles idées, formulée déjà avant la guerre, qui visait à faire du président du Conseil le véritable chef de l’exécutif et non pas simplement le « primus inter pares » qu’il était jusqu’alors. Mais la présidence du Conseil n’est pas organisée et Gaston Doumergue installe ses bureaux au Quai d’Orsay, montrant aussi par là son intention de surveiller attentivement les affaires étrangères, qui sont confiées à Louis Barthou. Alors que la France traverse une véritable crise de régime, il constitue un gouvernement de trêve et fait appel à tous les partis, à l’exception du parti communiste. La SFIO refuse sa participation, mais, comme en 1926, le Parti radical accepte de cautionner par sa présence un gouvernement d’Union nationale. Le 15 février, la Chambre vote la confiance au gouvernement. Fort de ce soutien, Gaston Doumergue cherche également l’appui des Français en s’adressant au pays par le canal de la TSF, à sept reprises pendant sa présidence. Mais par ce contact direct et régulier avec le peuple français, il donne l’impression de rechercher une sorte de plébiscite moral sur sa personne, ce qui est mal perçu par des défenseurs de principes républicains qui y voient un véritable escamotage de la souveraineté parlemenantaire. Dans son drenier discours radiodiffusé, le 3 novembre, Doumergue oppose en effet les Français de province et les politiciens parisiens : « Depuis la fin de mon septennat, j’ai vécu pendant trois ans en simple citoyen, comme vous, dans une province éloignée de Paris. J’ai pu me rendre compte, pendant ces trois années, qu’en déhors des agitateurs professionnels, des politiciens de petits comités et des partisans du bouleversement général, la presque unanimité des Français souhaitait que ce régime ait à la tête des gouvernements pourvus d’autorité. » Aux députés, le nouveau président du Conseil a présenté ses objectifs prioritaires : « apaiser, faire rendre la justice, faire voter le budget et surveiller ce qui se passe au-dehors. » Pour obtenir l’apaisement, une affiche est placardée sur les murs de France, appelant le peuple français à renoncer à toute agitation et à placer au-dessus de tout l’intérêt de la France et de la République. Les incidents, toutefois, se prolongent. Pour que justice soit rendue, Doumergue obtient la constitution d’une commission d’enquête sur l’affaire Stavisky et d’une autre sur les évènements du 6 février. Le budget de 1934 est définitivement voté le 28 février. Le 4 et le 14 avril, le gouvernement, qui a obtenu le 22 février les pleins pouvoirs financiers, promulgue une série de décrets, comportant notamment des prélèvements sur les traitements des fonctionnaires, sur les pensions de guerre et les retraites des combattants : le gouvernement fait le choix d’une politique déflationniste. En politique extérieure, le gouvernement Doumergue affronte une situation internationale de plus en plus tendue par le renforcement du pouvoir de Hitler. La grande affaire de ce ministère doit être la réforme de l’Etat, qui n’est plus seulement un thème de débats juridiques et intellectuels, mais est devenu un enjeu politique. Le choc du 6 février 1934 semble donner au gouvernement une liberté de manœuvre et d’exécution sans précédent, l’occasion de transcender les clivages entre les différentes traditions réformistes. Au cours des premiers mois du gouvernement Doumergue, les signes favorables à une réformes de l’Etat se multiplient : les ralliements au thème de la réforme constitutionnelle donnent l’impression d’un consensus. Les deux chambres nomment deux commissions chargées de réfléchir au problème. Mais Doumergue temporise. Il laisse passer l’été, réfléchissant dans son domaine de Tournefeuille, avant de se présenter aux Français, par trois discours radiodiffusés les 24 septembre, 4 octobre et 3 novembre, un projet de révision constitutionnelle, élaboré de façon quasi solitaire, Doumergue oubliant jusqu’au principe de la collégialité gouvernementale. Le projet comprend six points : -Le droit de dissolution peut s’exercer librement sans l’avis préalable du Sénat, qui reste requis seulement pendant la première année de la législature ; -Le chef du gouvernement se voit attribuer la qualité de « premier ministre sans portefeuille » : il s’agit de mettre fin à la fiction que constitue l’absence dans les textes constitutionnels de 1875 du président du Conseil qui, ministre comme les autres, n’a pas l’autorité suffisante pour être un arbitre entre ses collègues et de doter la présidence du Conseil de services et d’un personnel sélectionné permanent ; -Le nombre des autres ministres ne peut excéder vingt ; -Le droit d’initiative des députés en matière d’augmentation des dépenses publiques est limité ; -La prorogation du budget par décret peut-être décidée lorsque la loi de finances n’a pas été votée à temps ; -Le droit de grêve est interdit aux fonctionnaires. Le plan n’intègre pas les projets de réforme qui provoqueraient une redéfinition des rapports entre l’Etat et l’économie. Quand Gaston Doumergue présente ces projets, sa postion est déjà affaiblie. Alors que l’opinion attendait beaucoup de ce gouvernement, dès le mois de juin, il apparaîssait qu’il avait échoué dans la lutte contre la vie chère, que le redressement financier était incomplet, que la réforme parlementaire était ajournée et que les réformes judiciaires étaient insignifiantes. Le projet de dissolution unilatérale provoque l’appréhension du Sénat et de certains ministres modérés. A gauche, les réactions les plus hostiles sont sans doute celles de Léon Blum. Par ces attaques, Blum, qui prétend démasquer André Tardieu derrière Gaston Doumergue, le rictus agressif de la « réaction » derrière le sourire du « bon président », cherche à amener les radicaux à se désolidariser du gouvernement. Il atteint son but. Edouard Herriot s’engage de plus en plus contre la réforme projetée et reçoit le soutien des radicaux du Sénat. Lors de laur 31ème congrès tenu à Nantes les 25-28 octobre, les radicaux manifestent très fermement leur hostilité au droit de dissolution, se prononcent pour le recours au référendum en cas de crise, sans rompre la trêve, laissant encore possible une conciliation. Mais Gaston Doumergue est intransigeant : il demande l’unanimité gouvernementale sur ces projets constitutionnels. Face à ses velléités autoritaires, les ministres radicaux quittent le gouvernement le 8 novembre, ce qui provoque la démission du président du Conseil le même jour. Le gouvernement de « Trêve » reste comme celui de l’occasion manquée du chef de l’Etat. Il meurt à Aigues-Vives le 18 juin 1937. Mémoires de Gaston Doumergue, discours et écrits réunis et pérsentés par P. Géroudet, Saint-Geramin-le-Gaillard, P. Géroudet, 1990, 2 vol. GICQUEL (P.) : Le Problème de la réforme de l’Etat en France en 1934, Paris, PUF, 1965. LAFUE (P.) : Gaston Doumergue : sa vie et son destin, Paris, Plon, 1933. MONNET (F.) : Refaire la République, André Tardieu, une dérive réactionnaire, Paris, Frayard, 1993. RIVES (J.) : Gaston Doumergue, du modèle républicain au Sauveur suprême, Toulouse, Presses de l’Insitut d’études politiques de Toulouse, 1993. ROUSSELIER (N.) : La contestation du modèle républicain dans les années 1930 : la réforme de l’Etat, Paris, PUF, 1992. DOUSSAINS (Gustave), 1872-1945 : Homme politique. Né à Saumur (Maine-et-Loire) le 1er mai 1872, Gustave Daussains est républicain de gauche. Il est nommé par Daladier dans son second cabinet le 30 janvier 1934 comme sous-secrétaire d’Etat à l’Education nationale, chargé de l’Enseignement. Face à la tournure des évènements, Doussains préfère démissionner de son poste gouvernemental le 3 février 1934. Il décèdera à Fontenay-sous-Bois () le 21 mai 1945. DRAPEAU BLANC (affaire du) : A la chute de l’Empire, les élections législatives de février 1871 entraînent la formation d'une Assemblée nationale conservatrice, avec une majorité de députés favorables à une restauration de la monarchie. La plus grande partie des monarchistes se tournent vers le prétendant légitime au trône, le comte de Chambord. Ce quinquagénaire, petit-fils de Charles X et fils du duc de Berry, a été éduqué par Madame Royale, fille de Louis XVI et ancienne prisonnière du Temple, dans la haine de la Révolution. Dès l'âge de dix ans, il a vécu en exil en Autriche. Il a épousé une princesse étrangère dépourvue de sympathie pour la France. Le couple n'a pas eu d'enfant. Le comte de Chambord méconnaît la réalité française, garde la nostalgie du passé et se berce de l'illusion de restaurer une monarchie de droit divin. Il déçoit ses partisans en exigeant dans un manifeste en date du 6 juillet 1871 que la France renonce au drapeau tricolore bleu-blanc-rouge en préalable à sa restauration sur le trône. Il écrit notamment : «Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François 1er et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale... Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe... Français ! Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV». Même les plus farouches monarchistes ne peuvent le suivre dans cette voie, considérant que le drapeau tricolore de la Révolution a acquis sa légitimité du sang de tous les Français qui sont morts pour lui jusqu'aux extrémités de l'Europe. L'affaire est d'autant plus consternante pour les royalistes que le drapeau blanc auquel se réfère le prétendant au trône n’est le drapeau officiel de la France que pendant les quinze années de la Restauration (1815-1830). Sous l'Ancien Régime, avant 1789, il n'existait pas, en effet, de drapeau officiel de la Nation ! Sous l'effet de leur déception, les députés décident le 31 août 1871 de se constituer en Assemblée constituante et, dans la foulée, ils votent la première loi constitutionnelle. Celle-ci confère au chef du pouvoir exécutif, Adolphe Thiers, le titre de président de la République. Adolphe Thiers, vieux chef conservateur et serviteur du roi Louis-Philippe, commence dès lors à se dire qu'il vaut mieux être président de la République que Premier ministre d'un roi, fût-il constitutionnel. Il se détache de ses amis royalistes et se rallie prudemment à l'idée d'une république conservatrice, à même d'éviter aux Français de renouer avec les déchirements du passé. DROIT DE DISSOLUTION : La dissolution se trouve curieusement à l’origine de la « République des députés », qui cependant l’abhorrait. C’est, en effet, le renvoi de la Chambre par le président de la République, le 16 mai 1877, qui fut l’occasion de la victoire des 363 députés républicains qui s’étaient opposés à lui : le désaveu des électeurs ne dissipa pas seulement les derniers rêves de restauration monarchique, il fut aussi interprété comme la condamnation des prétentions présidentielles et déboucha sur ce que Marcel Prélot DROITE : DREYFUS (Camille), 1849-1915 : Avocat, journaliste et homme politique. Rédacteur au Siècle, député de Seine-et-Oise de 1880 à 1885 et sénateur de ce département de 1909 à 1915, il appartient à l’union républicaine, formation parlementaire centriste, après avoir siégé à gauche. Il est l’auteur de divers ouvrages d’histoire comme Vauban économiste ; Un philanthrope d’autrefois ; La Rochefoucault-Liancourt ; L’Assistance sous la République de 1848 à 1907. DREYFUS (Ferdinand), 1851-1905 : Journaliste. Directeur de L’Avenir de la Sarthe, il est condamné à cinq mois de prison pour outrage au maréchal de Mac-Mahon, président de la République. Il est ensuite directeur du Libéral de la Vendée et de La Nation, rédacteur à La Lanterne et à diverses autres feuilles. Elu conseiller municipal de Paris en 1882, il devient député de la Seine de 1885 à 1893 sans interruption. Il siège alors à l’extrème gauche et dirige la Grande Encyclopédie. Il est l’un des dirigeants du Grand Orient de France. DREYFFUS (affaire) : L’affaire Dreyfus a été l’une des plus grandes crises de la IIIeme République mais aussi l’événement fondateur de la République radicale. Dans un premier temps, il ne s’agit que d’une affaire d’espionnage. En septembre 1894, des fuites ont été remarquées à l’état-major en direction de l’ambassade allemande. Sans qu’aucune preuve ne soient apportées, les souspçons se portent sur la capitaine Alfred Dreyfus. Issu d’une vieille famille de juifs alsaciens, Alfred Dreyfus naît à Mulhouse le 9 octobre 1859. Après un court séjour au collège Sainte-Barbe, il entre comme interne au collège Chaptal dont il déteste « le déplorable système scolaire qui l'étouffe ». Il passe son baccalauréat en 1876 et retourne à Sainte Barbe préparer l'école Polytechnique. Il y est reçu 182ème après un an de préparation. Il en sort 128ème en 1880, sous-lieutenant. En 1880, il choisit l'artillerie et entre à l'école d'application de Fontainebleau. Il en sort en 1882, 32ème sur 97. Affecté à la 1ère division de cavalerie du 31ème régiment, il est promu Lieutenant en 1885. En 1889, adjoint au Directeur de l'Ecole de Pyrotechnie de Bourges, il est promu Capitaine. En 1892, Dreyfus est nommé à l'Etat-Major de l'Armée, où il est le seul juif. Le 15 octobre 1894, Le capitaine Alfred Dreyfus, détaché au IIe bureau de l'état-major de l'armée, (le renseignement), est convoqué au ministère de la Guerre. Le général Mercier, le ministre de la Guerre, que la droite nationaliste appelle Ramollot, lui annonce qu'il est accusé de haute trahison au profit de l'Allemagne. Poussé par le journaliste antisémite Drumont qui organise une campagne de presse suivie par de nombreux journaux, le général Mercier ordonne l’arrestation de Dreyfus. Malgré ses protestations d’innocence, Dreyfus est incarcéré à la prison du Cherche-Midi. Son procès s'ouvre le 19 décembre 1894, devant le Conseil de guerre de Paris. Le 22 décembre, il le condamne à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée. Les défenseurs de Dreyfus n'ont pas eu accès au dossier. Dreyfus a paru dépassé par les événements. Le 5 janvier 1895, cet homme, qui n'arrête pas de proclamer son innocence et croit encore que ses chefs, qu'il respecte, vont le sortir de ce cauchemar, est dégradé dans la cour d'honneur de l'École militaire au cours d’une cérémonie publique. Le 17 février, il embarque pour Cayenne avec d'autres forçats. Destination : l'île du Diable, au large de la Guyane. L'affaire qui a motivé la condamnation du capitaine, c'est la découverte en septembre d'un document manuscrit, le « bordereau », dans la corbeille à papiers de l'attaché militaire allemand, von Schwartzkoppen, dont la femme de ménage émarge au IIe bureau. L'écriture ressemble un peu à celle du capitaine Dreyfus, nouvellement arrivé au service. Consulté, Alphonse Bertillon, l'inventeur de l'anthropométrie, assure qu'il s'agit de la même graphie, bien qu'elle présente aussi des analogies avec celle du commandant Esterhazy, également affecté à l'état-major. Cet officier d'origine hongroise a des soucis d'argent. Le capitaine Dreyfus, lui, n'en a pas. Qu'importe, c'est sur lui que se portent les soupçons. Parce qu'il est juif et parce qu'il est alsacien. Pour les caricaturistes, c'est pain bénit. Dreyfus a le profil du « juif traître ». Ils régalent la droite nationaliste. Cette même droite nourrit son antisémitisme avec les écrits enflammés de La Libre parole, des pamphlétaires Édouard Drumont et de Léon Daudet. Et alors que la hiérarchie catholique reste prudente, le journal La Croix participe à la « croisade » contre les juifs. Ses articles sont lus dans les presbytères les plus reculés et souvent commentés en chaire. Dénoncer sans relâche la « conspiration » des juifs « traîtres à la Patrie », cela laisse des traces. Et puis il y a le poids de l'armée. Défenseurs de la nation, les militaires ont crédit d'infaillibilité. Car tout le monde, enfin presque tout, croit à l'époque que Dreyfus est coupable. Seule une poignée de gens lucides et courageux pensent comme la famille Dreyfus que le capitaine est innocent. Mathieu, le « frère admirable » se bat déjà pour son aîné. Commence alors la seconde phase de l’Affaire, l’affaire judiciaire. Le premier rebondissement, en 1896, n'est pas le fait de la famille, mais du IIe bureau. Son nouveau titulaire, le lieutenant-colonel Picquart, a mis la main sur un pneumatique (le « petit bleu ») qui révèle une correspondance entre le commandant Esterhazy et l'attaché militaire allemand. Pour Picquart, le doute n'est plus permis. L'agent des Allemands, ce n'était pas Dreyfus, c'est Esterhazy. Il en parle en haut lieu, ce qui lui vaut d'être aussitôt limogé et remplacé par le général Gonse qu'assiste le commandant Henry. Henry allume aussitôt un contre-feu : il fabrique un document qui accable Dreyfus. Mais l'affaire n'en reste pas là. Le 6 novembre à Bruxelles, le journaliste français Bernard Lazare publie un article au titre retentissant - Une erreur judiciaire - dans lequel il affirme que le 22 décembre 1894, le conseil de guerre a condamné un innocent. Malgré son devoir de réserve, Picquart revient à la charge en révélant ce qu'il a découvert dans le « petit bleu ». Pris au piège, l'état-major doit ouvrir une enquête sur Estehazy. Pour la forme, puisqu'elle conclut à son innocence. Esterhazy est acquitté le 11 janvier 1898. Ce jugement provoque un scandale. De l'affaire Dreyfus, on passe à l'Affaire tout court. Crise politique et crise de conscience nationale. La France se coupe en deux avec d'un côté, les dreyfusards, qui militent pour la justice, la liberté individuelle et la défense des droits de l'homme - la Ligue des Droits de l'Homme voit le jour cette année-là. Il s’agit de la gauche, radicaux, socialistes par Jaurès, les francs-maçons et les protestants. De l'autre, les anti-dreyfusards, défenseurs de l'armée et de la raison d'État. Mais la fracture n'est pas si nette qu'il y paraît. Il y a des gens de gauche qui sont dreyfusards tout en étant antisémites et des catholiques, comme Péguy, qui embrassent la cause du capitaine. On devient antimilitariste. La crise de conscience atteint son paroxysme le 13 janvier 1898, lorsque Émile Zola soutenu par Georges Clemenceau, rédacteur à L'Aurore, publie dans ce journal, sous le titre « J'accuse », une lettre ouverte au président de la République. Il y affirme que le conseil de guerre a absous sciemment un coupable, le commandant Esterhazy. Zola est condamné à un an de prison, à 300 000 F d'amende pour diffamation et perd sa légion d'honneur. Mais lui et ses amis ont atteint leur objectif : ils ont pris la nation à témoin. La vérité est en marche. Une marche que ralentissent les manoeuvres du ministère de la Guerre. Pour se dépêtrer, il publie le faux du commandant Henry . Picquart démontre l'imposture. Arrêté, Henry passe aux aveux et est interné au Mont-Valérien où on le retrouve le lendemain égorgé, son rasoir à la main. Des hommes politiques démissionnent. Les avocats de Dreyfus n'arrêtent pas de réclamer la révision du procès. Le ministère de la Guerre finit par la leur accorder. C'est à Rennes, ville de garnison jugée plus calme et plus sûre que ce déroulera, non sans incidents à l'extérieur, le procès en révision. Mais là encore, les militaires hésitent à se déjuger. Ramené de l'île du Diable, Dreyfus est une nouvelle fois reconnu coupable, mais avec "circonstances atténuantes", et condamné le 9 septembre 1899 à dix ans de réclusion. Effaré par l'antisémitisme ambiant, le journaliste autrichien Theodor Herzl, qui assiste aux débats, a la prémonition qu'il est temps pour les juifs de fonder un État en Palestine. Ce jugement suscite une telle émotion en France et à l'étranger, notamment en Allemagne, qui a affirmé tout de suite l'innocence de Dreyfus, et en Italie, que le président Loubet, craignant un boycottage massif de l'Exposition universelle de 1900, grâcie Dreyfus. Ce qui ne satisfait personne. Il faudra attendre le 12 juillet 1906 pour que la Cour de cassation casse le second jugement et rende à Alfred Dreyfus son honneur et son grade de capitaine. Dreyfus est élevé à la dignité d'officier de la Légion d'honneur. Mort en 1935, Le lundi 7 août 1899, le quartier de l’avenue de la gare (futur Zola) est complètement bouclé pour l’ouverture du procès. Dans la salle de théâtre du lycée, le conseil de guerre est présidé par le colonel Jouaust. Sur les bancs de la presse, Barrès, Jaurès, Viviani, etc. En face du lycée, de l’autre côté de l’avenue de la gare, des curieux, juchés sur un mur, ont payé leur place pour «voir Dreyfus» franchir à pied la rue. Il vient de la prison militaire d’en face. Le procès suscite une grosse curiosité. Et d’impressionnantes mesures de sécurité. «Rennes a l’apparence d’une ville assiégée». Jean-Denis Bredin dans «L’Affaire» rapporte ce propos de Mathieu Dreyfus, le frère de l’accusé. Le procès va durer cinq semaines. Cinq semaines éprouvantes. Les services de sécurité sont sur les dents. On craint un attentat contre Dreyfus. Les esprits sont tendus y compris entre les deux avocats de Dreyfus, Demange et Labori, qui ne s’entendent pas. Du 8 au 11 août, le huis-clos est prononcé pour l’examen des dossiers secrets. Le 12 août, une vive altercation se produit entre Dreyfus et le général Mercier, ancien ministre de la Guerre, qui promet des révélations qui ne viendront pas. Ce jour-là, Casimir-Périer, ancien président du Conseil, dépose en faveur des révisionnistes. Des manifestations antidreyfusardes ont lieu en ville. Coup de théâtre le 14 août à 6 h : Labori, l’avocat de Dreyfus, est atteint par un coup de feu, sur les quais de la Vilaine. L’auteur ne sera pas retrouvé. Le conseil de guerre est interrompu. L’avocat reprend sa place le 21. Mais il ne plaidera pas à la fin du procès. Les conseillers de Dreyfus lui ont demandé de s’abstenir : Labori «indisposerait» les militaires. Le 9 septembre, la cour rend son verdict dans un «lourd silence». Par cinq voix contre deux, Dreyfus est «reconnu coupable». Les circonstances atténuantes lui sont admises à la majorité. Deux officiers ont voté l’acquittement : le colonel Jouaust, le président et le commandant de Bréon, présenté comme un «fervent catholique» . Dans la rue, le jugement est diversement accueilli. Des incidents éclatent devant le Café de la Paix où il y a foule. Alfred Dreyfus vit ensuite à Carpentras, chez une de ses soeurs, puis à Cologny, près de Genève. Le 5 mars 1904, la Cour de Cassation déclare acceptable sa demande en révision du jugement de Rennes. Le 12 juillet 1906, le jugement est cassé sans renvoi, et, le lendemain, la Chambre vote une loi le réintégrant dans l'armée, avec le grade de chef d'escadron. Le 21 juillet 1906, il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur. Il est ensuite nommé à la direction d'artillerie de Vincennes ; le 15 octobre, il est désigné pour commander l'artillerie de l'arrondissement de Saint-Denis. Admis à la retraite en octobre 1907, il est mobilisé pendant la Grande Guerre : il est affecté d'abord à l'Etat-major de l'artillerie du camp retranché de Paris, puis, en 1917, à un parc d'artillerie divisionnaire. Il meurt le 12 juillet 1935. DRIEU LA ROCHELLE (Pierre), 1893-1945 : Romancier et essayiste. Né à Paris le 3 janvier 1893, Pierre Drieu La Chapelle est issu d'une famille normande, petit bourgeoise et nationaliste installée dans le. XVIIe arrondissement de Paris. Agé de 14 ans, il découvrir Ainsi parlait Zarathoustra, de son maître à penser Friedrich Nietzsche. Après un séjour en Allemagne et en Angleterre, il se définit comme « germanophile et anglomane ». Drieu La Rochelle fait ses études à l'École libre des sciences politiques de Paris. La lecture de Kipling, de Barrès, et plus encore, de Nietzsche, le marquera profondément. Il en gardera cette soif d'accomplissement par l'héroïsme. Mobilisé en août 1914, il sert dans l'infanterie et participe aux batailles de Charleroi et de Verdun. Blessé à deux reprises, hospitalisé, son expérience de la guerre le déçoit. Le choc de la guerre le marquera à jamais et déterminera toute son oeuvre à venir. Au lendemain du conflit, il se lie d'amitié avec Aldous Huxley, l'auteur du roman d'anticipation : Le meilleur des mondes. Il dévore les livres de Shakespeare, de Goethe, de Schopenhauer, de Dostoïevsky, de Proudhon, de Sorel, de Péguy et de Maurras. Ses premiers poèmes sont publiés en 1917 avec Interrogation. Entre 1920 et 1924, il est tenté par le Dadaïsme, se rapproche des Surréalistes : André Breton et Paul Éluard. Mais en 1925, il signe un article historique dans la NRF : la véritable erreur des surréalistes qui le sépare pour toujours de l'avant-garde. Entre-temps, il écrit et alterne entre essai lyrique (Mesure de la France) et roman analytique (L'homme couvert de femmes). En 1926, il rencontre Emmanuel Berl à La Revue hebdomadaire. 1927 est l'année de l'amitié majeure de Drieu avec André Malraux. Il écrit des articles pour Bertrand de Jouvenel à La Lutte des Jeunes en 1934 et fait la connaissance du militant Pierre Andreu, son futur biographe. Il écrit sa profession de Foi dans Socialisme fasciste : "Cette envie de faire une politique de gauche avec des hommes de droite." La même année, il rencontre Ernst von Salomon à Berlin. Drieu excelle dans le journal intime ou le témoignage introspectif. Ses réflexions décadentistes et ses descriptions pessimistes du monde littéraire et politique font de lui le meilleur mémorialiste de son temps. Sans oublier, la grâce de sa plume de journaliste que l'on retrouve dans les recueils d'articles : Chronique politique, 1934-1942 et Le Français d'Europe. En 1936, il adhère au Parti Populaire Français dirigé par Jacques Doriot et écrit régulièrement dans L'Émancipation Nationale, organe de presse du parti. En 1939, il envoie sa lettre de démission au PPF. Directeur de la Nouvelle Revue française sous l'Occupation, auteur d'articles dans le Figaro et dans Je suis partout, son engagement politique lui apparaît très vite aussi inutile que ses aventures amoureuses, qu'il évoque dans l'Homme couvert de femmes (1925) et dans Gilles (1939). Il cherche alors un salut en littérature, publiant successivement l'Homme à cheval (1943) et les Chiens de paille (1944). A la libération, accusé de collaboration avec l'ennemi, il est contraint de se cacher malgré la protection d'amis fidèles comme Malraux, il s'empoisonne le 15 mars 1945 sans chercher à se justifier, au terme d'une vie très tôt marquée par la tentation de la mort : il évoquait dans son Récit secret une première tentative de suicide à l'âge de sept ans. Il vit son espoir viril d'une "grande action" totalement ruiné: lui qui aspirait à être un "chef, un homme libre qui commande" se retrouva "veau marqué entre dix millions de veaux et de bœufs". C'est la découverte de cette immense duperie qu'il racontera en 1934 dans la Comédie de Charleroi, roman que l'on tient pour son chef-d'œuvre. Il a toutefois éprouvé de manière intense la fraternité mystique des tranchées, qu'il estime plus forte que l'antagonisme des belligérants, comme en témoignent ses poèmes écrits au lendemain de sa démobilisation (Interrogations, 1917). Ses romans mettent en scène une bourgeoisie veule, désabusée et débauchée, à l'image de sa propre famille et de lui-même: l'Homme couvert de femmes (1925), Drôle de voyage (1933), Rêveuse Bourgeoisie (1937) et surtout Gilles (1939) font de Drieu le témoin lucide mais trop faible du malaise de sa génération. Avide d'engagement mais convaincu de la vanité de toute action, il se rallia à l'idéologie d'extrême droite, nouveau remède à ses tiraillements intérieurs, après une longue hésitation entre fascisme et communisme (Socialisme fasciste, 1934 ; Chroniques politiques, 1942). La seconde guerre et l'hégémonie allemande lui parurent l'occasion de construire une Europe nouvelle, à la fois aristocratique et sociale (le Jeune Européen, 1927), et il s'engagea avec enthousiasme en 1940 dans la politique de collaboration avec le régime nazi (voir ses Notes pour comprendre le siècle, 1941). Il dirigea alors la Nouvelle Revue française, qui s'égara avec lui. Pourtant, après quelques années, la politique pétainiste et l'attitude de l'occupant l'inquiétèrent ; les réticences pointent peu à peu (le Français d'Europe, 1944), et la déception fait même place au dégoût, y compris celui de sa propre conduite. Contraint de se cacher à la Libération malgré la protection d'amis fidèles comme Malraux, il s'empoisonna le 15 mars 1945 sans chercher à se justifier, au terme d'une vie très tôt marquée par la tentation de la mort: il évoquait dans son Récit secret une première tentative de suicide à l'âge de sept ans. ANDREU (P.) : Drieu, témoin et visionnaire, Paris, Grasset, coll. « Les Cahiers verts », 1952 DESANTI (D.) : Drieu La Rochelle ou le séducteur mystifié, Paris, Flammarion, 1978 Cahier de l'Herne spécial Drieu La Rochelle, collectif, Paris, Édition de l'Herne, 1984. Guyot-Jeannin (A.) : Drieu La Rochelle antimoderne et européen, Paris, Perrin, 1999. su d'une famille normande, petit bourgeoise et nationaliste installée dans le XVIIe arrondissement de Paris, déchirée par les problèmes conjugaux et d'argent, élève de l'École libre des sciences politiques, il est traumatisé par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il est blessé à trois reprises. La comédie de Charleroi, recueil de nouvelles publié en 1934, s'inspire de son expérience de la guerre. Il épouse en 1917 Colette Jéramec, dont il divorce quatre ans plus tard. Proche des surréalistes et des communistes dans les années 1920, il s'intéresse aussi à l'Action Française, tout en n'adhérant à aucun de ces courants. Il se fait connaître, en 1922, par un essai remarqué, Mesure de la France, et publie plusieurs romans. Dans l'essai Genève ou Moscou, en 1928, il prend des positions pro-européennes, qui l'amènent à se rapprocher successivement de certains milieux patronaux, notamment l'organisation du Redressement français dirigé par Mercier, puis de certains courants du Parti radical, à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Dans les semaines qui suivent les manifestations de février 1934, il collabore à la revue La Lutte des Jeunes et se déclare fasciste, en voyant là une solution à ses propres contradictions et un remède à ce qu'il considère comme la décadence matérialiste des sociétés modernes. En octobre, il publie l'essai Socialisme fasciste, et se place dans la lignée du premier socialisme français, celui de Saint-Simon, Proudhon et Charles Fourier. Ce choix intellectuel le conduit à adhérer en 1936 au Parti Populaire Français, fondé par Jacques Doriot, et à devenir, jusqu'à sa rupture avec le PPF au début de 1939, éditorialiste de la publication du mouvement L'Emancipation Nationale. Parallèlement, il rédige son roman le plus connu, Gilles. Pendant l'occupation, il devient directeur de La Nouvelle Revue française (NRF) et prend parti pour une politique de collaboration avec l'Allemagne, qu'il espère voir prendre la tête d'une sorte d'Internationale fasciste. À partir de 1943, revenu de ses illusions, ses préoccupations se tournent vers l'histoire des religions - en particulier les spritualités orientales - tandis que, dans un ultime geste de provocation il adhère de nouveau au PPF, tout en déclarant, dans son journal secret, son admiration pour le stalinisme. En 1945, il refuse l'exil ainsi que les cachettes que certains de ses amis – dont André Malraux – lui proposent. Après deux tentatives manquées, il se donne la mort le 15 mars 1945. DRUMONT (Edouard), 1844-1917 : Journaliste et écrivain. Édouard Drumont naît à Paris le 3 mai 1844. Issu d'une famille de paysans et d'artisans, son père est employé sous le Second Empire dans les bureaux de la préfecture de la Seine. Son fils Édouard suit la même voie. Dès cette époque, celui-ci collabore également à de nombreux journaux parisiens, dont Le Petit Journal, La République, La Liberté d'Émile de Girardin. Dans leurs colonnes, il livre régulièrement des articles de critique. Dans les premières années de la Troisième République, Édouard Drumont fréquente les cercles littéraires et artistiques de la capitale. Curieux de l'histoire de la ville, il publie en 1878 un premier ouvrage qui lui est consacrée, Mon vieux Paris. Édouard Drumont rompt bientôt avec les traditions familiales républicaines. A partir de 1880, il se fait le partisan du comte de Chambord, qui représente la branche aîné des Bourbons. Par son intransigeance, développée notamment dans le manifeste du 5 juillet 1871 adressé aux Français, celui-ci complique la tache de ceux qui œuvrent pour la restauration de la Monarchie. Drumont s'en détache d’ailleurs rapidement, estimant que le prétendant légitimiste à la couronne de France manque d'audace politique. Influencé par les écrits de Louis de Bonald et de Joseph de Maistre, Édouard Drumont demeure cependant attaché à ses convictions politiques. Celles-ci ont pour fondement la tradition chrétienne et monarchiste de la France. Au cours de ces années et alors que l’idée de Revanche contre l’ennemi allemand hante les esprits, celle-ci s’enrichit avec le nationalisme. Comme nombre de ses contemporains, Édouard Drumont s’attache alors à trouver une explication à la décadence de la France. Au mois de janvier 1886, il publie ainsi chez Flammarion un pamphlet intitulé La France juive, essai d'histoire contemporaine. Drumont dénonce " les puissances d'argent ", et plus spécialement la mainmise des grandes familles juives sur la finance internationale. Cet antisémitisme puise son inspiration dans un racisme radical. Au " Sémite mercantile, cupide, intrigant, subtil et rusé ", il oppose " l’Aryen enthousiaste, héroïque, chevaleresque, désintéressé, franc, confiant jusqu’à la naïveté ". L’ouvrage, qui a un grand retentissement, est également un succès commercial. La France juive connaît ainsi plus de deux cent éditions successives, auxquelles son auteur adjoint plusieurs suites issues de l’actualité. L’ouvrage vaut à Édouard Drumont deux duels, face à Arthur Meyer notamment, le directeur du journal conservateur Le Gaulois, mais il accède également à la notoriété. Celle-ci s’entretient de ses talents de polémiste. En 1888, Drumont récidive et rédige La Fin d'un monde, un anathème lancé contre la société bourgeoise décadente. Le 5 septembre de l’année suivante, en compagnie du marquis de Morès, il est à l’origine de la création d’une Ligue antisémitique française qui soutient bientôt le général Boulanger. En 1892, le pamphlétaire fonde enfin son propre quotidien, La Libre Parole, dont le premier numéro paraît le 20 janvier. Dans ses colonnes, Édouard Drumont est un des premiers journalistes à dévoiler le scandale politico-financier de l'affaire de Panama. Celui-ci ébranle la République en mettant en cause nombre de parlementaires. Les articles, écrits à cette occasion, sont ensuite réunis en un volume, De l'or, de la boue, du sang, en 1896. Entre temps, sont également publiés maint écrits polémiques : La Dernière Bataille en 1890, Le Testament d’un antisémite l’année suivante, Le Secret de Fourmies en 1892… Collabore bientôt à La Libre Parole André du Quesnay de Boisandré, François Bournand, Jean Drault, Gyp (pseudonyme de la comtesse de Martel), Gaston Méry, Adrien Papillaud, Raphael Viau… Cette équipe de rédacteurs adhèrent ainsi au sous-titre explicite du quotidien, La France aux Français ! Celui-ci prend tout son sens lorsqu’au mois de mai 1892 Édouard Drumont mène campagne contre la présence des juifs dans l’armée, " l’arche sainte ", dénonçant la pénétration sémite dans le corps des officiers. Il raconte ainsi que le moment venu, " Rothschild se fera communiquer les plans de la mobilisation. On sait bien dans quel but. " Dans les semaines qui suivent, deux duels l'opposent au capitaine de dragons Cremieu-foa, qui souhaite réparer l'insulte faite au " trois cent officiers français de l'armée d'active qui appartiennent au culte israélite ". Au cours de ces années, Drumont multiplie les articles, laissant libre cours à son délire antisémite, une haine véritablement obsessionnelle. Le journal augmente son audience, le tirage au quotidien approchant les 100.000 exemplaires vendus. C’est que le terreau de l’intolérance devient fertile avec la chronique de l’Affaire, le complot enfin révélé au grand jour… Le 29 octobre 1894, un entrefilet dans La Libre Parole demande la confirmation de la récente arrestation d’un traître : est-il vrai, interroge le journal, " que, récemment, une arrestation fort importante a été opérée par ordre de l’autorité militaire ? ". Durant l'affaire Dreyfus ainsi déclenchée, Édouard Drumont milite ardemment dans le camp anti-dreyfusard. Ceci lui permet d’être élu député " anti-juif " d'Alger au mois de mai 1898, une ville où de violentes manifestations antisémites ont eut lieu quelques mois plus tôt. A la Chambre ainsi que dans les colonnes de son journal, il s'oppose alors vivement à la révision du procès du capitaine Dreyfus, puis réclame des poursuites contre Émile Zola, auteur du J’accuse, et milite même en 1899 en faveur de l'abrogation du décret Crémieux... Non reconduit dans son mandat en 1902, son influence, tout comme celle de son journal, déchiré par les dissensions internes, déclinent ensuite. Les militants nationalistes préfèrent désormais se tourner vers L’Action française de Charles Maurras. En 1910, La Libre Parole passe ainsi dans les mains d'un groupe financier catholique et conservateur qui écarte son fondateur de la direction éditorialiste du quotidien. Aussi, le 22 février 1915, il prend la direction du journal Le Peuple français. Alors que le premier conflit mondial met entre parenthèses les conflits qui ont déchiré la France, Édouard Drumont, à présent solitaire et quasi-oublié, décède à Paris, le 5 février 1917. Georges Bernanos lui a consacré le livre La Grande peur des bien-pensants Dans les années 1930, Henry Coston se réclama de Drumont en relançant La Libre parole. DUBIEF (Fernand), 1850-1916 : Médecin et homme politique. Né à Varennes-lès-Macon (Saône-et-Loire), Fernand Dubief, médecin, défenseur de la laïcité, directeur de journal et de sociétés d’agriculture, devient député radical socialiste et président de la commission du Travail. Dubief suit le parcours classique du ministre de la IIIème République. Intervenant fréquemment à la Chambre, il entre du 24 janvier au 12 novembre 1905 dans le deuxième cabinet Rouvier comme ministre du Commerce, de l’Industrie et des Postes et Télégraphes. Il modifie les conditions de carrière et d’avancement des agents des postes, défend le très récent Salon de l’automobile et promulgue un nouveau tarif douanier applicable à la soie. Le président du Conseil profite du départ du ministre de la Guerre Berteaux pour nommer Dubief ministre de l’Intérieur (12 novembre 1905-13 mars 1906). Il garde d’ailleurs ce poste après l’accession du président de la République Armand Fallières. C’est alors qu’est définitivement conclue, en décembre 1905, la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il a alors la charge de l’appliquer dans les faits et se heurte à la farouche opposition des catholiques qui suivent la ferme condamnation pontificale. Des troubles éclatent lors des premiers inventaires. Dans un autre domaine, il est à l’originaire de la loi sur la distribution du gaz à Paris et réforme les régimes des polices municipales. Il décèdera à Asnières le 4 juin 1916. DUBLAIX (Eugène), 1861-1932 : Officier et écrivain Né catholique et mon archiste, le commandant Dublaix, alors au 47ème RI caserné à Saint-Malo, brise sa carrière militaire en refusant de participer aux fameux inventaires des biens de l’Eglise. Il quitte l’armée en 1909 et collabore, sous le pseudonyme de Saint-Maurice, à La Gazette de France et à L’Univers. Il fait également partie du bureau politique du duc d’Orléans, prétendant au trône, et, à ce titre, collabore à La Correspondance nationale. Ayant rallié L’Action française, il est l’un des conférenciers du mouvement royaliste et écrit, pour lui, plusieurs brochures : Le Duc d’Orléans, sa doctrine, son programme ; République et Royauté ; Charles Maurras, apologiste du catholicisme et La Condamnation du Sillon. Dans le quotidien L’Action française, de 1927 à 1931, il est, également, l’un des principaux animateurs de la fédération de l’Action française pour la banlieue Ouest. DUBOIN (Jacques), 1879-1976 : Banquier, industriel et homme politique. Né à Saint-Julien-en-Genevois (Haute-Savoie) le 17 septembre 1879, Jacques Duboin, d’abord banquier puis industriel s’intéresse à la politique en devenant député républicain indépendant de la Haute-Savoie en 1921. Il entre dans le dixième ministère Briand comme sous-secrétaire d’Etat à la vice-présidence du Conseil et aux Finances, chargé du Trésor du 23 juin au 18 juillet 1926. La situation financière est particulièrement délicate, et rapidement le Parlement préfère Poincaré à Briand ou Herriot pour résoudre la crise. Il décèdera à Versailles le 17 mars 1976. DUBOIS (Louis), 1859-1946 : Journaliste et homme politique. Né au Palais (Morbihan), le 18 juin 1859, Louis Dubois, ancien officier d’administration, se lance dans la presse spécialisée, d’abord dans le domaine agricole puis dans celui de l’industrie et des travaux publics. Elu député républicain en 1910, il s’occupe surtout de l’organisation économique de l’Etat. Nommé ministre du Commerce, de l’Industrie et des Postes et Télégraphes du 27 novembre 1919 au 19 janvier 1920 dans le deuxième cabinet Clemenceau, il est l’un des instigateurs de l’effort de reconstruction et de redéveloppement national. Il décèdera à Puteaux le 19 janvier 1920. DUBON (Antoine), 1894-1948 : Agriculteur et homme politique. Né le 11 septembre 1894 à Hontanx (Landes), issu d'une famille de bourgeoisie landaise, Antoine Dubon poursuit ses études secondaires au lycée de Mont-de-Marsan et, après la Première Guerre mondiale, il gère la propriété familiale. Conseiller municipal de Hontanx en novembre 1919, il devient maire de cette commune le 6 janvier 1922 et est réélu sans difficulté en 1925, 1929, 1935. Conseiller d'arrondissement du canton de Villeneuve-de-Marsan en 1922, il est réélu en 1931. Antoine Dubon est élu député des landes de 1932 à 1940 et fait partie de la commission des douanes et des travaux publics. À la Chambre, il appuie la politique du gouvernement Léon Blum et dépose un projet de loi relatif aux baux à colonat partiaire. Les 4 et 5 octobre 1938, il approuve les accords de Munich ; il vota contre le gouvernement Daladier le 30 novembre 1938. Pendant la guerre, il vote la déchéance des députés communistes, soutint le cabinet Paul Reynaud. Après qu'il eût voté, le 10 juillet 1940, le projet de loi accordant les pleins pouvoirs au gouvernement Pétain, il se retire de la vie politique et décèdera le 6 août 1948 à Mont-de-Marsan (Landes). DUBOST (Henri-Antoine, dit Antonin), 1842-1921 : Avoué, journaliste et homme politique. Né à l’Arbresle (Rhône) le 6 avril 1842, Antonin Dubost commence sa carrière professionnelle comme clerc d’avoué, avant de se lancer dans le journalisme (au Courrier français, à La Marseillaise) et de devenir préfet et conseiller d’Etat. Il est maire, conseiller général et député de La Tour-du-Pin de 18880 à 1897. Sénateur radical socialiste de 1897 à sa mort et franc-maçon, il est ministre de la Justice du 3 décembre 1893 au 29 mai 1894 dans le ministère Casimir-Perier. Son passage sera marqué par la mise en application des lois sur l’anarchie ainsi que par un début de réforme de la procédure civile. Président de la Haute assemblée pendant quatorze ans, il décèdera à Paris le 16 avril 1921. DUBREUIL (Hyacinthe-Joseph), 1883-1971 : Sociologue. Né à Bérou-le-Mulotière (Eure-et-Loir) en 1883, Dubreuil devient ouvrier dans une usine d’automobiles au début du siècle. La condition de l’ouvrier, dont il veut une prompte amélioration, l’amène à militer dans le syndicalisme. En même temps, il fait des recherches personnelles sur la transformation des relations du travail et en vient à la conclusion que l’ouvrier devait devenir, en quelque sorte, le libre marchand de sa capacité de production et de son travail, l’acheteur de cette force de travail étant la grande entreprise divisée en secteurs autonomes. Ainsi, les travailleurs, groupés en coopératives, en commandites ou en équipes indépendantes, organisant eux-mêmes leur travail, en auraient recueilli les fruits. Quelque temps avant sa mort, Hyacinthe Dubreuil préconisait l’autorégulation. Selon lui, ce système aurait introduit l’initiative et la responsabilité à tous les niveaux de l’entreprise, pourvue de structures nouvelles. Il pensait que, de cette manière, l’esprit créateur de l’artisan profiterait à la fois aux industries et à l’exécutant. Socialiste et pacifiste avant 1914, il avait accepté l’Union sacrée après l’assassinat de Jean Jaurès. En 1919, il fonde, avec d’autres socialistes, un journal syndicaliste L’Atelier. En 1927-1928, il part pour les Etats-Unis et s’y fait embaucher comme ouvrier métallurgiste. Son expérience aux Etats-Unis a été résumée dans Standards paru en France en 1929. Au sein de la CGT, il participe aux travaux de l’Institut supérieur ouvrier et son enseignement est probablement à l’origine de maintes évolutions. Il est également, entre les deux guerres fonctionnaire au Bureau international du Travail et l’un des animateurs du Conseil économique du Travail. Rallié au maréchal Pétain, il décède à . ? le ? DUCHESNE (Louis), 1862-1950 : Homme d’église. Né à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine), le 13 septembre 1843. Issu d'une famille de marins bretons, Louis Duchesne, très tôt orphelin, fut ordonné prêtre en 1867. Il enseigna quelques années dans un collège de Saint-Brieuc, puis vint à Paris pour suivre des cours à l'École des Carmes et à l'École des Hautes études. De 1873 à 1876 enfin, il fut élève de l'École française de Rome. Passionné d'archéologie, il effectua à cette époque plusieurs missions au mont Athos, en Syrie, en Asie mineure. Docteur ès lettres, il refusa une chaire en faculté pour se consacrer à l'enseignement privé. Il obtint en 1877, la nouvelle chaire d'histoire ecclésiastique de l'Institut catholique, mais le contenu très critique de son enseignement suscita des oppositions qui le contraignirent à quitter la faculté de théologie en 1883. Il enseigna alors à l'École des Hautes études, avant d'être nommé, en 1895, directeur de l'École française de Rome. Principal fondateur et collaborateur régulier du Bulletin critique de littérature, d'histoire et de théologie, Mgr Duchesne a produit une oeuvre abondante sur l'histoire de l'Église, dont les principaux titres sont : siècle, Les Le Liber Pontificalis en Gaule au VIe Sources du martyrologe hyéronimien, Origines du culte chrétien, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, Les Premiers temps de l'État pontifical. Si ses livres lui valurent la reconnaissance de ses pairs et de prestigieuses récompenses : chanoine honoraire de Paris, protonotaire apostolique, commandeur de la Légion d'honneur, ils suscitèrent également l'inquiétude de la hiérarchie romaine qui, jugeant son Histoire ancienne de l'Église trop moderniste, la mit à l'index. Membre de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres (1888), et de plusieurs académies étrangères (Berlin, Goettingen, Rome et Turin), Mgr Duchesne devait être élu à l'Académie française en 1910. Dans La Vieille dame du quai Conti, le duc de Castries retrace les péripéties d'une élection qui opposa d'abord Mgr Duchesne à Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier. Ce dernier, dont le seul titre littéraire était un modeste recueil de lettres pastorales, se révéla un concurrent sérieux, et un premier scrutin, en 1909, se solda par une élection blanche, à l'issue de laquelle Mgr de Cabrières se vit octroyer par le Vatican, pour consolation, la pourpre cardinalice tant convoitée par Mgr Duchesne. Celui-ci prit sa revanche le 26 mai 1910, lors de la remise en jeu du fauteuil du cardinal Mathieu. Il triompha d'un autre prélat, Mgr Baudrillart, par 17 voix sur 32 votants. Mort le 21 avril 1922. DUCLERC (Charles-Théodore-Eugène), 1812-1888 : Journaliste et Homme politique. Né à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), le 9 novembre 1812, Charles Duclerc est d’abord correcteur puis journaliste économique au National. Ce disciple de Garnier-Pagès avait été sous-secrétaire d’Etat puis ministre des Finances (7 mars-24 juin 1848), avant de s’opposer à Cavaignac et, naturellement à Napoléon III. Battu à plusieurs législatives, il s’était réfugié dans les affaires, devenant notamment directeur du Crédit mobilier espagnol. Elu député des Basses-Pyrénées En février 1871, il soutient Thiers et les lois constitutionnelles de 1875 avant d’être élu un des premiers sénateurs inamovibles en décembre de la même année. Les échecs successifs de Ferry, Gambetta et Freycinet conduisent Grévy à faire appel à ce « glorieux ancien » de la cause républicaine. A presque 70 ans, ce modéré incarne les valeurs dont le régime semble avoir besoin : l’expérience, la fermeté, la sagesse et la stabilité. Il constitue son cabinet le 7 août 1882. Or, la combinaison qu’il préside ne comporte aucun des grands noms de l’opportunisme, ce qui l’affaiblit d’emblée. Duclerc est lui-même un orateur médiocre. S’il envoie des renforts contre la Chine pour affermir la présence française au Tonkin, Duclerc passe en revanche pour un faible dans le traitement de la question égyptienne qui oppose alors la France à l’Angleterre. Cette dernière, après avoir occupé Le Caire, met fin unilatéralement à la cogestion économique jusqu’alors partagée avec la France, le gouvernement qui a laissé faire, passe pour dupe auprès d’une large partie de l’opinion.C’est pourtant la politique intérieure qui va avoir raison du ministère. Floquet, suivi de plusieurs députés, demande le 16 janvier 1883 l’expulsion des membres des anciennes familles régnantes. Duclerc s’y oppose, jugeant la mesure liberticide et donc contraire à l’esprit de la République. Il défend en particulier le duc d’Aumale dont la bravoure militaire et la loyauté envers les institutions ont forcé l’estime des modérés et de la l’armée. Mais les pressions des parlementaires, aiguillonnés par les radicaux, le contredisent et l’obligent à démissionner le 29 janvier 1883, son ministère s’étant déchiré sur la question. A nouveau pressenti en mai 1887, il doit décliner l’invite en raison de l’hostilité des radicaux. Il décède à Paris le 21 juillet 1888. DUCLOS (Jacques), 1896-1975 : Dix-neuf ans en 1915, Jacques Duclos se trouva plongé dans l'enfer de Verdun. Selon l'expression consacrée, il se battit bravement, comme des millions d'autres poilus, fils de paysans et d'ouvriers. Père charpentier, mère couturière, d'un village des Hautes-Pyrénées Jacques était, lui, ouvrier pâtissier. Il connut les horreurs de cette guerre. Son mètre quarante-neuf ne lui fut pas une protection suffisante contre les éclats d'obus. Blessé, vite réparé, redirigé vers le Chemin des Dames où il fut fait prisonnier. Son frère aîné aura eu moins de chance, il laissa sur les champs de bataille un nez et un oeil. Jacques avait quitté l'école à douze ans, mais était resté, pendant l'adolescence, avide de culture et de lectures. Hospitalisé, nous l'avons vu, après sa blessure de Verdun, il dévore Balzac. Après la guerre, ayant repris son métier d'ouvrier pâtissier, c'est le Feu, d'Henri Barbusse qui le fait passer de la lecture à l'engagement politique. L'impact de ce livre sera énorme, sur bien des ouvriers, comme Jacques, qui nourriront leur révolte de ce sentiment d'avoir servi de chair à canon à une bourgeoisie qui a bien su tirer son épingle du jeu de la guerre. Jacques fréquente les socialistes et adhère à la CGT. Il adhère également à l'ARAC (Association Républicaine des Anciens Combattants) Jacques Duclos, comme d'ailleurs Benoît Frachon, adhère au jeune parti communiste dés sa fondation. Un an plus tard, Jacques devient le secrétaire de la section du 10eme arrondissement de Paris tout en prenant des responsabilités à l'ARAC. Il exerce son métier de Chef Pâtissier jusqu'en 1924, où il suit la première école des cadres du Parti, à Bobigny. Aux élections de 1928, le PCF obtient 11% des voix, mais, en raison de son isolement, ne compte que 14 élus contre 25 sortants. Jacques Duclos, vainqueur de Léon Blum dans le 20ème arrondissement de Paris, est l'un des 14 rescapés. Il a fait son entrée au Parlement en 1926 en battant Paul Reynaud . En fait, les succès parlementaires n'entrent pas dans les priorités du Parti: Duclos ne siège pas au Parlement; à l'avant-garde de la lutte antimilitariste, il n'arrête pas d'être condamné pour divers délits liés à son action. En 1928, le total de toutes les condamnations qui l'ont frappé se montent à quarante sept ans d'emprisonnement. Il vit donc dans la clandestinité, mais séjourne souvent à Moscou, assume des responsabilités pour le compte de l'Internationale ou du Profintern, l'Internationale syndicale Rouge. Au gré des circonstances politiques, la République sait aussi se montrer bonne fille. En 1932, le radical Edouard Herriot étant premier ministre, Duclos bénéficie d'un non-lieu et peut reprendre des responsabilités officielles dans le Parti. Jacques Duclos devient le numéro deux du Parti. Aurait-il été numéro un, sans sa petite taille ? Membre du comité excécutif de l'IC (Internationnale Communiste), membre du secrétariat du PCF, député de Montreuil en 1936. Lorsqu'après le pacte germano-soviétique et la déclaration de guerre, le Parti est dissous par Daladier en Septembre 39, Jacques Duclos fait partie du groupe de l'équipe dirigeante qui se rassemble à Bruxelles autour de Fried, le délégué de l'IC. Duclos aurait également dû rejoindre Thorez à Moscou, mais l'ordre ne lui parvint pas à temps, ils regagnera donc Paris, avec Maurice Tréand, aux alentours du 15 juin, à la suite des Allemands triomphants. Jusqu'au mois d'Août, les deux hommes assureront la direction du Parti à Paris sur un pied d'égalité, jusqu'à ce que Thorez et les dirigeants de l'IC désignent clairement Duclos comme le seul responsable. Ils assumèrent ensemble les contacts avec les autorités allemandes pour la reparution légale de l'Humanité. Duclos rédigera le tract connu sous le nom d'appel du 10 Juillet. Début 41, Duclos représente tout seul, avec Frachon, la direction du Parti. Il réside à Paris. Nous n'entrerons pas dans le détail de toutes ses planques, car elles changèrent souvent. Le plus souvent, il s'agissait d'immeubles HBM, les HLM d'alors, situés à proximité des boulevard des Maréchaux, et dont le grand avantage était d'avoir plusieurs issues. Fin 40, ol sortait encore fréquemment dans les rues de Paris, mais ils fut obligé d'espacer de plus en plus leurs sorties, et bientôt de les supprimer complètement, car Duclos était vraiment insortable, son physique de caricature lui ayant déjà assuré une petite notoriété. Dans les immeubles où il habite, il n'est ni clandestin, ni légal, il est incognito, il n'existe pas, et à chaque sortie, son premier problème est de ne pas être vu de sa propre concierge. Victor lui a été rattaché directement comme garde du corps et agent de liaison, et vis-à-vis de la concierge, il se fait généralement passer pour le mari de Gilberte Duclos. Emmanuel De Chambost, La Direction du Parti Communiste Français dans la Clandestinité (1941-1944), L'Harmattan, 1997 Stéphane Courtois, Jean Maitron, article "Jacques Duclos" in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Raymond Dallidet, Vive le Parti Communiste Français, Société d'éditions générales, 1987 Dominique Desanti, Les Staliniens, Fayard, 1975 Philippe Robrieux, Histoire Intérieure du Parti Communiste, Tome 1 (1920-45), Fayard, 1980. Philippe Robrieux, Histoire Intérieure du Parti Communiste, Tome 4, Biographies, Chronologies, Bibliographies, Fayard, 1984 DUCOS (Hippolyte), 1880-1970 : Professeur et homme politique. Né à Saint-André (Haute-Garonne), Hippolyte Coupat est d’abord professeur de lettres avant de s’intéresser à la politique. Vice président du parti radical en 1926, il est député de 1919 à sa mort. Spécialiste des questions d’éducation, il accepte le poste de sous-secrétaire d’Etat à l’Education nationale, chargé de l’enseignement technique dans le troisième cabinet Herriot et le ministère Paul-Boncour du 3 juin 1932 au 30 janvier 1933. De nouveau sous-secrétaire d’Etat à l’Education nationale du 31 janvier au 25 octobre 1933 dans le premier gouvernement Daladier, il est nommé ministre des Pensions du 26 octobre 1933 au 8 février 1934 dans les cabinets Sarraut, Chautemps et Daladier. Son idée, qu’il défendra jusqu’à sa mort, est que l’enseignement, qui est la base de tout, a besoin d’un grand ministère doté de moyens importants. L’enseignement doit selon lui être totalement aux mains de l’Etat afin de la rendre tout à fait laïc, démocratique et entièrement gratuit. Il souhaite l’ouverture des études supérieures aux non-bacheliers et préconise le développement de l’enseignement des arts et de l’éducation physique. Il fera parie une dernière fois du gouvernement dans le troisième cabinet Daladier du 13 septembre 1939 au 20 mars 1940 comme sous-secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil, à la Guerre et aux Affaires étrangères, chargé de la défense nationale et de la Guerre. Il décèdera à Toulouse (Haute-Garonne) le 14 novembre 1970. DUFAURE (Jules-Armand-Stanislas), 1798-1881 : Avocat et homme politique. Ministre de trois régimes, ce proche de Thiers incarne, à l’instar de son mentor, l’évolution du libéralisme politique de l’orléanisme de mouvement au républicanisme conservateur. Né à Saujon (Seine inférieure) le 4 décembre 1798, Armand Dufaure est reçu docteur en droit et s’inscrit au barreau de Saintes, puis à celui de Bordeaux. Elu député de Saintes, il est nommé conse Profondément affligé par la déroute des troupes françaises en 1870, il demeure cependant dans Paris assiégé afin de soutenir par la parole les combattants, au nombre desquels se trouvent ses deux fils. La capitulation donne à cet homme énergique et travailleur l’occasion de revenir à la politique dans le sillage de Thiers. Le 8 février 1871, il est envoyé à l’Assemblée nationale par cinq départements, dont la Charente-inférieure qu’il choisit finalement de représenter. Le 19 février suivant, Thiers, chef du pouvoir exécutif, en fait son ministre de la Justice, avant de le nommer, par décret spécial du 2 septembre 1871, vice-président du Conseil des ministres avec possibilité de convoquer et présider ce dernier s’il est absent. Il s’agit deux jours après la loi Rivet, d’établir le chaînon manquant entre l’exécutif et le législatif, maintenant que les ministres, à la différence du nouveau président, sont politiquement responsables devant la Chambre En réalité, le président de la République, de tempérament autoritaire ne laisse à son bras droit aucune autonomie. Partisan, tout comme son chef, d’une république conservatrice, Dufaure proclame le moratoire des loyers, organise des conseils de guerre afin de réprimer les désordres engendrés par la Commune et, sur un plan symbolique, procède à la restitution des biens non vendus de la maison d’Orléans. Son zèle et son efficacité dans la répression des troubles ne sont peut-être pas étrangers au fait que deux de ses propriétés avaient été mises à sac par les fédérés. D’abord et surtout garde des Sceaux, il traite la délicate question de la réforme de la magistrature, procède à son épuration partielle avant de faire voter l’importante loi du 21 novembre 1872 qui modifie les attributions du jury criminel. Après la chute de Thiers, le 24 mai 1873, il réintègre les rangs de centre gauche à l’Assemblée. Moins de deux ans plus tard, le 15 mars 1875, il retrouve la Chancellerie dans le cabinet de l’orléaniste Louis Buffet. La démission de ce dernier, après son cuisant échec aux législatives, permet à Dufaure, recemment élu député de l’arrondissement de Marennes, d’accéder enfin à la tête du gouvernement. Signe de la « parlemantarisation » au cours des institutions, « le sanglier », comme on le surnomme souvent en raison de sa rudesse, inaugure le titre de président du Conseil le 9 mars 1876. Conservant la plupart de ses collègues du ministère Buffet dont Decazes aux Affaires étrangères et Léon Say aux Finances, le premier président du Conseil républicain de la IIIème République pratique cependant l’ouverture à gauche avec l’entrée de Waddington à l’Instruction publique. Très actif malgré son âge avancé, il continue à s’opposer aux radicaux dont il fait avorter toutes les propositions d’amnistie en faveur des communards. Partisan d’une politique de détente dans la fermeté, il institue cependant une commission de grâces chargée de l’aider à effacer progressivement les blessures de la guerre civile. Dans le même esprit, il fait lever l’état de siège dans les quatre derniers départements où il subsiste. Il réussit d’autre part à imposer une diminution des droits d’enregistrement sur les ventes immobilières et, surtout, en se fondant sur l’exemple des auditeurs au Conseil d’Etat, à moraliser le recrutement des magistrats par l’institurion d’un concours. Victime de l’hostilité croissante de la majorité républicaine qui le juge trop timoré, et sans appui ferme du Sénat, Dufaure finit par démissionner, le 12 décembre 1876, après avoir été mis en minorité devant la Chambre haute. Ayant cédé la place à Jules Simon, il rentre au Sénat dont il devient un membre inamovible depuis son élection le 14 août 1876. Opposé à la dissolution de la Chambre après la crise du 16 mai 1877, il marque son hostilité envers le second cabinet du duc de Broglie dont il craint qu’il ne mène la France au chaos. Le départ de ce dernier provoqué par la dissolution manquée de 1877, suivi du fiasco du ministère Rochebouët permettent à Dufaure de constituer son dernier cabinet, le 13 décembre suivant, non sans avoir reçu préalablement du chaf de l’Etat, le maréchal Mac-Mahon, l’assurance de sa soumission au parlementarisme. Cette dernière prend la forme d’un message à la Chambre qui signe l’abaissement durable de la fonction présidentielle : « La constitution de 1875 a fondé une République parlementaire en établissantmon irresponsabilité, tandis qu’elle a institué la la responsabilité solidaire et individuelle des ministres. Ainsi sont déterminés nos devoirs et nos droits respectifs : l’indépendance des ministres est la condition de leur responsabilité nouvelle. » Le gouvernement s’ouvre largement aux républicains « historiques » avec la nomination de Waddington aux Affaires étrangères et surtout du gambettiste Freycinet aux Travaux publics. Pris entre un président de la République affaibli mais tenace et une Chambre avide de vangeance, Dufaure manœuvre avec finesse. Il laisse Marcère procéder à l’Intérieur à une vaste épuration des préfets mais veille à moderer les ardeurs de la gauche, ce qui lui vaut d’être accusé d’immobilisme. Il entreprend une importante révision des codes criminels et ramène l’administration pénitentiaire sous la tutelle du ministère de la Justice dont il a la charge. Vu l’ampleur de la crise passée, Dufaure s’acquitte bien de sa mission de transition, veillant notamment à la bonne orchestration de l’Expostion universelle de 1878 qui oblige les partis à observer une trêve tacite et salutaire. Ses relations avec Mac-Mahon, tendues à l’origine, se bonifient toutes les semaines. Toutefois, le basculement républicain du Sénat en janvier 1879 rompt l’équilibre fragile mis sur pied par le président du Conseil. L’impatience épuratrice des assemblées oblige Dufaure à réclamer des têtes, notamment au sein du haut commandement, ce qui précipite la démission du président de la République, effective le 3 février 1879. Emu, le président du Conseil s’est échiné en vain à trouver un compromis acceptable avec le vainqueur de Magenta. Usé par l’âge et le pouvoir Dufaure présente selon l’usage sa démission au nouveau président de la République Jules Grévy qui ne le retient pas. Se retirant dans sa maison de à Rueil (Seine et Oise), il y décède le 27 juin 1881. DUFY (Raoul), 1877-1953 : Peintre. Né au Havre en 1877, Raoul Dufy suiit à partir de 1892 des cours du soir à l’école municipale des beaux-arts du Havre, où il rencontre Othon Friesz. Il vient à Paris en 1900, entre aux Beaux-Arts dans l’atelier Bonnat. Il s’intéresse aux impressionnistes et aux post-impressionnistes. En 1906, il peint Affiches à Trouville dont les couleurs et les thèmes l’apparentent au mouvement fauve. Dufy revient ensuite à un art plus sévère, notamment à la suite de ses contacts avec Matisse puis Braque. Il remet à l’honneur la xylographie illustrant le Bestiaire d’Apollinaire en 1910. Il dessine des tissus pour Paul Poiret et exécute les décors du Bœuf sur le toit de Jean Cocteau. Des séjours dans le Midi et en Italie libèrent ensuite son art, son trait devient d’une extraordinaire acuité et ses couleurs pures s’étalent en aplats. Il réalise pour le pavillon de la lumière à l’Exposition internationale de 1937 la Fée Electricité, le plus grand tableau du monde, qui raconte sur 600 mètres carrés l’histoire de l’électricité. A la fin de sa vie, Dufy tendra vers un plus grand dépouillement, témoignant d’une grande faculté d’invention, de vitalité et de jeunesse. Il meurt à Forcalquier en 1953. DUHEM (Pierre), 1861-1916 : Chimiste et philosophe des sciences. Né le 10 juin 1861, Entré premier au concours de l'École Normale Supérieure en 1882, Duhem écrivit une thèse en chimie critiquant Marcellin Berthelot, qui refusa la thèse et qui devait être son adversaire universitaire et idéologique toute sa vie. Duhem ne put jamais être nommé à Paris, en partie à cause de ses idées politiques et religieuses car il était catholique pratiquant et anti-républicain. Il enseigna la chimie à l'Université de Bordeaux mais refusa un poste en histoire des sciences à Paris. Opposé à toute interprétation matéraliste et réaliste de la chimie et de la physique, Duhem proposa une conception qu'on qualifiera ensuite d'« instrumentaliste » de la science dans La Théorie physique, son objet et sa structure (1906). Selon l'instrumentalisme, la science ne décrit pas la réalité au-delà des phénomènes mais n'est qu'un instrument le plus commode de prédiction. Il rejetait l'atomisme et l'interprétation réaliste de la mécanique statistique ou de la thermodynamique au profit de « l'énergétisme » de Wilhelm Ostwald. Il prit parti pour Ernst Mach et Josiah Willard Gibbs contre l'atomisme de Ludwig Boltzmann. Le dernier chapitre de ce livre s'appelle « la Physique d'un croyant » et il défend l'idée que c'est le Cardinal Robert Bellarmin qui avait raison contre Galileo Galilei puisque la science ne doit que « sauver les apparences » sans prétendre décrire la réalité ultime. Il soutient aussi qu'il n'y a aucune « expérience cruciale » (contrairement à ce que disait Francis Bacon) en science. Une expérience, une observation ou un fait ne peut pas suffire à trancher entre deux théories puisque chaque théorie peut s'adapter à une expérience récalcitrante en faisant d'autres aménagements. Une proposition isolée n'est donc pas en jeu dans une expérience, c'est toute la théorie qui peut être confrontée à l'expérience. La thèse fut reprise par Willard Van Orman Quine et est appelée « Thèse de Duhem-Quine » ou « holisme de la confirmation ». Il fut aussi un historien des sciences, notamment dans sa monumentale Le Système du monde, Histoire des doctrines cosmologiques, de Platon à Copernic (1913-17) où il défend une interprétation continuiste du progrès scientifique et réévalue l'importance du Moyen Âge avant l'émergence de la science moderne. Il meurt le 14 septembre 1916) Duhem (Pierre), Les théories de la chaleur (1895) Duhem (Pierre), Le mixte et la combinaison chimique. Essai sur l'évolution d'une idée. (1902) Duhem (Pierre), L'évolution de la mécanique (1902) Duhem (Pierre), Les origines de la statique (1903) Duhem (Pierre), Sozein ta phainomena. Essai sur la Notion de Théorie physique de Platon à Galilée (1908) Duhem (Pierre), Traité d'énergétique (1911) STOFFEL (Jean-François), Le phénoménalisme problématique de Pierre Duhem, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2002, 391 p. DUJARDIN-BEAUMETZ (Henri-Charles-Etienne Beaumetz, dit), 1852-1913 : Artiste-peintre et homme politique. Dujardin-Beaumetz est né à Passy, le 29 septembre 1852. Agé seulement de dix-huit ans, il participe aux combats autour de Paris et s’y trouve lors du siège et de la Commune. Engagé volontaire, il va traduire ces scènes tragiques dans une série de toiles connues qui vont faire de lui un peintre de soldats. Au salon national de 1875, Etienne Beaumetz présente un tableau : En reconnaissance à Ville-Evrard, siège de Paris, 1870 qui attire l’attention du public. Il produit ensuite et expose régulièrement un grand nombre de toiles dont la plupart représentent des scènes de la vie militaire ; entre autres : Les Premiers coups de canon, Champigny, 30 novembre 1870 ; Les Mobiles évacuant le plateau d’Avron pendant le bombardement (1876) ; L’Arrière-garde et l’Infanterie de soutien ; En Retraite (1877) ; La Prise d’un château (1879). En 1880, il obtient une médaille avec son tableau Les Voilà ! qui, acheté par l’État, décore aujourd’hui un des salons du ministère de la Guerre. En 1881, il expose une toile inspirée de l’histoire militaire de la Révolution : Le bataillon des Gravilliers part pour la frontière. Le Musée de Limoux conserve : L’Attaque au village ou plus exactement L’Attaque du bastion ; La dernière faction et « La Brigade Lapasset brûle ses drapeaux, Metz, 26 octobre 1870 » (1882). Ce tableau, belle page empreinte d’une poignante émotion et qui achève de classer Beaumetz parmi nos meilleurs peintres militaires, avait été commandé ou inspiré par Léopold Petiet qui souhaitait l’offrir à la ville de Limoux, d’où sont natifs les ancêtres du général Lapasset. Il aurait servi incidemment d’entremise et permis à Marie-Louise Petiet, fille de Léopold, de filer avec Etienne un amour sans espoir, jusqu’au décès de son père survenu le 24 mai 1885. On doit encore à Beaumetz des œuvres remarquables comme : Les libérateurs (1883) ; La garnison quittant Belfort ; A Champigny (1884) ; A la baïonnette ; La dernière faction (1885) ; Ils ne l’auront pas (1887). Son Salut à la Victoire (1888) se trouve au musée de Narbonne. C’est une œuvre d’inspiration énergique, de facture vigoureuse, dans laquelle l’artiste a mis les plus hautes aspirations de son cœur de patriote. Son talent y célèbre, en dépit des revers, l’héroïsme des soldats de France. Il donne aussi de nombreux portraits, parmi lesquels, celui de M. Georges Dujardin-Beaumetz, membre de l’Académie de médecine. En 1880, il obtient une médaille de troisième classe et à l’Exposition universelle de 1889, il est gratifié d’une mention. Cnseiller général du canton de Limoux à partir de 1887 et porté quatre fois à la présidence de l’Assemblée départementale, il est élu député de l’Aude le 22 septembre 1889 et est constamment réélu en 1893, 1898, 1902, 1906 et enfin aux élections générales du 24 avril 1910. Il représente sa circonscription au Palais-Bourbon jusqu’en 1912. Membre du groupe de la gauche radicale, dont il devient président en 1896, il intervient surtout à propos des questions agricoles, viticoles, mais aussi artistiques. Il est, à deux reprises, rapporteur du budget des Beaux-Arts en 1899 et 1900. Il soutient la politique des ministères Waldeck-Rousseau et Combes, vote la révision de la durée du service militaire, la loi contre les congrégations et la séparation des églises et de l’État. Du 25 janvier 1905 au 4 janvier 1908, il est nommé sous-secrétaire d’État à l’Instruction publique, aux Beaux-Arts et aux Cultes, chargé des Beaux-Arts dans le troisième ministère Rouvier, le cabinet Sarrien et le premier ministère Clemenceau. Il garde le même poste auquel lui est ôté les Cultes du 4 janvier 1908 au 14 janvier 1912, sous les ministères Briand, Monis et Caillaux. Ce délai lui permet de mettre en place sa politique d’amélioration et d’organisation du patrimoine artistique de l’Etat. Il réorganise les musées et le Conservatoire de musique, reste bienveillant pour les artistes indépendants et soutient les artistes malheureux. Atteint d’un phlegmon aggravé par son état diabétique, il meurt au château de La Bezole (Aude), le 27 septembre 1913. Son œuvre littéraire, publiée après sa mort par son frère François, renferme ses « Entretiens avec Rodin », à qui il témoignait une grande admiration et ses « Discours de 1905 à 1912 », écrits dans une langue parfaite et d’une grande élévation de pensée. Il a écrit aussi des « Contes », essais philosophiques qui sont restés inédits. DUKAS (Paul), 1865-1935 : Compositeur, professeur et critique. Né à Paris, le 1er octobre 1865. Il étudie au Conservatoire de Paris l'harmonie avec Théodore Dubois, le piano avec Georges Mathias, la composition avec Ernest Guiraud dans la classe duquel il côtoie Debussy. En 1888, il obtient le second Grand Prix de Rome. En 1891 il compose l'ouverture de concert de Polyeucte. De 1892 à 1901, il écrit des critiques musicales dans «La Revue hebdomadaire». En 1895, il participe à l'édition ces oeuvres complètes de Rameau. De 1896 à 1902il écrit dans «La Gazette des Beaux- arts». En 1897 il compose l'apprenti sorcier. La sonate en mi bémol pour piano, dédiée à Saint-Saëns date de 1901, Variations, Interlude et Finale sur un Thème de Rameau, de 1903. Ariane de Barbe-Bleu, opéra en 3 actes est créé à l'Opéra-Comique en 1907. De 1910 à 1913 et à partir de 1928 il enseigne l'harmonie au Conservatoire de Paris. Il a Olivier Messiaen, Tony Aubin, Jean Cartan, Georges Hugon Georges Favre comme élèves. Il aide et conseille de Falla. Le «Poème dansé» La Péri est créé en 1911-1912. Il détruit toutes ses oeuvres qui ne le satisfont pas. Homme de grande culture, critique fécond qui collabora à la plupart des grandes revues artistiques et musicales de son temps, professeur de composition au Conservatoire de Paris (où il succèda à Charles-Marie Widor et eut parmi ses élèves Olivier Messiaen, Jehan Alain, Maurice Duruflé) de 1928 à 1935, brillant orchestrateur, apprécié de Saint-Saëns comme de Debussy, de Vincent d'Indy comme de Fauré, disciple de Franck et grand admirateur de Wagner, Paul Dukas reste souvent pour le public l'homme d'une oeuvre, L'Apprenti sorcier. Dans ce «scherzo symphonique» d'après une ballade de Goethe, qui fut créé en 1897, Dukas manifeste son génie de l'orchestration. On ne saurait cependant passer sous silence l'opéra Ariane et Barbe-Bleue, sur un livret de Maurice Maeterlinck, et La Péri, poème dansé initialement destiné à Diaghilev. Il meurt le 17 mai 1935 à Paris dukas paul abraham Il fut l'élève de Théodore Dubok et de Guiraud, mais par l'esprit et le caractère, Pau Dukas se rattache à la lignée franckiste des grands mora. lisateurs de notre art. Il y a en lui des attitudes qui évoquent le souvenir de Franck, de Magnard et de d'Indy et pourtant sa musique échappe à toute influence directe des maîtres qui furent ses meilleurs amis. TravailIant dans un volontaire isolement, jaloux de sa liberté, plus sauvage encore que Debussy, il a ciselé dans la solitude et le silence des chefs-d'oeuvre dans lesquels un souci de la forme impeccable, le choix d'une matière sonore somptueuse et le sang-froid d'une volonté réfléchie composent une synthèse que l'on pourrait qualifier de parnassienne. La richesse verbale, la couleur éclatante, le purisme et la impassibilité de Hérédia, de Leconte de l'Isle et de Villiers de l'Isle-Adam, ce Parnassien d'avant le Parnasse, se retrouvent dans les partitions de Paul Dukas qui réussissent à provoquer l'émotion dans le domaine de l'intelligence et de la perfection réalisée. Elles sont peu nombreuses parce qu'elles sont toutes les fruits d'une méditation prolongée. Une auto-censure impitoyable en a encore réduit le nombre. C'est ainsi qu'il ne laissa publier ni son Ouverture du Roi Lear ni celle de Goetz von Berlichingen. Toute sa gloire s'est établie sur ces piliers de marbre que sont sa S onate en mi bémol mineur pour piano, ses Variations interlude et final sur un thème de Rameau, sa Symphonie en ut majeur, son Ouverture de Polyeucte, son Apprenti Sorcier, son éblouissante Péri et son unique drame lyrique Ariane et Barbe-Bleue. La clarté, la solidité, la logique et la virtuosité supérieure qui caractérisent chacun de ces ouvrages semblent bien devoir en faire des monuments impérissables du génie français dans ce qu'il a de plus lucidement cartésien. Des trois amis, qui furent trois grands maîtres, et qui disparurent tous trois après 1918, Gabriel Fauré, Vincent d'Indy et PAUL DUKAS, le troisième est celui dont nous avons le moins à dire, d'abord parce que c'était un homme secret et qui ne se laissait pas facilement pénétrer. Même avec l'aide de son grand admirateur et fervent biographe, Gustave Samazeuilh, nous ne savons pas grand'chose de sa vie. Il ne se croyait jamais suffisamment préparé à ses tâches par ses études et ses réflexions antérieures. Il passait de longues périodes de sa vie dans un silence d'ailleurs fécond et un fructueux recueillement. Mais le fruit en était long à mûrir. L'oeuvre restait longtemps sur le métier. Extraordinairement soucieux de, perfection, Dukas ne se jugeait jamais satisfait de lui-même et de ce qu'il avait produit. Le compte est vite fait de ce qu'il consentit à faire connaître au public : l'Ouverture pour le roi Lear (1888), la Symphonie en ut majeur (1896), l'Apprenti sorcier (1897), d'après la ballade de Goethe, qui par son étourdissant succès, le fit connaître dans le monde entier, la Sonate de piano (1900), les Variations, également pour piano, sur un thème de Rameau (1903), une des plus hautes manifestations de la pensée du compositeur, où se révèle le plus évidemment la parenté de son art avec celui de Beethoven, du Beethoven des dernières sonates et des derniers quatuors : même solidité et même hardiesse dans l'architecture, même sereine poésie du détachement et de la résignation, — de la tendresse aussi, de la tendresse très pure, exempte de sensualité, — sombres angoisses parfois suivies d'allégresse éclatante. Mais ne nous arrêterons-nous pas quelques instants à ce chef-d'oeuvre, Ariane et Barbe-Bleue (Opéra-comique, 10 mai 1907) qui, passé au répertoire de l'Opéra, demeure un des ouvrages les plus marquants de notre théâtre musical ? Barbe-Bleue n'a pas fait périr ses femmes successives, comme on le croit. Il les a enfermées dans un souterrain sans lumière et sans liberté. Et il a épousé Ariane, qui arrive dans le château tristement fameux pleine de curiosité, comme celles qui l'y ont précédée. Elle veut savoir le secret du maître. Elle aussi, elle ouvrira la porte défendue avec la petite clef d'or tentatrice. Mais c'est dans une intention différente : « D'abord, dit-elle, il faut désobéir. C'est le premier devoir quand l'ordre est menaçant et qu'il ne s'explique pas. » Elle ne juge pas commettre une faute et ne redoute point les conséquences de son audace. Elle ne craint pas Barbe-Bleue. Elle le brave. Les paysans du voisinage le lui livrent garotté, le livrent à la vengeance de ses victimes. Mais Ariane défait les liens de Barbe-Bleue et demeure à sa merci, sûre de sa beauté et du triomphant effet de sa calme volonté. Barbe-Bleue reste interdit. Ariane alors prononce ce simple mot : «Adieu ! » et dépose un baiser sur le front de celui qu'elle va quitter pour toujours. Barbe-Bleue fait un mouvement pour la retenir. C'est en vain. Suivie de sa nourrice, Ariane se dirige vers de nouveaux destins,tandis que les autres femmes, délivrées par Ariane, qui leur a montré la beauté de la vie libre dans la lumière, entourent le maître blessé qu'elles ne veulent point abandonner, non plus que leur monotone servitude. Mæterlinck offrait à Paul Dukas un beau poème, le poème de la délivrance, un poème plein de pensée, plein de sous-entendus symboliques, de fécondes réticences, à dessein un peu vague dans quelques-unes de ses indications, pour mieux laisser sa part à la méditation, — riche d'humanité dans son fond un peu obscur. En 1910, Paul Dukas écrivit quelques pages pour servir de commentaire à la signification poétique et musicale du personnage d'Ariane. Il débutait ainsi : « Personne ne veut être délivré. La délivrance coûte cher parce qu'elle est l'inconnu et que l'homme (et la femme) préférera toujours un esclavage « familier » à cette incertitude redoutable qui fait tout le poids du « fardeau de la liberté ». Et puis, la vérité est qu'on-ne peut délivrer personne : il vaut mieux se délivrer soi-même. Non seulement cela vaut mieux, mais il n'y a que cela de possible. » Et tout le drame d'Ariane est là : elle délivre des femmes qui ne veulent pas être délivrées. Elle s'aperçoit enfin de son erreur, elle comprend qu'elle est seule à mettre sa liberté au-dessus de son amour. Cas exceptionnel, cas unique qui rend justement impraticable l'amour, la plus étroite des servitudes. Vivre libre, idéal qui met l'homme en dehors de la société, en dehors de ses semblables, en dehors de son propre bonheur. Mais où va donc Ariane après son inutile effort ?... Après Ariane, Paul Dukas a encore composé une très belle oeuvre, la Péri, ballet créé en avril 1912 au Châtelet aux Concerts de danse de la Trouhanowa. Mais depuis la « grande guerre » jusqu'à sa mort survenue presque subitement en 1935, on regrette qu'il n'ait plus rien donné au public, — ou si peu : une seule pièce pour piano, l'émouvante Plainte au loin du Faune, composée pour la Revue musicale, en hommage à la mémoire de Claude Debussy. Son art est d'un savant architecte dont les procédés de construction ressemblent parfois, nous l'avons dit, à ceux du Beethoven de la dernière manière. Ajoutons que cet art est d'une richesse somptueuse. Il emplit nos oreilles de savoureuses satisfactions que n'a jamais recherchées l'auteur de la Messe en ré et de la IXe Symphonie, et c'est en quoi il en diffère bien plus qu'il ne lui ressemble par certains côtés. La sensualité (harmonique et orchestrale) est une des plus saillantes caractéristiques du tempérament de Paul Dukas. Et cette sensualité s'allie en un singulier mélange à la haute intellectualité de ses ambitions architecturales et à son penchant si curieusement méditatif. On a reproché à Paul Dukas de manquer d'abandon, de tendresse. Reproche très exagéré et qui n'atteint pas en particulier certaines pages si touchantes des Variations sur le thème de Rameau, auxquelles nous avons déjà fait allusion. En tout cas, Paul Dukas possède, comme aucun autre, la force, l'éclat qui va souvent jusqu'à la splendeur éblouissante. Il excelle à exprimer la noblesse de l'effort, la beauté morale de l'audace réfléchie, de la témérité victorieuse, de l'héroïsme. Il traduit avec autant de bonheur « la beauté physique de la lumière » et, par opposition, le «mystère tragique des ombres». Ses dons expressifs ont d'autant plus de valeur qu'ils se révèlent dans une forme absolument parfaite. Entre le romantisme de Vincent d'Indy et l'impressionnisme de Claude Debussy, — ses deux amis très chers, — Paul Dukas représente la tradition classique dans ce qu'elle a de plus noble, de plus fier et en même temps de plus vivant et de plus ouvert à tous les enrichissements progressifs du devenir musical. Paul Dukas ne « s'abandonnait » pas souvent dans sa musique. Mais l'homme s'abandonnait volontiers dans l'amitié : il fut le plus sûr, le plus délicat, le plus affectueux des amis. Robert Brussel nous l'affirma, lui qui fut son ami pendant quarante années. Cette sensibilité, elle se manifeste dans des oeuvres où il faut la chercher sous une enveloppe parfois brillante, parfois sévère; mais elle n'échappe pas à qui est vraiment sensible lui-même. Cette sensibilité, c'est ce qui lui inspire ses plus belles pages, et lui-même était le premier à s'en rendre compte. Il le disait bien : « Il faut savoir beaucoup et faire de la musique avec ce qu'on ne sait pas. » C'est l'inconscient qui dicte les chefs-d'oeuvre. Il était extrêmement difficile pour lui-même. Il avait un senscritique impitoyable qui s'exerçait plus sévèrement sur ses propres ouvrages que sur ceux des autres. C'est ainsi qu'il fut amené à mettre de côté, à renoncer à publier, à brûler des oeuvres dont il a fait entendre à ses amis des fragments que ceux-ci avaient trouvés très beaux. Une 2e Symphonie, une Sonate piano et violon, une partition pour accompagner la traduction de la Tempête de Shakespeare, un drame musical, le Nouveau Monde, un poème chorégraphique, le Sang de Méduse, un morceau d'orchestre destiné à Konssewitzky, un ballet pour l'Opéra, un poème symphonique, le Fils de la Parque, ont ainsi disparu. Paul Dukas n'était pas seulement un grand musicien. C'était aussi un esprit très cultivé et d'une érudition extrêmement étendue. Sa bibliothèque témoignait de la variété de ses goûts. On y trouvait Dominique à côté des Balzac et des Flaubert, quelques Russes, peu d'historiens, sauf Michelet, mais des poètes en renom et des philosophes, des contes et des légendes de tous les pays. On y trouvait, Villon, Charles d'Orléans, Ronsard, du Bellay, Verlaine, Rimbaud, à côté de Goethe et de Dante. Spinoza voisinait avec Nietzsche. On y trouvait Heine, Keats, Shelley, Rémy de Gourmont, Kipling, Conrad, Sainte-Beuve, Rabelais, Chateaubriand, Epictète, Pascal, Marc-Aurèle, Renan, Emerson, Hugo, Mallarmé, Jules Laforgue, M eterlinck et bien d'autres. Telle fut la diversité de ses goûts. Il lui répugnait d'enchaîner sa pensée à un aspect limité de la réalité, de l'univers. Telle fut la mobilité de son esprit et de ses plaisirs intellectuels ou esthétiques. Il aimait autant Mozart que Wagner. Pour Mozart notamment il avait une admiration sans bornes. Ses grands finals lui paraissaient être « le sommet de la musique dramatique ». Mais il savait combien Mozart échappe à la foule et ce que la musique « a perdu à cesser de s'adresser à une élite » pour parler à la masse, « incapable de se complaire à l'émotion uniquement musicale ». Et maintenant il nous est difficile d'avoir pour Mozart l'oreille de ses contemporains. « Nous pouvons nous réfugier dans son oeuvre comme dans un Eden oublié. Il ne semble pas que nous puissions nous y établir à demeure;.., le refuge est pourtant délicieux. On conçoit que, lassés des outrances et des excès de l'art d'à présent, choqués de ses éclats souvent cruels, de son apparat parfois grossier et de cette atmosphère de tremble-ment de terre qu'il fait flotter autour de lui, d'aucuns viennent y rêver et regretter... Mais que sert le regret ? Rien n'y fera : la musique ne saurait plus être un langage en soi. Nous traduisons, sans doute parce que nous ne sommes plus assez musiciens et peut-être aussi parce que Wagner et d'autres ont passé. » Il y a quarante-deux ans que Paul Dukas écrivait ces lignes. Il ne les aurait peut-être plus écrites aujourd'hui. Car il aurait dû tenir compte du « retour à Mozart » et de cette tendance que témoignent, depuis environ 1918, nos jeunes musiciens, et sous l'influence peut-être de Strawinsky, deuxième manière, d'écrire de la « musique pure ». Paul Dukas a trop vécu dans l'atmosphère des musiques franckiste et wagnérienne pour s'imaginer qu'on renoncerait jamais à faire de l'expression le but principal de l'art. Il songeait à tant d'inutiles « wagnéries » qu'on écrivait encore en France, au début du xxe siècle, et il avait bien raison de s'écrier alors : « La composition d'un trio comme celui du balcon, si justement admiré dans Don Juan, exige une souplesse de facture et un art des nuances, infiniment plus difficiles à rencontrer que l'habileté de combinaisons basées sur des leitmotive conventionnels. » (Ceci pour les « imitateurs » de Wagner.) En même temps qu'un musicien Paul Dukas était un philosophe, un penseur. Autant que la richesse et la variété de ses facultés il faut en admirer le bel équilibre. DULAU (Jean-Baptiste-Marien-Constant), 1857-1911 : Homme politique. Né à Castelnau-Chalosse (Landes) le 26 juillet 1857, après des études de droit à Paris, Constant Dulau occupe des postes dans la magistrature à Avesnes, Béthune, Saint-Omer. Elu député des Landes de 1891 à sa mort, il devient secrétaire de la Chambre de 1891 à 1898 et rapporteur de nombreuses lois. Collaborateur de La Petite Gironde et de la presse républicaine landaise, il était aussi maire de Castelnau-Chalosse et conseiller général d'Amou. Sous l'étiquette de républicain progressiste, il se montre à la fois anti-nationaliste et anti-collectiviste, défendeur irréductible de la propriété individuelle. Partisan de l'impôt sur le revenu, il ne vote pas la loi de séparation de 1905, car il craignait que son application ne soit génératrice de désordres. Membre éminent de la gauche démocratique, il prend aussi la parole sur les oiseaux migrateurs (1911), le problème des prisons, la protection de la mère et de l'enfant nouveau-né. Il décède à Castelnau-Chalosse, 25 avril 1911. DUMESNIL (Jacques-Louis), 1882-1956 : Avocat et homme politique. Né à Paris le 15 mars 1882, Jacques-Louis Dumesnil est d’abord avocat radical, chef du cabinet d’Aristide Briand à l’Instruction publique puis à la Justice. Il siège pendant trente ans à la Chambre comme député de la Seine-et-Marne et se spécialise pour les questions militaires. Pendant la Première Guerre mondiale, il est blessé et refuse son évacuation à l’arrière. Il partage alors son temps entre la commission des armements, le comité secret et son poste d’officier observateur mitrailleur dans l’aviation. Ribot le choisit dans son cinquième cabinet comme sous-secrétaire d’Etat à la Marine du 10 août au 11 septembre 1917 puis comme sous-secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil et à la Guerre, chargé de l’aéronautique militaire et maritime du 12 septembre au 15 novembre 1917 et du 17 novembre 1917 au 9 janvier 1919 dans le premier cabinet Painlevé et le second ministère Clemenceau. Il s’intéresse particulièrement aux renforts fournis par les Américains. Dumesnil démissionne de ce poste pour raison de santé est alors salué par Poincaré comme l’un « de ceux qui ont le plus utilement travaillé à la Défense nationale ». Vice-président de la Chambre en 1924, il est nommé ministre de la Marine du 14 juin 1924 au 16 avril 1925 dans le premier cabinet Herriot et lance un vaste programme d’équipement de la flotte grâce à une suite de plans annuels, à la réorganisation des arsenaux et à la mise en chantier de nombreuses unités : sous marins de croisière, croiseurs rapides, cuirassés, etc. Appelé comme sous-secrétaie d’Etat à la Guerre dans le second cabinet Herriot du 19 au 22 juillet 1926, il redevient ensuite ministre de la Marine dans le second ministère Tardieu du 2 mars au 12 décembre 1930. Nommé ministre de l’Air dans les trois cabinets successifs de Laval du 7 janvier 1931 au 19 février 1932, ce franc maçon prévoit tout un programme de modernisation et de développement. Il prévoit la création de nouveaux types d’avions, favoise la recherche en laboratoire, et demande aux députés de soutenir l’équipement de l’industrie aéronautique et crée en 1931 une caisse de compensation entre les constructeurs d’avions, tout en favorisant leur décentralisation. Il propose également l’ouverture de nouvelles lignes aériennes, notamment vers l’Amériue du Sud, et il est à l’origine de la création du Conseil supérieur de l’air. Devenu sénateur en 1935, il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Se retirant de la vie politique, il décèdera à Paris le 15 juin 1956. DUMONT (Charles-Emile-Etienne), 1867-1939 : Professeur, administrateur et homme politique. Né à Ajaccio (Corse) le 31 janvier 1867, Charles Dumont fait ses études au lycée Henri IV à Paris puis aux facultés des lettres et de droit de Paris. Licencié ès-lettres puis en droit, il devient agrégé de philosophie en 1891. Professeur de lycée de 1891 à 1898, il devient ensuite administrateur de sociétés. Député radical du Jura de 1898 à 1924, il devient rapidement un spécialiste des questions économiques et fiscales. Rapporteur général du budget en 1910, il entre dans le cabinet Monis du 2 mars 1911 au 26 juin 1911 comme ministre des Travaux publics et des Postes et Télégraphes. Il s’occupe entre autres de la retraite des agents de chemin de fer. Ministre des Finances du 22 mars au 9 décembre 1913 dans le cabinet Barthou, il doit faire face aux dépenses supplémentaires induites par l'allongement à 3 ans de la durée du service militaire. Il propose de les débudgétiser et de les reporter sur un compte spécial alimenté par un emprunt perpétuel de 1.300 millions de francs, émis en obligations à 3% exemptées d'impôt. Ce projet, qui remet en cause l'institution de l'impôt sur le revenu, est vivement combattu par Joseph Caillaux et finalement rejeté par la Chambre. Charles Dumont parvient en revanche à faire voter la loi du 3 juillet 1913 sur les sociétés d'épargne. A la chute du gouvernement, il devient conseiller général des cantons des Planches-en-Montagne (Jura, 1913-1919), de Lons-le-Saunier (Jura, 1919-1931), de Saint-Julien (Jura, 1931-1939) ; président du conseil général du Jura (1921-1939). De nouveau rapporteur du budget après la guerre, il retrouve le portefeuille des Finances du 21 février au 1er mars 1930 dans le premier cabinet Chautemps avant d’être nommé par Laval dans ses trois cabinets successifs du 27 janvier 1931 au 19 février 1932 ministre de la Marine militaire. Ce franc-maçon se fait alors l’avocat de la modernisation de la flotte. Il est élu sénateur du Jura de 1924 jusqu’à sa mort survenue à Meulan (Seine-et-Oise) le 22 avril 1939. DUNAN (Jean Henry), 1828-1910 : DUPARC (Henri), 1848-1933 : DUPRAT (Pierre, Pascal), 1815-1885 : Journaliste et homme politique. Né à Hagetmau, le 24 mars 1815, Fils d'un brigadier de gendarmerie, Pascal Duprat part pour Paris, entre à l'université et est envoyé comme professeur d'histoire à Alger. Revenu à Paris, il collabore à divers journaux. Elu représentant des Landes sous la Seconde République, lors du coup d'Etat du 2 décembre, il est arrêté et détenu au mont Valérien puis à Sainte-Pélagie, De retour en France, il est porté comme candidat de l'opposition aux élections de 1869 dans la 2ème circonscription des Landes où il fut battu. Le gouvernement du 4 septembre 1870 le nomme ministre plénipotentiaire à Athènes, mais il refuse ce poste pour se porter à nouveau candidat dans les Landes où il est élu en 1871. Il prend place à l'extrême gauche et vote toutes les mesures propres à consolider la République. Non réélu dans les Landes en 1876, il se présente le 30 avril 1876 avec succès dans la Seine. Après l'acte du 16 mai 1877, il est un des 262 qui refusèrent un vote de confiance au cabinet de Broglie-Fourtou ; réélu le 14 octobre 1877, il est battu aux élections du 21 août 1881. Nommé alors ministre plénipotentiaire au Chili, il y reste jusqu'en 1885 et meurt en rentrant le 17 août 1885, en mer à bord du " Niger ". Fondateur en 1870 du quotidien Le Peuple souverain, il préconisa la clémence vis-à-vis des prisonniers de la Commune (juin 1871). En 1872, il fonde Le Nouveau Journal et reste l'auteur de nombreux ouvrages historiques ou littéraires : Les Révolutions (1870), Frédéric Bastiat (1878), L'Esprit des révolutions (1879). NIGOUL (T.) : Pascal Duprat, sa vie, son œuvre, Paris, 1887. – Vapereau. DUPUY (Jean), 1844-1919 : Huissier et homme politique. D’origine modeste, Jean Dupuy est né à Saint-Palais (Gironde) le 1er octobre 1844 . Instruit par le curé du village et devient huissier à Paris contre l’avis de ses parents. Jean Dupuy connaît une ascension sociale rapide qui le conduit à l’achat du Petit Parisien, et est élu sénateur des Hautes-Pyrénées en 1891. Rapporteur du budget de l’Agriculture depuis trois ans, il devient ministre de l’Agriculture du 22 juin 1899 au 6 juin 1902 dans le ministère Waldeck-Rousseau. Il organise alors le Crédit agricole, crée l’office des renseignements agricoles et développe l’usage de l’alcool industriel. A la chute du cabinet, il reprend sa place à la Chambre haute. Il retrouve le portefeuille du Commerce et de l’Industrie dans les deux premiers ministère Briand du 24 juillet 1909 au 1er mars 1911. Vice-président du Sénat en 1911, il est ministre des Travaux publics et des Postes et Télégraphes un an plus tard, du 14 janvier 1912 au 21 mars 1913 dans le premier ministère Poincaré, les troisième et quatrième cabinets Briand. Il tente de lutter contre la mortalité due aux accidents. Lors de la chute du cabinet Barthou en décembre 1913, le président de la République Poincaré est pressenti pour former un nouveau gouvernement mais doit renoncer au bout de deux jours de consultations et redevient ministre des Travaux publics du 9 au 13 juin 1914 dans le quatrième ministère Ribot. Au milieu de la Grande Guerre, il obtient une place au Conseil des ministres comme ministre d’Etat, membre du comité de guerre du 12 septembre au 15 novembre 1917 et mis en place par Painlevé. Pendant plus de trente ans, de 1887 à 1919, Jean Dupuy était resté le directeur du Petit Parisien. Il était surnommé « l’éminence grise de la IIIème République ». Il décèdera à Paris le 31 décembre 1919. DUPUY (Micheline), Un homme, un journal, Jean Dupuy (1844-1919), Paris : Hachette, 1959. DUPUY (Micheline), Le Petit Parisien, le plus fort tirage des journaux du monde entier, Paris, Plon, 1989. DUPUY (Pierre), 1876-1968 : Homme politique. Fils du précédent, Pierre Dupuy est né à Paris le 20 juin 1876. Après avoir obtenu son doctorat en droit, il devient secrétaire particulier de son père au ministère de l’Agriculture en 1902. Il devient, la même année, le plus jeune député de France et s’inscrit au groupe de la gauche démocratique dont il devient le secrétaire l’année suivante. Après un passage aux services techniques du ministère de la Guerre durant la Première Guerre mondiale, il est nommé commissaire aux Transports maritimes et à la Marine marchande par Clemenceau du 20 mai au 14 novembre 1919. Il est alors chargé de faire bénéficier les marins de la loi de huit heures et de modifier leur placement. Il se penche aussi sur l’assurance obligatoire pour risques de guerre et sur les services postaux entre la métropole, la Corse et l’Afrique du Nord. Enfin, il établit la liste des nominations et des promotions spéciales de la Légion d’honneur pour les services civils durant la Grande Guerre. A la chute du cabinet, il retrouve son banc de député de la Gironde à la Chambre jusqu’en 1924. il préside la Commission de la marine militaire à la Chambre des députés de 1921 à 1923. Il est ensuite député de la Seine de 1924 à 1928, de l’Inde française de 1932 à 1942. Gérant statutaire de la Société en commandite par actions dite Société du Petit Parisien et d’éditions Pierre Dupuy et Compagnie, à partir de 1906, Pierre Dupuy est en outre président-directeur général de la Société anonyme de la Papeterie de la Seine à Nanterre. Le Petit Parisien se replie en juin 1940 à Bordeaux, puis à Clermont-Ferrand. Mais en octobre, Pierre Dupuy le fait reparaître à Paris, en lui donnant une orientation qui lui vaut d’être inquiété à la Libération. Il décèdera à Paris le 29 juillet 1968. DUPUY-DUTEMPS (Ludovic), 1847-1928 : Avocat et homme politique. Né à aux Cabannes (Tarn) le 5 janvier 1847, Ludovic Dupuy-Dutemps est avocat, maire républicain de Gaillac de 1881 à 1889, date où il remplace Bernard Lavergne comme député de Gaillac (jusqu'en 1898). Conseiller général de l'arrondissement de Gaillac de 1883 à 1901. Nettement anticlérical dans les années 80 (il interdit les processions à Gaillac lors de l'affaire du manuel Compayré), il a ensuite des positions conciliantes, que dénoncent les radicaux. Après 1892, il est prêt à un compromis avec les catholiques « ralliés ». Réélu en 1893, il est ministre des Travaux publics du 26 janvier au 31 octobre 1895 dans le troisième cabinet Ribot. Il doit faire face à la catastrophe de Montceau-les-Mines et met en place à cette occasion un plan de secours financier destiné aux familles des victimes. Il se retire de la vie politique en 1898 et meurt aux Cabannes le 17 décembre 1928. DURAFOUR (Antoine Joseph), 1876-1932 : Avocat et homme politique. Né à Saint-Etienne (Loire), le 12 août 1876, Antoine Durafour devient d’abord avocat avant de s’intéresser à la politique. Elu député radical-socialiste, il se fait, à la Chambre, le porte-parole des plus défavorisés. Président de la commission des Mines, puis celle du Travail en 1928, il est nommé ministre du Travail, de l’Hygiène, de l’Assistance et la Prévoyance sociale du 17 avril 1925 au 18 juillet 1926 dans les deuxième et troisième cabinets Painlevé, dans les huitième, neuvième et dixième cabinet Briand. C’est lui qui étend, par le biais des « douze décrets », le bénéfice de la loi de huit heures à plus d’un million et demi de travailleurs. Il parvient, en outre, à présenter la France à la conférence de Genève et parvient à faire adopter la convention internationale de huit heures. Il multiplie également les textes concernant la protection sociale, les retraites, la législation du travail, etc. Une de ses lois interdit la travail de nuit dans les mines, une autre crée, en décembre 1927, la mutualité française. Enfin, il est à l’origine de la création et de de la mise en place des chambres de métiers. Trois autres projets ne verront pas le jour car trop précoces: création des congés payés, nationalisation des mines et suppression de la peine de mort. A partir de ce moment, il prendra la présidence du comité de défense français de Sacco et Venzetti. Antoine Durafour décède à Saint-Etienne le 25 avril 1932. DURAFOUR (projet) : DURAND (Eugène François Joseph), 1838-1917 : Homme politique. Né à Tinténiac (Ille-et-Vilaine), le 13 avril 1938, Eugène Durand devient agrégé en droit avant de s’intéresser à la politique. Elu député, il siège avec la gauche républicaine à la Chambre et devient sous secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil, à l’Instruction publique et aux Beaux-Arts du 27 février au 20 novembre 1883 dans le second ministère Ferry puis se voit bénéficier, au même poste et dans le même cabinet de l’Instruction publique et des Beaux-Arts du 20 novembre 1883 au 5 avril 1885. Il décède à Paris le 3 février 1917. DURAND (Jean Alexandre), 1865-1936 : Médecin et homme politique. Né aux Cammazes (Tarn) le 8 janvier 1865, Jean Durand est fils de boulanger et médecin. Il se passionne pour l’agriculture et élu député radical socialiste, il préside, à la Chambre, le groupe socialiste, ce qui lui vaut d’entrer au gouvernement du 17 avril 1925 au 10 avril 1926 dans le troisième cabinet Painlevé. Ministre de l’Agricilture, son objectif est alors d’être le champion de la politique de production afin de développer le plus possible l’agriculture. Du 10 avril au 18 juillet 1926, Jean Durand est nommé ministre de l’Intérieur dans les neuvième et dixième cabinets Briand. Durant les trois mois qu’il passe à ce poste, il n’a que le temps de s’occuper de la réforme électorale qui doité rétablir le scrutin uninominal lors des élections législatives. Du 21 février au 1er mars 1930, Il est chargé du portefeuille de l’Instruction publique et des Beaux-Arts dans le premier ministère Chautemps, démissionnaire quatre jour apres son installation. Il décèdera à Castelnaudary (Aude), le 11 octobre 1936. DURAND (Jules), 1880-1926 : Syndicaliste-révolutionnaire. C'est au Havre, dans une famille ouvrière vivant le long des docks que naît, le 6 septembre 1880, Jules Durand. Très tôt amené à travailler, il fréquente l'université populaire des Bourses du travail, le soir après les heures de travail. C'est là qu'il découvre les écrits de Proudhon, Louise Michel, Pouget, etc., et qu'il prend conscience de la lutte des classes, qu'il se lance dans le militantisme syndicaliste-révolutionnaire. Ses activités syndicalistes ne sont pas du goût de tout le monde et entraînent son licenciement de la société d'affrètement où il travaillait comme docker. A partir de ce moment, il devient, comme son père, charbonnier-journalier ; mais comme ses idées sont connues de l'employeur, il ne trouve du travail que lorsqu'il y a vraiment beaucoup de boulot. Ce qui l'arrange : les jours où il ne travaille pas, il participe activement à l'organisation syndicale. Devenant secrétaire du syndicat corporatiste des charbonniers, il le fait adhérer à l'union locale des Bourses du travail et à la C.G.T. ; il participe étroitement à la formation de l'union départementale des syndicats. La jeune union des charbonniers devient vite importante et compte, début 1910, plus de 400 adhérents. Les charbonniers forment une corporation ouvrière importante au Havre, cette ville vivant principalement du commerce du charbon. D'ailleurs la ville ouvrière et les docks ressemblent plus, à cette époque, aux corons du Nord qu'à une ville normande. En août 1910, le syndicat des charbonniers lance une grève illimitée "contre l'extension du machinisme, contre la vie chère, pour une hausse des salaires et le paiement des heures supplémentaires". La grève est très bien suivie et Jules Durand se démène en démarches et collectes de solidarité. Pour contrer le mouvement de grève, la Compagnie transatlantique embauche des jaunes -on les appelle ici des renards- qu'elle paye triple. Le 9 septembre, Dongé, un des jaunes, ayant travaillé sans arrêt les 7 et 8 septembre et étant en plus, en état d'ivresse, menace de son revolver quatre charbonniers -grévistes, mais non syndiqués- aussi ivres que lui. Les quatre hommes ripostent aux menaces et le frappent, si fort que Dongé doit être emmené à l'hôpital où il meurt le 10 septembre. Les quatre coupables sont arrêtés. Trouvant que le mouvement de grève dure trop longtemps à leur goût et voulant se débarrasser de Jules Durand pour quelques temps en l'envoyant en prison, la Compagnie générale transatlantique, la bourgeoisie locale et sa presse, avec en première ligne Le Havre Eclair, exploitent le fait divers et achètent le témoignage de charbonniers qui affirment que l'assassinat de Dongé a été voté par le syndicat, à l'instigation de Durand, le 14 août. Même le chef de la Sureté du Havre dénonce cette machination grossière, maïs Jules Durand est arrêté, ainsi que les frères Boyer (secrétaire adjoint et trésorier du syndicat). L'affaire Dreyfus du pauvre Le procès a lieu en novembre 1910 à la Cour d'assise de Rouen. L'avocat général ne fait pas dans la dentelle et veut vraiment défendre sa classe contre les anarchistes ; il n'évite pas les coups bas en dénonçant avec acharnement Jules Durand, comme buveur d'eau et membre d'une ligue anti-alcoolique, au jury, composé de paysans pour la plupart bouilleurs de cru et fabricants de calva. Sa plaidoirie réussit à arracher la condamnation à mort de Jules Durand, le 25 novembre. Les frères Boyer sont acquittés et les quatre coupables condamnés l'un à 15 ans de travaux forcé, deux à 7 ans, le dernier étant relégué. A l'issue du procès, Jules Durand a une crise de nerf, on doit l'emmener et il est maintenu 40 jours en camisole de force. Au Havre, c'est la consternation, la stupeur. En solidarité, une grève générale éclate à partir du 28 novembre, paralysant toute la ville. Le Comité confédéral appelle à la grève de solidarité et dénonce les responsabilités de la Compagnie générale transatlantique, ainsi que le comportement de l'avocat général. Les gens ont encore à l'esprit l'affaire Dreyfus, et on parle alors d'affaire Dreyfus du pauvre. Au niveau international, la solidarité se fait également sentir : Ben Tillet et la Fédération internationale des ports et docks entraînent les mouvements des docks en Angleterre ainsi qu'aux Etats-Unis. En décembre, Francis de Pressensé et la Ligue des droits de l'homme lancent un mouvement général de protestation. Toutes ces actions sont efficaces et la peine de mort est commuée... en 7 ans de réclusion. Là encore, de nouvelles protestations éclatent, l'indignation augmente : la commutation en 7 ans de prison laisse entendre que Durand est tout de même responsable. Le 1er janvier 1911, de nouvelles campagnes de solidarité ont lieu, notamment celle de Emile Glay, Alcide Delmont et Paul Meunier (député de l'Aube) qui obtiennent la libération de Jules Durand avant la révision. Malheureusement, les nerfs et la tète de Jules Durand n'ont pas supporté l'affaire et le séjour de 40 jours en camisole : il est devenu " fou " et ne retrouvera jamais la raison. Le directeur de la prison de Rouen le minet aux mains du dirigeant de la C.G.T., Charles March, le 15 février 1911, mais c'est pour qu'il soit envoyé à l'asile. La révision entreprise en 1912 par la Cour de cassation proclame Jules Durand innocent, le 15 juin 1918. Jules Durand meurt le 20 février 1926 à l'asile d'aliénés -comme on disait à l'époque- de Sotteville lés-Rouen. DURAND (Julien Auguste, Eugène), 1874-1973 : Avocat et homme politique. Né à Naples, en Italie, le 25 mai 1874, Julien Durand est d’abord bâtonnier avant de se lancer dans la politique. Elu député radical en 1924, il préside la commission du Commerce et de l’Industrie en 1926. Ministre des Postes, Télégraphes et Téléphones du 21 février au 1er mars 1930 dans le premier ministère Chautemps, il revient au gouvernement dans le troisième ministère Herriot et dans le cabinet Paul-Boncour du 3 juin 1932 au 30 janvier 1933. Il se penche alors sur le problème de la chute des exportations du champagne. Il décède à Paris le 10 septembre 1973. DURAND (Marguerite), 1880- DURKHEIM (Emile), 1858-1917 : DUTILLEUL (François Ernest), 1825-1907 : Employé et homme politique. Né à Paris le 7 mars 1825, François Dutilleul est d’abord employé au ministère des Finances puis poursuit sa carrière jusqu’au poste d’inspecteur et enfin de directeur. Elu député conservateur en 1876, il est nommé ministre des Finances dans le cabinet Rochebouët du 23 novembre au 12 décembre 1877. Il décède à Paris le 5 mai 1907. DUTREIL (Maurice Charles Marie), 1875-1940 : Officier et homme politique. Né à Paris le 13 juillet 1875, Maurice Dutreil est docteur en droit et officier de cavalerie avant de s’intéresser à la politique. Elu député d’action libérale en 1902, il se spécialise à la Chambre dans les questions économiques et financières. C’est à ce titre qu’il est nommé par Briand dans son dixième ministère comme sous-secrétaire d’Etat à la vice-présidence du Conseil et des Finances, chargé des Régions libérées du 23 juin au 18 juillet 1926. Il décède à Belgeard (Mayenne) le 18 juin 1940. DUVAUX (Jules Yves Antoine), 1827-1902 : Homme politique. Né à Nancy (Meurthe-et-Moselle) le 21 mai 1872, Jules Duvaux, ancien élève de l’Ecole normale supérieure et agrégé de lettres est élu député republicain en 1876. Il se passionne alors pour la gratuité de l’enseignement. C’est à ce titre qu’il est nommé deux fois dans divers gouvernements. D’abord sous-secrétaire d’Etat à lInstruction publique et aux Beaux-Arts du 2 février au 6 août 1882 dans le second cabinet Freycinet puis dans les ministères Duclerc et Fallières comme ministre de l’Instruction publique et aux Beaux-Arts du 7 août 1882 au 28 janvier 1883. Il subit alors les attaques de la gauche lorsqu’il autorise en 1882 le maintien des insignes religieux dans les salles de classe. Il meurt à Nancy le 2 juin 1902.

 
     
 
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